Monde

La fin de May en juin?

Temps de lecture : 3 min

L'inattendue défaite électorale de Theresa May et des conservateurs britanniques fait réagir la twittosphère. Elle laisse le Royaume-Uni dans une situation de blocage institutionnel et fait soudain de Jeremy Corbyn le modèle de la gauche française.

Oli SCARFF / AFP British Prime Minister Theresa May gestures during a general election rally at the Odsal Stadium in Bradford, West Yorkshire, on June 5, 2017.
Oli SCARFF / AFP British Prime Minister Theresa May gestures during a general election rally at the Odsal Stadium in Bradford, West Yorkshire, on June 5, 2017.

Contenu Partenaire - Le slogan travailliste «let’s make June, the end of May» (faisons de juin la fin de May) vient donc de se réaliser. Moins d’un an après son installation au 10 Downing Street, la Première Ministre britannique Theresa May perd son pari. Les élections législatives anticipées qu’elle a convoquées pour consolider son pouvoir en vue de la négociation du Brexit se retournent contre son parti, laissant les Conservateurs sans majorité absolue, et elle-même sur la sellette. Une déflagration outre-Manche dont Twitter s'est fait presque instantanément l’écho.

Un résultat ambigü

Les résultats sont sans appel pour Theresa May et les Tories. Avec 318 sièges (contre 330 avant les élections), la majorité absolue échappe aux Conservateurs (326 sièges nécessaires), les obligeant à faire alliance avec d’autres partis. D’où les tweets ravageurs «humiliation pour May», «des élections catastrophiques», «une déroute», «un désastre».

De nombreux twittos soulignent aussi l’ambigüité des résultats, car après tout «les Conservateurs sont en tête devant les Travaillistes» et Theresa May «demeure pour l’instant Premier Ministre». La presse comme Twitter penchent en tout cas nettement pour une lecture «gagnante» pour Jeremy Corbyn, le leader du parti travailliste, qui augmente d’une trentaine de sièges la présence des Travaillistes à l’assemblée. Pour couper court à toute polémique sur qui aurait gagné ou perdu ses élections, laissons la parole à la première intéressée, Theresa May. Elle twittait le 20 mai: «si je perds juste six sièges, je perds cette élection et Jeremy Corbyn sera assis à la table des négociations avec l’Europe». Rappelons qu’elle en a perdu 12 (selon les estimations de la BBC vendredi 9 juin en milieu de journée).

Cette situation où celui qui engage des élections anticipées pour solidifier sa base se retrouve perdant, n’a pas échappé à la sagacité des twittos qui ont rapidement fait le parallèle avec une autre dissolution manquée: celle de Chirac en 1997. D’où de multipes piques, allusions et références. On trouve aussi des blagues sur «l’hommage très classe de Theresa May au vingtième anniversaire de la dissolution de Chirac», voire carrément l’apparition du néologisme «faire une Chirac». Si les deux élections ne sont pas réellement comparables, Jacques Chirac avait perdu le pouvoir, elles rejouent chacune l’éternelle rengaine de l’arroseur arrosé, une source intarissable d’ironie.

Et maintenant quel Brexit?

Si Theresa May a clairement rejeté la possibilité de sa démission, pourtant demandée par Jeremy Corbyn et les Travaillistes, elle doit maintenant trouver des alliés pour atteindre les 326 sièges indispensables pour gouverner le Royaume-Uni. Et le choix est restreint. Elle a donc pour l’instant choisi le DUP (parti unioniste démocrate présent en Irlande du Nord), ce qui n’a pas manqué d’énerver de nombreux twittos, ce parti étant peu progressiste, anti-avortement et considéré par certains comme «fondamentaliste chrétien». Autant dire qu’un tel attelage pourrait bien ne pas tenir très longtemps et exacerber les tensions entre Tories. Certains imaginent déjà Boris Johnson, l’ancien maire de Londres très investi dans la campagne pour le Brexit, remplacer May.

La politique fiction sur Twitter a vu aussi son attention monopolisée par un autre sujet étroitement lié à cette élection législative: le Brexit. Quid de la sortie définitive du Royaume-Uni de l’Europe? Certains élus réclament déjà l’arrêt du processus ou sa mise en sommeil tandis que May envisagerait dans un scénario catastrophe une sortie non négociée de l’Union.

Le blocage politique institutionnel de l'autre côté de la Manche commence déjà à inquiéter. Côté européen, Jean-Claude Juncker espère que ces élections n’auront pas «d’impact majeur» sur les négociations. Sans provoquer pour l’heure de changement dans le calendrier, les conditions de sortie sont encore plus incertaines. L’unique conséquence palpable en ce jour de résultats demeure la chute de la livre sterling sur les marchés de change.

Corbyn, le nouveau modèle de la gauche française

La situation est grave d'accord. Mais Twitter continue heureusement à s’amuser, à détourner et à se jouer des clichés. Theresa May et son «mini AVC» en photo, un GIF de plantage irrésistible ou encore un dessin de presse de Placide.

Les plus belles récupérations sont françaises et non humoristiques... au premier degré. Les politiques de gauche n’ont pas hésité à sauter sur la victoire de Jeremy Corbyn pour y aller de leur triomphalisme national. Le socialiste Gérard Filoche y voit l’occasion de «tirer des conclusions pour la France». Alexis Corbière fait encore plus fort en expliquant que «la belle campagne de Corbyn lui a été inspirée» par celle de Mélenchon. Jean-Christophe Cambadélis, enfin, se félicite de cette «gauche claire et déterminée, plus efficace qu’une droite floue et arrogante».

La surprise de l’élection britannique aura-t-elle des répercussions en France sur les législatives dont le premier tour est dimanche. La gauche veut tellement y croire…

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