France

Législatives 2017: les circonscriptions à surveiller

Grégor Brandy, mis à jour le 12.06.2017 à 9 h 34

Dans certaines circonscriptions se jouent des enjeux politiques nationaux: ministre devant renoncer à son poste en cas d'échec, anciens ministres jouant sa crédibilité et celle de son parti... Petit tour d'horizon des circonscriptions essentielles à surveiller.

Jean-Luc Mélenchon, à Marseille, le 8 juin 2017. ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

Jean-Luc Mélenchon, à Marseille, le 8 juin 2017. ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

Le premier tour des législatives a été largement boudé, ce 11 juin. Seuls la moitié des inscrits sont allés voter, soit le pire score de participation depuis le début de la Vè République, en 1958.

Cela risque d'avoir plusieurs conséquences pour le second tour, puisque les candidats doivent atteindre 12,5% des inscrits pour être qualifié. Avec une telle participation, ils devront donc, en moyenne, atteindre 25% des suffrages exprimés pour être encore en course, dimanche prochain.

Cela pourrait d'ailleurs toucher quelques candidats qui ont suscité un intérêt au-delà de leur circonscription. Du duel Menucci/Mélenchon à Marseille, à celui opposant Najat Vallaud-Belkacem à Bruno Bonnell à Villeurbanne, en passant par l'opposition avec en toile la loi Travail dans le nord de Paris, le score de Marine Le Pen à Hénin-Baumont, celui de Jean-Christophe Cambadélis à Paris, et la performance de François Ruffin dans la Somme, vous pourrez retrouver ici, au fur et à mesure de la soirée, un petit tour d'horizon sur quelques-unes des circonscriptions dont on a beaucoup parlé ces dernières semaines.

1.François Ruffin bat une ancienne secrétaire d’ÉtatPremière circonscription de la Somme

Le fondateur du magazine Fakir, et réalisateur du documentaire Merci Patron! (récompensé aux Césars), devenu l'une des figures du mouvement Nuit Debout, s'était lancé un nouveau défi en février dernier, en annonçant sa candidature aux législatives, dans la première circonscription de la Somme. Début mai, à un peu plus d'un mois du scrutin, le Courrier Picard se demandait si le candidat n'allait pas réussir à tirer son épingle du jeu, dans une circonscription classée historiquement à gauche, mais où Marine Le Pen était arrivée en tête à l'issue du premier tour de la présidentielle (28,81%), devant Emmanuel Macron (22,92%) et Jean-Luc Mélenchon (21,38%).

«Même si Jean-Luc Mélenchon n’est que troisième dans la circonscription, François Ruffin est actuellement sur tous les fronts médiatiques et sociaux (Whirlpool, entre autres). Avec sa candidature de rassemblement à gauche du PS (le Parti communiste, Europe Écologie – Les Verts, France insoumise et Ensemble), il pourrait tirer son épingle du jeu.»

Face à lui se trouvaient notamment l'ancienne secrétaire d’État socialiste, et gagnante des dernières législatives, Pascale Boistard, Nicolas Dumont maire socialiste d'Abbeville aujourd'hui candidat sous l'étiquette de la République en Marche, et l'acteur Franck de Lapersonne, qui a récemment rejoint le Front national.

Et François Ruffin a visiblement réussi son coup, «un premier miracle» selon ses propres mots, puisqu'il termine deuxième de ce premier tour et affrontera le candidat de la République en Marche, Nicolas Dumont. L'ancienne secrétaire d’État Pascale Boistard finit loin derrière.

2.Jean-Christophe Cambadélis n'est plus députéSeizième circonscription de Paris

Il savait qu’il serait scruté. Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du parti socialiste a finalement reçu une gifle, lors du premier tour dans la seizième circonscription de Paris. Député sortant, dans une circonscription où il était élu depuis 1997 (et réélu à plus de 70%, en 2012), il finit troisième cette fois-ci, et ne participera pas au second tour, la faute à une quatrième place, selon France 2.

Jean-Christophe Cambadélis a connu une campagne plutôt compliquée. Plusieurs personnes s’étaient notamment moquées de son passage sur sa palette ; un épisode que son équipe de communication avait tenté de récupérer tant bien que mal. Il y avait aussi eu cet accrochage avec un journaliste dont il avait arraché le micro: signe d’une campagne difficile pour un candidat dont les nerfs étaient à vif. Il avait expliqué à franceinfo avoir hésité à se lancer dans la campagne mais avait finalement choisi d'y aller.

«Je me suis posé la question. Mais tout le monde m'aurait dit: tu te défiles, tu ne donnes pas l'exemple. Le premier secrétaire qui ne va pas à la bataille, ça ne serait pas compris.»

Dans cette circonscription, Mounir Mahjoubi, ancien président du Conseil national du numérique, nouveau secrétaire d’État au numérique, et candidat de La République en Marche est qualifié. C'est d'ailleurs lui qui a annoncé la défaite de l'ancien député, avant que ce dernier ne la confirme.

3.Marine Le Pen pour une premièreOnzième circonscription du Pas-de-Calais

Battue de très peu il y a cinq ans par le candidat socialiste Philippe Kemel, (49,89% contre 50,11%), Marine Le Pen était cette fois-ci favorite dans la onzième circonscription du Pas-de-Calais, celle d'Hénin-Beaumont. La candidate frontiste est arrivée en tête avec 46% des suffrages exprimés loin devant Anne Roquet, la candidate de La République en Marche (16,4%). Philippe Kemel, le député socialiste sortant est battu dès le premier tour.

Candidate malheureuse, et largement battue au second tour de l'élection présidentielle il y a tout juste un mois, Marine Le Pen a confirmé sa participation à cette élection, un peu plus d'une semaine après l'élection d'Emmanuel Macron.

«Je n’imaginais pas ne pas être à la tête de mes troupes dans une bataille que je considère comme fondamentale.»

Selon un sondage réalisé pour La Voix du Nord une semaine avant le premier tour, Marine Le Pen devait arriver largement en tête avec 44% des voix. Derrière elle, on trouvait trois candidats au coude-à-coude, avec près de 15% d'intentions de vote chacun: Anne Roquet pour La République en Marche, le député sortant PS, Philippe Kemel, et le candidat de La France insoumise, Jean-Pierre Carpentier. Neuf autres personnes étaient également candidates dans cette circonscription qui avait porté Marine Le Pen en tête lors du premier tour de la présidentielle avec 58,17% des suffrages exprimés.

4.Mélenchon remporte son duel face à MenucciQuatrième circonscription des Bouches-du-Rhône

C'est probablement la circonscription dont on a le plus parlé au cours de ces dernières semaines: la quatrième des Bouches-du-Rhône, à Marseille, où Jean-Luc Mélenchon doit affronter le député socialiste sortant, Patrick Menucci. C'est le premier qui en sort vainqueur. Selon des résultats encore partiels, Jean-Luc Mélenchon arrive en tête avec environ 33% des voix, devant Corinne Versini de La République en Marche (22,3%). Patrick Menucci a lui rapidement annoncé son élimination.

Le candidat de la France Insoumise avait réalisé dans cette circonscription un score de 39,09% des voix le 23 avril, lors du premier tour de la présidentielle: presque le double de sa moyenne nationale (19,58%). Alors forcément, il a vite été accusé de «parachutage», dans une circonscription qui lui est a priori largement favorable. Patrick Menucci s'en était ainsi violemment pris à lui sur Facebook.

«En l'espace de huit ans, il fut sénateur de l'Essonne, député européen du sud-ouest, candidat aux législatives dans le Nord et maintenant candidat dans les Bouches-du-Rhône. À ce niveau ce n'est plus un homme politique mais bien un nomade électoral. Il clarifie sa considération et son respect des électeurs. En cherchant à se faire élire dans une circonscription, une ville et un département où il n'a aucunement l'idée de s'installer, il démontre qu'il souhaite faire des citoyens du centre-ville de Marseille des instruments de son ambition personnelle.»

En 2012, après une défaite au premier tour de la présidentielle, le leader du Front de Gauche avait choisi d'affronter Marine Le Pen sur une terre qui lui était loin d'être favorable, dans la onzième circonscription du Pas-de-Calais celle d'Hénin-Beaumont. Arrivé en troisième position (21,46%), il avait préféré se retirer au profit du socialiste Philippe Kemel, qui l'avait emporté au second tour.

Devançant ces accusations, Jean-Luc Mélenchon avait répondu qu'il est «parachuté partout. Je suis partout chez moi. La France est ma patrie». Rapidement, l'ancien candidat à la présidentielle avait fait la course en tête des sondages, avec une dizaine de points d'avance sur la candidate de La République en Marche, Corinne Versini, et plus de vingt sur Patrick Menucci. Un autre publié le lendemain, confirmait cette avance. Ont suivi trois semaines sans nouveaux chiffres, mais avec plusieurs polémiques autour des deux candidats.

5.Najat Vallaud-Belkacem en ballotage défavorableSixième circonscription du Rhône

Najat Vallaud-Belkacem savait que la compétition serait serrée. Elle est aujourd'hui qualifiée pour le second tour, mais en bien mauvaise posture. La candidate socialiste et ancienne ministre de l'Éducation est arrivée en deuxième position (16,5%), loin derrière le candidat de La République en Marche, Bruno Bonnell (36,7%).

Après avoir été battue en 2007, puis avoir retiré sa candidature en 2012, Najat Vallaud-Belkacem a quitté la quatrième circonscription du Rhône pour rejoindre la sixième, celle de Villeurbanne, près de Lyon.

Si comme l'expliquent Les Échos, quand elle a quitté Lyon, il y a trois ans, «pour préparer son atterrissage dans cette ville limitrophe, la presse locale avait conclu à “une solution de facilité”», aujourd'hui la situation est nettement plus compliquée.

«Elle s'implantait avec l'appui du maire PS de Villeurbanne, Jean-Paul Bret, et de la députée sortante Pascale Crozon, élue avec 62 % des suffrages en 2012. Mais la présidentielle a tout changé. Ici comme ailleurs, Benoît Hamon (9,15 %) a été largement devancé par Emmanuel Macron (27,7 %), Jean-Luc Mélenchon (26,5 %), François Fillon (16,6 %) et Marine Le Pen (13,1 %).»

Et cela semble se confirmer pour ces législatives. Sans surprise cependant, puisque les sondages la donnaient loin derrière Bruno Bonnell, son principal adversaire, avant ce premier tour. Ce dernier doit pourtant faire face à une polémique portant sur une affaire sur d’optimisation fiscale, raconte 20 Minutes.

6.Myriam El Khomri survit sur fond de loi Travail18è circonscription de Paris

Sur fond de loi travail, les résultats de cette circonscription se devaient d'être scrutés de très près. D'un côté se trouve Myriam El Khomri, la candidate PS et ancienne ministre du Travail, qui a prêté son nom à la loi controversée. Face à elle, Caroline de Haas, soutenue par EELV, le PCF, et Benoît Hamon, qui a lancé la pétition contre cette même loi.

Autant dire, comme le souligne LCI que «dans une circonscription de gauche qui a porté Emmanuel Macron en tête au premier tour de la présidentielle, les regards se focalisent sur le duel entre la porteuse de la loi Travail et une de ses opposantes les plus médiatiques».

Ce duel a tourné à l'avantage de l'ancienne ministre qualifiée pour le second tour, mais en ballotage défavorable avec 20% des suffrages exprimés. Caroline de Haas est, elle, reléguée à la quatrième place (13,6%).

Il ne fallait pas oublier Pierre-Yves Bournazel, dans cette circonscription. Le candidat LR/UDI a reçu le soutien du Premier ministre Edouard Philippe, et «revendique sur sa profession de foi et ses affiches être le candidat de “la majorité présidentielle”», explique Le Figaro. C'est lui qui finit largement en tête à l'issue de ce premier tour avec 31,76% des suffrages exprimés.

Enfin, Paul Vannier, le candidat de la France Insoumise espérait que les 28% obtenus par Jean-Luc Mélenchon dans cette circonscription se reportent sur lui. Il termine finalement en troisième position, avec un score bien plus faible que prévu (16,7%).

Grégor Brandy
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