Science & santé

La Lituanie passe l’âge légal pour boire à 20 ans… (et ce n’est pas un problème pour les jeunes)

Repéré par Mathilde Dumazet, mis à jour le 09.06.2017 à 12 h 21

Repéré sur Guardian

Les députés libéraux s’attendaient à un tollé, à un soulèvement spontané de la jeunesse après le vote de la loi la plus restrictive d’Europe en matière de consommation d’alcool. Ils ont été déçus.

Capture écran Instagram, un banc à Vilnius décoré d'un signe anti-alcool

Capture écran Instagram, un banc à Vilnius décoré d'un signe anti-alcool

Les Lituaniens de plus de 15 ans boivent l’équivalent en alcool de 910 pintes par an. En moyenne. Soit 1,25L de bière par jour, selon l’Organisation mondiale de la santé. Loin derrière en deuxième place, la République Tchèque, où l’on boit en moyenne un peu moins de deux pintes par jour.

Après vingt ans de politiques publiques inefficaces, le gouvernement passe au niveau supérieur en matière de restrictions pour réduire la consommation d’alcool des citoyens. La loi qui entrera en vigueur le 1er janvier 2018 sera la plus sévère d’Europe: plus aucune publicité dans les médias, interdiction de certaines terrasses, réduction des horaires de ventes d’alcool, création de commerces spécialisés et enfin élévation de l’âge légal. Désormais, il faudra avoir au moins 20 ans pour toucher ne serait-ce qu’un verre dans un bar.

Le plus surprenant dans tout ça? «À part une affiche tapageuse contre le gouvernement à côté de la gare de Vilnius, le vote de la loi n’a pas provoqué d’agitation chez les jeunes», apprend-on dans un reportage du Guardian. Le ministre de la Santé ne s’attend toutefois pas à ce «qu’ils l’applaudissent pour autant: les jeunes n’aiment pas les régulations», explique-t-il. 

En effet, sur Twitter, on a pu voir des photos de quelques rassemblements contre les restrictions.

Un problème historique

Comme le rappelait la revue Regard sur l’Est, le problème de l’alcoolisme en Lituanie remonte au XIXe siècle. La période soviétique n’a rien arrangé: les prix de l’alcool augmentaient moins vite que les prix de la nourriture. Aujourd’hui encore, la bouteille d’un litre de vodka est à moins de dix euros.

«Nous sommes trop jeunes pour avoir vécu pendant la période soviétique, mais mes parents l’ont fait. Ils nous ont élevé et la plupart d’entre eux boivent énormément. Dans les familles lituaniennes, le père boit, boit, boit… et laisse la mère faire de son mieux avec le reste», témoigne une jeune femme de 25 ans.

C’est en parti pour ne pas reproduire les schémas familiaux que les jeunes ne se soulèvent pas massivement contre les restrictions imposées par la coalition au pouvoir. Mais c’est aussi ce qui fait dire à une jeune députée libérale que le gouvernement se trompe de cible en visant les jeunes.

Mauvaise cible?

«À 18 ans, vous êtes un adulte, vous avez des droits, des responsabilités, vous pouvez vous marier, conduire. Nous pensons que les jeunes sont responsables, nous ne sommes pas des alcooliques», argumente Aušrinė Armonaitė, une jeune élue, déçue que la mesure ne provoque pas de soulèvement.

Un argument contré par le ministre de la Santé qui a déclaré qu’il n’y avait pas besoin d’être alcoolique pour être tué par l’alcool (accident de la route, suicides). «On dit souvent qu’en Lituanie, “ce sont les touristes qui boivent”, si c’était vrai, les touristes mourraient, pas nous. Le fait est que nous sommes ceux qui meurent. Donc nous buvons».

Si les jeunes lituaniens ne se plaignent pas trop, les jeunes européens de moins de 20 ans – pour qui Vilnius devient une destination réputée pour sa vie nocturne et car l’alcool y est peu cher– risquent d’être un peu déçus. 

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte