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Au Pakistan, un homme accusé de blasphème sur Facebook a été condamné à mort

Temps de lecture : 2 min

La répression contre les personnes soupçonnées de blasphème en public est assez fréquente au Pakistan: une quinzaine d'arrestation a eu lieu l'année dernière. Mais, pour la première fois, la justice a requis la peine de mort.

Un Pakistanais lit sur son portable le message de l'Autorité de régulation des télécommunications, le 10 mai 2O17 | Aamir Qureshi / AFP
Un Pakistanais lit sur son portable le message de l'Autorité de régulation des télécommunications, le 10 mai 2O17 | Aamir Qureshi / AFP

La justice pakistanaise a condamné à mort, samedi 10 juin, un jeune pakistanais reconnu coupable de blasphème sur les réseaux sociaux, une première du genre, relève le Guardian. Taimoor Raza, 30 ans, a eu de vifs échanges sur les réseaux sociaux au sujet de l'islam avec un inconnu qui «s'avérait être un membre du département de la lutte antiterroriste», explique son frère Waseem Abbas au Guardian. Selon son avocate, citée par le quotidien britannique, il a été condamné conformément aux articles 298A et 295C du code pénal pakistanais. Le premier article punit jusqu'à deux ans d'emprisonnement «les remarques désobligeantes sur des personnalités saintes» et le second «interdit d'user des remarques désobligeantes à l'égard du saint prophète de l'islam», souligne Fida Hussain Rana, l'avocate de la défense.

Les réseaux sociaux, nouvelle cible des autorités

Le blasphème est un sujet extrêment sensible au Pakistan, pays musulman conservateur où la moindre accusation non fondée peut susciter l'ire de la population et entraîner un lynchage public.

Dans la lutte contre le blasphème, les réseaux sociaux sont devenus la nouvelle cible des autorités pakistanaises. Récemment, le Bureau d'enquête fédérale a arrêté une douzaine d'utilisateurs de réseaux sociaux pour avoir publié des contenus «anti-militaires», y compris des journalistes et des membres de l'opposition du Pakistan Tehreek-e Insaf (PTI), dont l'un avait partagé une photo satirique du Premier ministre Nawaz Sharif .

Les autorités pakistanaises ont exigé de Twitter et de Facebook l'identification des utilisateurs qui profèrent des propos blasphématoires et avaient mis en garde les citoyens contre ce délit passible de la peine de mort. Même si, jusqu'à présent, aucun des condamnés à mort n'avait été exécuté.

Mais «la manière désinvolte dont les peines de morts sont distribuées en cas de blasphème, associée au manque de savoir-faire de la justice vis-à-vis des technologies de l'information et de la communication rend la situation très dangereuse», convient Saroop Ijaz, avocat de Human Rights Watch au Pakistan. Les défenseurs des droits de l'Homme considèrent la loi sur le blasphème comme un moyen déguisé pour les conservateurs de taire toute voix dissidente, outre le fait qu'elles encouragent des règlements de compte entre citoyens.

L'intolérance religieuse au Pakistan

Sur les quinze personnes arrêtées également l'année dernière, quatre ont été condamnées à mort pour blasphème, selon Human Rights Watch au Pakistan. Dans un rapport publié en 2016, le juge Ibadur Rehman Lodhi avait rejeté la plupart des allégations de blasphème. «La majorité des cas étaient basés sur de fausses accusations, résultant de conflits, de règlements de compte personnels ou familiaux plutôt que de véritables cas de blasphème», avait-il argumenté.

Taimoor Raza est la première personne à être condamnée à mort pour blasphème sur les réseaux sociaux mais, de nombreuses autres, soupçonnées d'avoir blasphémé en public, croupissent dans les prisons pakistanaises. À l'image d'Asia Bibi, une chrétienne accusée de blasphème en 2009, car elle avait prononcé le nom du prophète Mahomet lors d'une discussion controversée avec deux musulmanes. Condamnée en première instance en 2010, cette mère de 46 ans est toujours en cellule d'isolement après que la justice a renvoyé à plusieurs reprises son procès en appel.

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