L'affaire Pie XII
La communauté juive s'alarme de la décision de Benoît XVI d'accélérer le processus de béatification de Pie XII, le pape des «silences» face à la shoah. Retour sur l'une des plus grandes intrigues historiques du XXe siècle.
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Attention, une béatification peut en cacher une autre. Alors que Benoît XVI proclamait, samedi 19 décembre à Rome, les «vertus héroïques» de son prédécesseur Jean Paul II (1920-2005), qui font de lui un «vénérable» - dernière étape avant la béatification attendue du pape polonais, il a créé la surprise en proclamant également comme «vénérable» son prédécesseur plus lointain, Pie XII, pape de 1939 à 1958. La béatification du pape très contesté de la deuxième guerre mondiale n'est donc plus qu'une question de mois. Or, depuis longtemps, la communauté juive presse Benoît XVI et le Vatican de surseoir à cette béatification de Pie XII, dont le pontificat fut entâché, selon elle, par la passivité et les silences du Vatican face à la Shoah.
Le grand rabbin de France, Gilles Bernheim, espère encore que l'Eglise renoncera à ce projet: «Depuis plus de 40 ans, a t-il dit dimanche 20 décembre, le projet de béatifier Pie XII n'a cessé de susciter controverses et déceptions sur ce qu'il représente symboliquement. Aujourd'hui, la réalisation ou non de ce projet est devenue le symbole de ce que Benoît XVI fera de sa papauté». Le secrétaire général du Conseil central des juifs d'Allemagne, Stephan Kramer, se dit aussi «furieux» et «triste» que le pape ait proclamé «vénérable» Pie XII: «Benoît XVI réécrit l'Histoire sans avoir permis une discussion scientifique sérieuse sur l'attitude de ce pape face au nazisme». La promotion de Pie XII suscite des remous jusqu'en Israël. Dimanche 20, l'Etat hébreu a demandé à consulter les archives historiques du Vatican concernant celui qui dirigea l'Eglise durant la seconde Guerre mondiale.
Salué comme un géant à sa mort
De toutes les grandes «affaires» du vingtième siècle, l'attitude de Pie XII et de l'Eglise catholique pendant la guerre est de celles qui ont soulevé le plus d'interprétations polémiques autant qu'apologétiques, de réquisitoires autant que d'hagiographies. A tort ou raison, le nom de Pie XII, élu pape le 2 mars 1939, ancien nonce à Münich et Berlin (1917-1929), ancien secrétaire d'Etat de Pie XI (1922-1939), est devenu emblématique d'une politique vaticane aveuglée par la menace bolchevique, sous-estimant le péril de l'Allemagne hitlérienne, muette face à l'extermination des juifs, crispée sur ses privilèges et ses intérêts de puissance catholique.
Si des critiques avaient surgi dès son vivant, la polémique est postérieure à la mort de Pie XII le 9 octobre 1958. Ce jour là, aucune voix ne manque pour saluer «le pape de la paix et de l'Europe», comme titre l'éditorial du Monde. Partout il est salué comme un géant, comme «le rempart de la civilisation chrétienne» dans une Europe sortie exsangue de la guerre, en pleine reconstruction politique, économique, morale. «Le monde est maintenant plus pauvre», commente le président Eisenhower à la mort de Pie XII, ami des Américains. Quant à Golda Meïr, ministre des affaires étrangères d'Israël, elle le pleure comme «un grand serviteur de la paix, une voix qui a enrichi notre temps parce qu'elle rappelait des vérités morales au dessus du tumulte des conflits quotidiens».
Légende noire
Il a suffi d'une pièce de théâtre, jouée en 1963 sur une scène de Berlin, appelée Le Vicaire (Der Stellvertreter), écrite par un jeune dramaturge allemand, Rolf Hochhuth, d'origine protestante, pour que commence la légende noire de Pie XII. Cette pièce met en scène les silences du «Vicaire» du Christ sur la politique nazie d'extermination du peuple juif.
Deux ans plus tôt, avait eu lieu en Israël le procès Eichmann. Longtemps terrifiés et muets, les langues des survivants de l'holocauste commençaient à se délier. La génération des enfants de ceux qui étaient rentrés des camps ou ne sont pas revenus, de ceux qui avaient collaboré ou résisté commençait à réclamer des comptes. Le monde prenait conscience de la singularité absolue de la Shoah. En faisant le procès du «silence» de l'Eglise, Rolf Hochhuth mettait aussi les Allemands face à leur propre responsabilité: complicité, résistance ou indifférence.
En 1964, Saül Friedlander, historien israélien dont les parents ont été exterminés à Auschwitz, dans un livre Pie XII et le IIIème Reich, fondé sur les archives allemandes de la guerre, développe aussi la thèse d'un pape obsédé par la menace communiste, jetant son dévolu sur l'Allemagne hitlérienne comme rempart de la civilisation chrétienne.
D'autres historiens comme Gunther Levi, Jacques Nobécourt, avec plus ou moins de nuances, achèveront de camper le scénario d'une polémique qui n'en finira plus, éclata à nouveau avec la sortie, en 1999, d'un pamphlet du britannique John Cornwell, intitulé Le pape d'Hitler. L'histoire secrète de Pie XII, qui fait du pape Pacelli un antisémite, complice de la politique nazie, et, la sortie en 2002, du film Amen de Costa Gavras accablant pour la hiérarchie catholique, incriminant Pie XII pour sa lâcheté face à la montée du fascisme et aux crimes nazis.
Trois interventions
De quelles certitudes historiques disposons-nous aujourd'hui? Pie XII a rompu le silence à trois reprises. A Noël 1940, il se félicite d'avoir pu «consoler, par l'aide morale et spirituelle ou par l'obole de nos subsides, un nombre immense de réfugiés, d'expatriés, d'émigrants, spécialement parmi les non-aryens». Puis, dans son radio-message de Noël 1942, il évoque «les centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute de leur part, pour le seul fait de leur nationalité ou de leur origine ethnique, ont été voués à la mort ou à une progressive extinction».
C'est le début d'un malentendu qui perdure. Aujourd'hui encore, Pie XII se voit reprocher l'absence de référence directe à la responsabilité des nazis dans la déportation de ces centaines de milliers de juifs. Mais ce jour-là, Pie XII croit avoir dit l'essentiel, avoir été compris des chancelleries, des responsables allemands et des juifs. Il estime ne pas pouvoir en dire plus.
La troisième intervention de Pie XII a lieu devant le collège des cardinaux en juin 1943. Le pape évoque les «supplications anxieuses de tous ceux qui, à cause de leur nationalité ou de leur race, sont parfois livrés, même sans faute de leur part, à des mesures d'extermination». Mais le même ajoute aussitôt. «Toute parole de notre part, toute allusion publique devrait être sérieusement pesée et mesurée, dans l'intérêt même de ceux qui souffrent, pour ne pas rendre leur situation encore plus grave et insupportable».
Trois interventions, c'est peu, et c'est tout. Le pape s'en tient à des formulations générales, à des appels incantatoires à la justice et à la paix. Il est face à un cas de conscience dramatique: sa protestation publique contre l'Allemagne nazie risque d'entraîner des représailles plus grandes, en particulier dans les Eglises catholiques d'Allemagne et de Pologne. En juillet 1942, après la publication d'une lettre de protestation de l'épiscopat des Pays-Bas, des rafles sèment l'effroi dans les couvents, comme celui d'Echt où est arrêtée la philosophe allemande, juive convertie, Edith Stein, qui sera gazée à Auschwitz et que le pape Jean Paul II a canonisée en l'an 2000.
Un diplomate plus qu'un prophète
Pie XII n'ignore rien de l'ampleur du génocide. Il multiplie les interventions, en vain, auprès des Etats satellites de l'Allemagne pour limiter les effets de la législation antisémite en Hongrie, en Slovaquie, dans la France de Vichy. Doit-il de nouveau parler, être plus direct? A chaque démarche des puissances alliées qui le pressent d'agir, il répond invariablement que les condamnations portées sur les procédés nazis désignent suffisamment leurs auteurs.
Le 16 octobre 1943, la rafle des juifs de Rome a lieu «sous sa fenêtre», comme l'écrira Ernst von Weiszäcker, l'ambassadeur allemand, qui ajoute que «le pape ne s'est pas laissé pousser à une déclaration démonstrative contre la déportation des juifs de Rome et a tout fait pour ne pas rendre difficiles les relations avec les autorités allemandes». De ce texte, seront tirées des conclusions sur l'insensibilité de Pie XII à la souffrance juive. Faux, répond l'historien Jacques Nobécourt. Le pape n'avait convoqué l'ambassadeur allemand que pour éviter de devoir protester publiquement et son secrétaire d'Etat, Mgr Maglione, l'avait même prié de ne pas transmettre de télégramme de protestation à Berlin. Deux heures plus tard, la rafle est suspendue et 4.000 juifs de Rome trouvent asile dans des couvents et collèges catholiques.
Stratégie d'interventions secrètes et individuelles
Cette affaire démontre la méthode du pape Pacelli. Jusqu'à la fin de la guerre, ses interventions seront nombreuses, mais elles passent toutes par le canal des chancelleries et des Eglises locales. En protestant publiquement, il se serait privé de la possibilité d'intervenir discrètement et efficacement. Les démarches diplomatiques sont le plus souvent ordonnées par le secrétaire d'Etat, Luigi Maglione. A Budapest, le nonce Angelo Rotta essaie de sauver des milliers de juifs hongrois en leur distribuant des documents de protection. Le nonce Giuseppe Burzio fait de même à Bratislava en Tchécoslovaquie. Evêques, religieux, religieuses participent à des actions de sauvetage.
Après la guerre, des témoignages de reconnaissance vont démontrer, y compris en Israël (l'historien Pinchas Lapide, Golda Meïr, etc...), que cette stratégie d'interventions individuelles et secrètes, ainsi que la mise en oeuvre de réseaux catholiques d'assistance et d'éducation, ont permis de sauver des milliers de juifs. Mais, sans s'illusionner sur le crédit international de la parole du pape, on est très loin du registre prophétique que la dimension d'un tel événement aurait dû exiger: pourquoi Pie XII, à peine élu, n'a-t-il pas dénoncé les crimes de guerre de Hitler? Pourquoi est-il resté muet sur la mise en oeuvre de la «solution finale», alors même qu'il était informé par les organisations juives, par les milieux diplomatiques, par les aumôneries militaires, par ses propres attachés de nonciature en Slovaquie, en Hongrie ou à Berlin?
Transparence
On ne peut ignorer les centaines d'allocutions de Pie XII dénonçant le nationalisme, le totalitarisme, le mépris des engagements internationaux par le régime nazi. Ni les actions menées à l'initiative du Vatican et de ses représentations dans les pays occupés en vue de sauver des juifs. Personne ne peut non plus rester insensible aux risques de représailles qu'une protestation publique de sa part n'aurait pas manqué de provoquer.
Mais, tant que les archives sur ce pontificat — dont l'ouverture est réclamée par toutes les organisations juives dans le monde et en Israël — ne seront pas librement accessibles, autrement dit tant que la transparence ne sera pas complète, il restera des doutes et des procès d'intention. Ceux-ci ne ruineront sans doute pas le rapprochement à l'oeuvre entre juifs et chrétiens depuis la guerre, ni la crédibilité des actes de «repentance» de Jean Paul II et de Benoît XVI à l'égard de la communauté juive. Mais ils ne servent pas la connaissance de cette période et n'en finissent pas de maintenir des ambiguïtés inutiles.
Henri Tincq
Image de Une: Image d'archive du Vatican Pie XII sur son trône
Mis à jour le 21/12/2009 à 8h48










































Mais, sans s'illusionner sur le crédit international de la parole du pape, on est très loin du registre prophétique que la dimension d'un tel événement aurait dû exiger: pourquoi Pie XII, à peine élu, n'a-t-il pas dénoncé les crimes de guerre de Hitler? Pourquoi est-il resté muet sur la mise en oeuvre de la «solution finale», alors même qu'il était informé par les organisations juives, par les milieux diplomatiques, par les aumôneries militaires, par ses propres attachés de nonciature en Slovaquie, en Hongrie ou à Berlin?
C'est une tache qui restera a jamais sur sa mémoire. Ensuite on pourra lui trouver des excuses, justifier son comportement par des motifs politiques ou stratégiques, mais il n'en reste pas moins que Pie XII ne s'est pas comporté comme un leader spirituel, mais au mieux comme un chef politique essayant de protéger maladroitement ses intérêts.
J'ignorais cette déclaration de 1940:
A Noël 1940, il se félicite d'avoir pu «consoler, par l'aide morale et spirituelle ou par l'obole de nos subsides, un nombre immense de réfugiés, d'expatriés, d'émigrants, spécialement parmi les non-aryens».
Elle me semble terrifiante, car en reprenant le mot aryen, il fait sienne la vision délirante d'Hitler sur l'humanité. Une vison totalement contraire à l'évangile.
Béatifier ce pape, serait reconnaître que l'Eglise n'est pas porteuse d'un message universel qui prime sur toute autre considération, mais un fond de commerce qu'il convient de protéger en toutes circonstances et ce quel qu'en soit le prix.
comment en effet justifier cette beatification ?
Que Pie XII n'est pas levé le petit doigt pour sauver les juifs peut s'expliquer par la peur la lâcheté au mieux par la denie mais qu'il ait aidé les nazis a fuir ça ne s'explique surement pas par un sentiment de charité et de pardon et c'est d'autant plus repugnant de penser que le pardon s'achète encore par de l'argent dans ce cas par des butins de guerre que le pape s'est empressé d'enfermer dans les caves du vatican et dont on peut supposé que ces trésors apartenanient aux juifs morts en deportation
s'il veut beatifier Pie XII qu'il pense alors à restitué ces biens aux héritiers juifs ou a la nation juive en quise de signe de pardon mais le pape connait -il le mea culpa
A part votre première phrase : "Attention, une béatification peut en cacher une autre". Pourquoi attention ? Pourquoi cacher ? Mystère.
Tout le reste de votre article est parfaitement clair, vous abordez tous les aspects de ce que vous appelez "L'affaire Pie XII". Comme chez Pirandello, chacun y cherchera, trouvera et même choisira sa vérité.
Mais s'il s'agit de faire le procès de ceux qui savaient et qui se sont tus, pourquoi ne pas faire celui de Churchill aussi, car enfin, "le pape ? combien de divisions ?" pour tenir tête à Hitler alors qu'il est responsable des catholiques allemands et de ceux vivant en territoires occupés.
Pour l'heure Benoït XVI, lui, a décidé de béatifier Pie XII, cela fait des années que l'Eglise pèse le pour et le contre, s'il le fait ce n'est donc pas à la légère.
On voit mal qu'un pape qui parle au nom de son Eglise doive obtenir l'assentiment préalable d'autres religieux quels qu'ils soient.
Pour l'heure Benoït XVI, lui, a décidé de béatifier Pie XII, cela fait des années que l'Eglise pèse le pour et le contre, s'il le fait ce n'est donc pas à la légère.
C'est bien ce qui est inquiétant... Il est parfaitement conscient de la dimension symbolique de cette béatification et donc il l'assume.
P.S. "le pape ? combien de divisions ?" A ma connaissance tous les commentateurs attribuent cette phrase à Staline et non à Churchill, même s'il semble y avoir des divergences sur le moment où elle aurait été prononcée. Sur le fond, Churchill était un leader politique et non religieux.
Vous ne comprenez que ce que vous voulez comprendre. Où ai-je dit que Churchill était l'auteur de cette phrase ? Je n'aurais pas eu l'outrecuidance d'en préciser l'origine tant je sais que les lecteurs de Slate sont cultivés.
Je suivais simplement le cours de mon propos et j'ai utilisé des guillemets car la phrase n'était pas de moi.
Cette fois vous avez peut-être bien perdu une occasion de vous taire.
Cordialement.
Pie XII deviendra donc bienheureux. Ainsi en a décidé Benoit XVI au grand dam de beaucoup de gens de tout horizon. Bien, il ya donc pour être déclaré bienheureux un procès, je crois que l'on appelle cela un procès en beatification... Et comme dans tous les procès,il y a des éléments à charge et à décharge.
J'ai bien compris, tant on s'empresse de nous les rappeler, les éléments à charge contre Pie XII.
Pourrait-on maintenant, avec la même audience nous délivrer les éléments à décharge: ce qui fait que Benoit XVI, au risque d'être incompris, a décidé de béatifier Pie XII. Sur ce point, l'article de H Tincq est un peu léger, il me semble.
Cordialement,
Lisez bien, mon cher Corto, l'article de monsieur Tincq à partir du paragraphe intitulé "Trois interventions" et vous verrez qu'il y a bien des arguments qui rendent l'attitude de Pie XII compréhensible.
C'est vraiment un défaut de notre époque de vouloir juger ceux qui nous ont précédé, en leur appliquant nos critères de jugement contemporains et sans accepter de tenir compte du contexte de l'époque.
Cordialement.
Ce qui me gène franchement dans ce billet sur Pie XII, c'est son attitude après-guerre. Au moment où le nazisme était à terre, on aurait pu s'attendre enfin à des déclarations de solidarité envers ceux que le régime nazi avait persécuté. Et également une critique des instances et des responsables collaborationnistes qui ont perdurés sous différentes formes (Bousquet et Papon par exemple en France). A la place, le Vatican a organisé la fuite de dignitaires nazis vers l'Amérique Latine et n'a critiqué que le communisme. Souvent, d'ailleurs dans une collusion pour ne pas dire une complicité avec ces collabos.
Ces éléments apportent un tout autre regard sur ce pape qu'on nous présente comme exemplaire.
Pie XII aurait du l'ouvrir à l'époque, Benoit XVI ferait mieux de la fermer !
Si ce pape n'est pas sénile, alors c'est pire.
Je me permets de glisser mon modeste grain de sel, parce que la discussion me semble intéressante. Avant tout je tiens à préciser que je suis trop jeune pour avoir une vision autre qu’historique sur les faits, et que je n’ai aucun parti pris religieux. Je ne connais donc que ce que j’ai lu ici, et un peu là aussi.
Il me semble simplement que le débat se situe au fond sur un autre plan, et que le reproche n’est pas celui qu’il parait. Je laisse de coté volontairement les idées d’adhésion à thèses nazies, je n’ai aucun élément pour en discuter.
Le débat est celui du pragmatisme contre l’idéologie, le reproche celui d’avoir choisit une gestion raisonnée.
Je m’explique : le pape est un chef religieux, et même si je n’excelle pas en la matière, je crois comprendre qu’il mène donc un ensemble de personnes partageant ses croyances et son idéologie. Croyances et idéologies incluant des notions de moralité, de bien et même de sacrifice plus ou moins héroïque ou noble pour un intérêt supérieur. Mais le pape est aussi le chef d’une institution, une organisation hiérarchisée de dizaines de milliers de membres et propriétaire d’un patrimoine considérable.
L’idéologie, l’aspiration mystique ou religieuse, l’élan de la foi, la mission sacrée (choisissez) auraient voulu qu’il dénonce en bloc les agissements de l’Allemagne nazie, au mépris de la prudence et des risques de représailles bien concrètes. Qui sait, on peut même faire un peu d’uchronie et imaginer que les bons catholiques allemands ou autrichiens mis en garde assez tôt par le chef religieux suprême ne s’engage pas sur la voie qu’ils ont suivi. Ou que les chrétiens d’ailleurs se soient mouiller plus tôt, ou … bref, autant tous les scénarii sont possibles, on ne peut reprocher d’hypothétiques conséquences, juste les imaginer.
Le pragmatisme était de ménager l’institution, de préserver ses représentants, ses biens et son patrimoine. C’était un chemin plus facile, quelle qu’ai été la position personnelle de PieXII vis-à-vis du nazisme, c’était la voix de la prudence et de la sauvegarde de l’institution dans une crise sans précédent en Europe.
C’était aussi le renoncement à un message idéologique fort, le renoncement à donner l’exemple et à se dresser contre l’inadmissible, le renoncement finalement à incarner le message religieux fondamental du sacrifice pour un intérêt supérieur.
Mon avis, pour ce qu’il vaut, est que c’est cette position de prudence et de préservation en opposition à l’idéologie chrétienne qui sous-tend tout ce débat. Ce qui lui est principalement reproché semble être finalement le manque de représentativité et de cohérence de sa position par rapport à sa mission. C’est du moins mon impression à la lecture de cet article et de certaines réactions.
J'ajouterai à l'analyse de jerferno qu'il ne s'agit pas de se demander si l'action (ou plus exactement le silence) de Pie XII est excusable en tenant compte, comme nous le recommande Marianne Arnaud, du contexte de l'époque.
Il s'agit d'en faire un saint !
C'est une décision beaucoup plus politique que religieuse dont j'ai du mal à cerner les arrières pensées.
L'association de son nom à celui de Jean Paul II qui symbolise une certaine forme de résistance au communisme peut-être interprétée de deux façons me semble-t-il:
- Du pur opportunisme en espérant que l'image positive de Jean Paul II aidera à faire passer la pilule auprès des croyants et des non-croyants;
- Faire de Pie XII un résistant au nazisme tout comme Jean Paul II était un résistant au communisme. Mais là à vraie dire la pilule me semble un peu trop grosse pour pouvoir être avalée sans broncher !
Les principaux représentants de la communauté juive de l'époque sont unanimes sur Pie XII !
En 1943 Chaim Weizmann, qui deviendra plus tard le premier président israélien, écrit que « le Saint-Siège prête son puissant soutien afin d'améliorer le sort de mes frères persécutés ».
Lors d'une rencontre avec le Pape à la fin de la guerre, Moshe Sharett, le second Premier ministre israélien, dit « mon devoir était de leur dire merci à lui et à l'Église catholique au nom de tous les juifs pour tout ce qu'ils avaient fait dans les pays occupés ».
Le Grand Rabbin d'Israël Isaac Herzog envoie un message en 1944 où il déclare que « le peuple israélien n'oubliera jamais ce que le Pape et ses délégués font pour nos malheureux frères et soeurs dans les heures les plus sombres de notre histoire. Ils sont inspirés par les principes de la religion qui sont les fondements de la vraie civilisation. C'est la preuve de l'existence de la Providence divine dans ce monde ».
En septembre 1945 Léon Kubowitzy, Secrétaire général du Congrès juif mondial, remercie personnellement le Pape pour ses diverses interventions et fait don, au nom du Congrès, de
20 000 $ aux oeuvres du Vatican « en reconnaissance de l'aide apportée par le Saint-Siège aux juifs persécutés par le fascisme et le nazisme ». Lorsqu'en 1955 l'Italie fête le dixième anniversaire de sa libération, l'Union des Communautés juives italiennes déclare que le 17 avril sera la « Journée de la Reconnaissance » pour l'aideapportée par le Pape pendant la guerre. Le 26 mai 1955 l'Orchestre philharmonique d'Israël se rend au Vatican pour y interpréter la Septième Symphonie de Beethoven et exprimer ainsi la reconnaissance éternelle d'Israël envers le Pape pour l'aide apportée aux juifs pendant l'Holocauste. L'Orchestre philharmonique d'Israël n'a jamais joué la musique de Richard Wagner (et ce pour des raisons politiques) car dans les années cinquante le public israélien considère encore Wagner comme l'un des symboles du régime nazi. Ceci pour une raison simple : les survivants de l'Holocauste formaient encore une frange importante de la population israélienne. Il est impossible de penser que le gouvernement israélien ait pu payer le voyage de l'orchestre pour rendre hommage au « Pape de Hitler ». Au contraire, le concert sans précédent de l'Orchestre philharmonique israélien est un geste unique de gratitude collective envers un grand ami du peuple juif.
De tous les hommes d'état en exercice durant la guerre, Pie XII est le seul à avoir dénoncé les persécutions raciales. Même dans leurs mémoires, ni De Gaulle, ni Churchill n'en pipent mot. Il y a effectivement un révisionniste parfaitement répugnant à ce sujet.
Le grand Rabbin de Rome durant la guerre, Israël Zolli, a témoigné de façon très claire sur toutes les démarches de Pie XII pour sauver les Juifs, et dénoncer le nazisme, il s'est converti au catholicisme et a prit comme prénom : "Eugenio" en hommage au Pape Pie XII
Livre sur la conversion du Rabbin Zolli : "Avant l'aube" écrit par Judith Cabaud - Autobiographie spirituelle" éd François-Xavier de Guibert.
Et aussi information : Parmi les preuves que Gary Krupp a pu avancer, figure une circulaire datée du 30 novembre 1938, signée du cardinal Pacelli, adressée aux nonciatures, aux délégations apostoliques et à 61 évêques. Cette circulaire demandait de « trouver 200 000 visas pour permettre à des « catholiques non-aryens » (formule codée pour désigner les juifs...) de sortir du territoire du Reich »
On peut y lire la précision suivante : « que l'on veille à ce que des sanctuaires soient mis à disposition pour sauvegarder leur vie spirituelle et protéger leur culte, leurs coutumes et leurs traditions religieuses ».
Peu de temps après, dans une lettre datée de janvier 1939, Pie XII confirmait le contenu de sa circulaire en ces termes : « N'entreprenez pas seulement de sauver les juifs mais aussi les synagogues, les centres culturels et tout ce qui appartient à leur foi : les rouleaux de la Torah, les bibliothèques, etc... ». .... je n'appelle pas cela aider hitler !
* Gary Krupp est un Juif, âgé de 62 ans, à la retraite, après avoir été industriel fabriquant d'équipements médicaux. En 2003 il a créé une fondation Pave the way (« Prépare ton chemin ») ayant pour but de «combler les fractures de compréhension entre les religions » Mais le plus important est que cette fondation a financé les investigations et enquêtes menées au sujet des relations entre l'Allemagne nationale-socialiste et Pie XII. au terme desquels il a pu affirmer de façon certaine : « Saviez-vous que le pape Pie XII avait sauvé plus de 860 000 juifs des camps de la mort ? Je veux dire que je ne le savais pas auparavant. C'est un assassinat caractérisé, une « shanda » ( un déshonneur en Yiddish), que tant de Juifs disent qu'il était anti-sémite ». Il ajoutait, trahissant toute la pression qu'il avait dû subir : « Croyez-moi, quand j'étais enfant, je ne rêvais pas que je défendrais un jour un homme que nous croyions un sympathisant nazi »