Parents & enfants

En juin, vive les vacoles!

Louise Tourret, mis à jour le 21.06.2017 à 16 h 11

En juin, il y a ceux qui passent des examens et ceux pour qui les vacances ont déjà un peu commencé. Un casse-tête pour les parents et les profs, mais une belle saison pour les élèves.

MIGUEL MEDINA / AFP

MIGUEL MEDINA / AFP

Breaking news, les vacances scolaires ne commencent pas le 7 juillet, comme l’indique le calendrier de l’Éducation nationale, mais maintenant, au mois de juin… Et elles ne commencent pas à une date précise, mais s’installent petit à petit dans un délitement scolaire que l'on ne sait pas contrer. Tous les collégiens, les lycéens et leurs parents savent que le mois de juin est un mois à part. Dès que les conseils de classe sont passés, les cours ne sont plus tout à fait les mêmes et, de la sixième à la seconde –à l’exception de la classe de troisième dont les élèves sont censés préparer le brevet–, il flotte un air de vacances. Agrémentée de spectacles de fin d’année, pique-niques, kermesses et fêtes à l'ambiance plus ou moins relâchée, cette douceur devient de plus en plus prégnante au fur et à mesure que l'on approche de la fin du mois. On pourrait appeler ça les vacoles.

Il n’y a que les petits qui vont encore en classe début juillet, et encore. Au fond, aller à l’école en juillet (ou en août!) en France, c'est un peu comme fêter Noël en janvier: un truc qu’aucun ministre de l’Éducation nationale n’arrivera à faire passer, même si la France cumule peu de jours de classe par rapport à d'autres pays.

Alors comment s’occuper quand il semble un peu moins obligatoire d’aller en cours? J’ai des dizaines d’anecdotes sur le sujet: tout le monde m’en parle. Il y a deux semaines, j’ai croisé mon ex-stagiaire de troisième dans la rue, il m’a demandé s’il pouvait revenir à France Culture après son conseil de classe, c’est-à-dire après le 30 mai. Il faut dire qu’au collège de Yanis* l’assiduité demandée après le conseil de classe est assez élastique. L'un de ses camarades de quatrième part carrément… aux États-Unis. Les parents de ce dernier m’ont expliqué qu’un stage linguistique valait mieux que de ne rien faire à l’école!

L’UCPA propose aussi des séjours au mois de juin. Dans certaines communes, il est possible de s’inscrire à des stages de tennis ou dans des clubs de sports, bien avant la fin officielle des cours. Du côté des parents, j’ai tout entendu: ceux qui envoient leur gamin de cinquième chez ses grands-parents la dernière semaine, cette maman qui va prendre des RTT pour pouvoir rester avec sa fille deux jours pendant la dernière semaine de juin avec un programme qui se concentre autour du shopping, ceux qui comptent faire des grasses matinées ou carrément «le moins de choses possibles», comme me lance un élève de quatrième. 

Le casse-tête

C’est dommage, car du travail scolaire, il y en a toujours et on sait bien que les programmes, qu’on n'a «jamais le temps de finir», demeurent inachevés. Pas terrible non plus pour l'Education nationale de fixer une règle sans la faire respecter. 

Mais voilà: mi-juin tout le monde en a marre, y compris les profs. Une institutrice me confie même qu’elle préférerait que ses élèves de CM1 ne viennent pas: cette dernière semaine l’angoisse à l’avance.

Pour Laura Mongel*, professeure d’histoire-géographie au collège Gérard-Philipe dans le XVIIIe arrondissement, ça commence dès le début du mois de juin:

«Sur 40 élèves de troisième qui avaient leur conseil de classe fin mai, une minorité ne vient plus, mais c'est la même qui n'était déjà pas assidue pendant l'année. Mais une classe de troisième du collège comptait une moitié d'absents. La CPE (conseillère principale d’éducation) me dit que, globalement, en Seine-Saint-Denis quand elle y était, elle perdait un quart des sixièmes et la moitié des autres niveaux après les conseils. Les collègues qui sont depuis longtemps à Gérard Philipe me disent qu'on n'en est pas loin ici...»

Pour les parents, c’est parfois compliqué… sortir un ado de son lit alors qu'il vous explique qu’il n’a pas besoin d’aller en cours, c’est épuisant. Convaincre un enfant de CM1 à qui sa maîtresse a dit qu’on n’était pas obligé de venir la dernière semaine, pas facile. Ne pas savoir ce que son enfant fait de ses journées, une véritable angoisse, surtout pour les parents des collégiens les plus jeunes. Un élève de sixième né en fin d’année n’a que 10 ans et demi: hors de question de le laisser seul à la maison plusieurs jours de suite quand le collège est fermé (cela arrive aussi). C'est un véritable casse-tête.

Pourtant, selon Olivier*, principal de collège, les consignes de l’académie de Paris et du ministère sont très claires:

«Il y a cours jusqu’au 7 juillet et on doit garder les élèves. Déjà, parce que sinon ils seraient dans la rue et ça fait désordre, ensuite parce que nous, les adultes, sommes censés travailler. Cette année, le DNB [le brevet, en langage Éducation nationale] se situe à la toute fin du mois de juin, cela devrait permet de maintenir les élèves en cours.»

La date des vacances (le 7 juillet) m'a bien été reconfirmée, à la fois du côté d'une académie (Versailles) et du côté du ministère de l'Éducation nationale.

La date des conseils de classe

Mais, si ce sont les dates de conseils de classe qui, dès fin mai, vident les salles de cours, pourquoi les organiser si tôt? Réponse de notre principal de collège, Olivier:

«C’est Affelnet, la procédure informatique d’affectation au lycée, qui nous oblige à faire les conseils de classe avant le 6 juin, on commence avec ceux des troisièmes et puis on enchaîne avec ceux des autres classes, car il est impossible de nous organiser en faisant plusieurs sessions de conseils. Et c’est ce qui vous met dans la panade de l’absentéisme. Parce que les notes s’arrêtent ensuite.»

Ah, le mois de juin! C’est aussi ce moment où l'on redécouvre que les gamins travaillent pour les évaluations, et que ces notes motivent les élèves les plus faibles… Ça peut paraître paradoxal, mais cela demeure un conditionnement scolaire fort, très difficile à déjouer; aucun élève en difficulté ne croit à cette phrase de prof qu’on a tous entendue, voire prononcée: «tu travailles pour toi, pas pour les notes».

Une opportunité manquée 

Tout de même, cela permet de faire des heures de cours assez différentes. Au mois de juin, certains profs inventent tout un tas de trucs pour retenir les adolescents: faire des quiz, regarder des films (ça peut être très bien) et même organiser des goûters. J’ai eu l’occasion de faire un peu de tout cela en tant qu’enseignante, en négociant des moments cools contre un peu de travail.

Je n’étais pas spécialement fière de moi, mais j’ai découvert la personnalité de certains élèves à cette occasion, je me souviens d’une quatrième très apathique en cours qui m’avait apporté une superbe playlist de rap et qui, en jouant à des quiz sur les figures de style, s’était avérée beaucoup plus vive que ce qu’elle m’avait montré en cours. J’étais heureuse de la voir comme ça.

Le goûter est aussi une activité très plébiscitée par les collégiens, comme si manger des bonbons et boire du Banga dans des salles de classe était une ultime récompense pour toutes ces heures passées (plus ou moins) sagement assis… Est-ce que c’est bien de faire plaisir aux élèves pour les retenir en cours? Je ne sais pas, il est certain qu’on ne peut pas trop abuser de ces stratégies, elles demeurent réservées aux tous derniers cours, quand on n’est vraiment plus dans une optique de travail. 

Mais c'est aussi une période qui permet de repenser nos manières d'enseigner, les cadres français assez rigides, qui invite –puisque que l'on n'est plus tout à fait dans le travail– à repenser le lien entre travail et jeu. Si j'avais fait des quiz toute l'année, mon élève de quatrième aurait-elle été plus vive toute l'année? Si j'avais été plus détendue, depuis le début, est-ce qu'ils auraient tous été plus joyeux en classe, et donc peut-être plus impliqués? 

Mais ce n'est pas vraiment comme une période de réflexion pédagogique que le mois de juin est perçu: à écouter la majorité des enseignants, il faut ou continuer normalement, ou arrêter les cours officiellement plus tôt. Pour certains, il fait carrément trop chaud pour travailler et on étouffe dans les salles de classe.

Incohérences du calendrier

À la décharge des enseignants et des élèves, si fin juin-début juillet, l’année scolaire semble infinie et trop longue, c’est aussi parce que dans la zone qui a eu ses vacances de Pâques le plus tôt, on enchaîne douze semaines de cours avant les congés d’été… Bien-sûr, il y a les ponts et les jours fériés, mais le calendrier manque de cohérence. Jugez: six semaines entre la rentrée et les vacances de la Toussaint et six entre ces dernières et celles de Noël. Ensuite, en raison du découpage en trois zones pour répondre aux exigences du secteur du tourisme et des Sports d’hivers, les vacances sont étalées et le calendrier… incohérent.

Plusieurs enseignants me rapportent aussi que les parents ne sont pas très coopératifs sur la fin des dates de cours parce que partir en juin c’est… moins cher. Laura Mougel qui a travaillé dans différents quartiers de la capitale me donne un exemple:

«Des parents prennent des billets d'avion dès le 15 juin, ils s'en fichent complètement de la fin d'année parce qu'ils les ont eu moins chers que début juillet ... Il y a un désinvestissement scolaire, y compris dans les collèges plus favorisés.»

Les grands gagnants: les élèves

Demeure une catégorie de personnes qui trouve cette situation en général beaucoup plus à son goût que l'école «normale»: les élèves.

Le 12 juin, il est 9h30 du matin quand cette mère de trois enfants, scolarisés à l’école publique à Paris, me raconte:

«Mon ainé qui est en seconde dort encore à l’heure qu’il est, la vie est belle pour lui! Quant à mon cadet, en cinquième, je l’ai inscrit à un stage dans un club de loisirs du quartier, ils vont au Parc Astérix et, bientôt, ce sera Aquaboulevard. Autant dire qu’il est absolument ravi. Cette petite histoire me coûte 200 euros la semaine…»

Quand ils n’ont pas accès à ce type de loisirs, les élèves ont des options plus ou moins cools et plus ou moins au goût des parents: la télévision et les écrans, le parc du coin, le terrain de foot, les boutiques, la nature, les deux roues, les joints… Des journées ensoleillées «sans adultes sur le dos», m’explique un élève de seconde qui n’a pas trop l’air de s’en faire.

Mais nous n’avons pas toujours été adultes et cela vous évoque peut-être d’agréables souvenirs. Ceux de mes années 1990 consistent à des heures devant les clips de M6, la création de recettes culinaires en toute liberté (le poulet à la crème sans poulet), le parc avec des copines et les premières cigarettes.

Un moment de liberté estivale que l’on doit aux imperfections du calendrier scolaire et aux contradictions si typiques de notre Éducation nationale. Au nom de tous ceux qui ont goûté à la douceur de ces mois de juin, grâce lui en soit rendue.

Louise Tourret
Louise Tourret (167 articles)
Journaliste
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