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«Game of Zones»: la géniale mini-série qui mélange «Game of Thrones» et NBA

Grégor Brandy, mis à jour le 12.06.2017 à 14 h 58

«Championship is coming!»

Le premier épisode de «Game of Zones».

Le premier épisode de «Game of Zones».

Prenez l'une des séries les plus populaires du moment, remplacez ses acteurs par des joueurs et acteurs de la NBA, ajoutez quelques bonnes blagues bien senties, et vous voilà avec l'une des mini-séries les plus drôles de ces dernières années.

«Game of Zones» vient d'achever sa quatrième saison, ce jeudi 8 juin, et la série produite par le site internet sportif Bleacher Report continue d'affoler les compteurs. En moins de 24 heures, la dernière vidéo a été vue presque 500.000 fois sur YouTube, plus de 1,3 million de fois sur Facebook, et accumule les retweets sur Twitter. Jusque-là, les sept premiers épisodes de leur quatrième saison avoisinaient les quatre millions de vues chacun.
 


On aurait pu croire qu'un programme court alliant une série fantastique et médiévale aux stars de la NBA aurait du mal à trouver un public. Mais le diagramme de Venn recoupant les fans des deux semble finalement être plus important que prévu. Pourtant, même Adam et Craig Malamut, les deux créateurs de Game of Zones ne pensaient pas atteindre un tel succès il y a encore trois ans, quand ils ont lancé leur premier épisode.

À l'époque, les deux frères viennent de finir Sports Friends, une série animée pour Yahoo!. Contactés par Bennett Spector de Bleacher Report, ils lui pitchent plusieurs idées. Parmi celles-ci, une retient son attention: un mashup entre Game of Thrones, dont ils sont de grands fans, et la NFL, la ligue de football américain.

«Les casques allaient bien avec l'univers de Game of Thrones et les armées. Mais il nous a demandés ce que ça donnerait avec du basket. On trouvait ça intéressant, et on a vite remarqué qu'il y avait beaucoup de similarités entre les deux. Vous avez des équipes rivales d'un côté, des maisons rivales de l'autre, et pas mal de drama entre les joueurs, comme il y en a entre les personnages de la série.»

Ils notent également l'aspect international du basket, qui touche plus facilement les fans étrangers que le football américain, et permettra donc de toucher un public plus large.

Les Spurs en Marcheurs Blancs

Bleacher Report leur commande un pilote, qu'ils réalisent tous les deux de A à Z, «jusqu'au thumbnail sur YouTube», et qu'ils appellent Game of Zones, un jeu de mots assez nul de leur propre aveu entre Game of Thrones, et la défense de zone.


Le Miami Heat où joue alors LeBron James remplace la Maison Lannister. L'Élu joue le rôle de Jamie, le président de la franchise Pat Riley celui de Tywin Lannister, Dwyane Wade est Cersei, et petite entorse à la série: le dragon normalement détenu par Daenerys appartient désormais au Heat, puisque c'est Chris Bosh. Derrick Rose, connu pour ses blessures à répétition prend le rôle de Bran devenu paraplégique au début de la série, tandis que son coéquipier Carlos Boozer devient «évidemment» Hodor, «parce que la fin de son nom se prononce pareil». Et puis, il y a les San Antonio Spurs emmenés entre autres par Tony Parker qui jouent le rôle des Marcheurs Blancs.

«C'était un peu comme un test, pour voir comment les gens allaient réagir. Craig et moi, nous nous demandions combien de gens allaient vraiment être intéressés. Et il se trouve qu'il a super bien marché. C'était un peu viral, on a fini par atteindre cinq millions de vues, aujourd'hui. On a donc décidé d'en faire d'autres.»

La recette est assez simple, mais elle est brillamment exécutée. Reprendre des scènes ou juste quelques répliques de la série, les adapter à la NBA et à ses acteurs, et laisser les fans apprécier. Il suffit de se rendre dans les commentaires YouTube ou Facebook des vidéos pour se rendre compte de l'amour qu'ont les gens pour ces épisodes qui ne dépassent jamais les quatre minutes. Mieux, ils arrivent même à trouver un public au-delà de leur cible originelle.

«Dans les commentaires, des gens nous écrivent qu'ils ont commencé à regarder Game of Thrones, à cause de “Game of Zones”. C'est toujours surprenant, mais agréable.»

Les reprises sur les sites de sport américains (et quelques généralistes) sont multiples. Même en France, Le Figaro et L'Équipe reprennent parfois les vidéos pour en faire de courts articles.

 

Un épisode écrit spécialement pour Golden State

L'amour pour la série va au-delà des simples fans de basket, puisque les deux frères reçoivent un jour une demande de Steve Kerr, l'entraîneur des Golden State Warriors, qui leur demande de réaliser un épisode spécial pour son équipe qu'il pourra diffuser lors du premier repas de la saison 2015-2016, à l'occasion de la reprise de la saison.

«On l'a eu au téléphone, et on a récupéré plein d'inside jokes grâce à Nick U'Ren, l'entraîneur adjoint. Les Warriors ont les pieds sur terre. Steve Kerr n'avait aucun problème à nous filer plein de blagues, c'était léger, ils se chambrent tous, et se prennent beaucoup moins au sérieux que d'autres équipes. On leur a donc envoyé l'épisode qu'ils ont montré à toute l'équipe, qu'ils ont filmé en train de le regarder. Quand on a reçu leur réaction, on était très anxieux. On a passé des semaines à dessiner leurs têtes, et à étudier la façon dont leur bouche bouge... et on avait peur que les blagues tombent à plat. Et puis on les a vus rire, et Steph Curry se plier en deux. C'était un énorme soulagement.»

 

Au-delà des Warriors, le reste de la NBA semble plutôt bien prendre les blagues des frères Malamut à leur sujet, à l'image du joueur de Portland, CJ McCollum qui tient à ce que le site sache qu'il «vit pour ces épisodes».

Pourtant, cette saison encore, certains joueurs se font gentiment allumer, comme Mario Chalmers, ou Mario Hezonja à qui, lors d'un échange, on préfère un cheval «parce qu'il fait des trucs de chevaux». Sur son compte Facebook, le Croate des Orlando Magic a préféré en rire.

Généralement, expliquent Adam et Craig Malamut, les joueurs réagissent assez bien à la série.

«On a toujours un peu peur que ceux qui apparaissent dans les épisodes soient fâchés, mais pour être honnête, on essaie de loger tout le monde à la même enseigne. Pour l'instant, tout le monde en a rigolé. Mario Hezonja a vraiment été cool. On avait aussi peur que Mark Cuban [le propriétaire des Dallas Mavericks, ndlr] ne prenne pas bien son personnage. Mais ça ne l'a pas dérangé, il a tweeté la vidéo.
 

Un des journalistes de Bleacher Report, Howard Beck, a noué pas mal de relations avec des gens de la NBA et il nous dit quand il découvre que certaines personnes regardent. Par le bouche à oreille, on apprend que certains adorent. On continue de péter des cables quand des gens en parlent parce qu'on reste des fans.»

«Game of Zones» veut son propre univers

Après leur troisième saison, et huit épisodes diffusés au total (plus quatre bonus), les deux frères ont décidé cette année de s'éloigner de Game of Thrones en tant que tel pour poursuivre leur série.

«On a réalisé qu'on ne pouvait pas faire ça indéfiniment. Les scènes à parodier ne sont pas infinies, et les parallèles entre joueurs et personnages de la série finissaient parfois par ne plus marcher. On savait qu'il fallait faire quelque chose d'autre. On a donc choisi de créer un propre univers autour du basket médiéval. Et on s'est inspiré de différentes sources: les Monty Python, Sacré Robin des Bois... Ça nous permet, en plus d'être compris par tout le monde, et pas seulement par les fans de Game of Thrones.»

Le site leur commande huit épisodes, pour une diffusion à partir du 20 avril, et ils peuvent désormais compter sur toute une équipe (une dizaine de personnes) pour en produire un par semaine, pendant deux mois. Chaque épisode prend près de six semaines à réaliser. Et l'équipe travaille sur plusieurs épisodes à la fois.

«C'est la preuve que Bleacher Report croit en ce concept. L'étape suivante était de s'agrandir. Le challenge, cette année, était de conserver la qualité en contrôlant un peu moins tout ce qui se faisait. On ne peut plus micro-manager l'animation comme avant, par exemple. Mais à la place on peut développer nos histoires et l'écriture.

Il y a également une amélioration au niveau de l'animation, la façon dont les personnages bougent. Et puis on a plus de personnages, et un rythme plus élevé. Quand on faisait ça nous-mêmes, les personnages bougeaient à peine, parce qu'on ne savait pas comment faire. Ils parlaient simplement beaucoup. Et maintenant, il y a des chevaux qui galopent, des gens qui courent.»

Quant au contenu, ils assurent essayer d'éviter ce que les fans leur conseillent «pour continuer à les surprendre», quitte à les priver de certains joueurs très demandés comme le Grec de Milwaukee, Giannis Antetokounmpo.

«On part de ce qui nous fait rire, et de ce qui nous emballe. On n'a pas vraiment de processus. C'est toujours un peu bizarre la façon dont ça nous vient. On peut aussi creuser à partir de quelque chose comme le transfert de Serge Ibaka, ou du MVP de la saison régulière. Au final, ce qu'on choisit de mettre, c'est ce qu'on considère comme étant le plus drôle.»

«War and Metta World Peace»

Pour s'amuser un peu plus avec leurs fans, ils cachent des détails dans le décor. Dans chacun des épisodes se trouvent quelques easter eggs cachés par les créateurs. Dans le deuxième, où l'action a lieu dans une bibliothèque, on trouve ainsi des dizaines de faux titres de livres (dont le génial «War and Metta World Peace»), ou encore une horloge qui ne va que jusqu'à sept. (Quand il était entraîneur à Phoenix, Mike d'Antoni demandait à ses joueurs de profiter au maximum de leurs sept premières secondes de possession.)

«L'action a lieu dans une bibliothèque, on a tout cet espace et ces livres. Alors amusons-nous! On essaie de maximiser l'espace au maximum. Nos épisodes sont très courts, donc on essaie de tout rentabiliser. Et ça nous amuse d'insérer tout ça. On s'assoit pendant une heure et on trouve des idées, des noms de livres...»

D'autant qu'ils savent à quel public est destinée leur série. Les épisodes étant diffusés sur internet, les spectateurs ont toute l'occasion de faire pause pour observer les moindres détails.

«On peut insérer des blagues subtiles qui ne sont là que sur quelques images. On sait qu'ils vont fouiller les moindres recoins pour trouver les blagues. Et c'est super gratifiant de lire les commentaires, et de voir qu'ils trouvent tout

En fait, en fouillant dans les commentaires, la seule critique qui semble revenir sur la série est celle sur la longueur des épisodes: trop courts, évidemment. Quand on leur demande s'ils ne veulent pas rajouter quelques minutes comme le demandent les fans dans les commentaires, les deux frères hésitent.

«Il faudra regarder ce qui a marché et ce qui n'a pas marché sur la saison que l'on vient de finir, et évaluer si c'est la bonne décision à prendre. Je vais reprendre une horrible expression sportive, mais “on prend les matchs les uns après les autres”. Il ne faudrait pas que les gens trouvent ça trop long, si jamais on change le format. Même s'ils le demandent, je ne suis pas sûr que la meilleure chose à faire soit d'accepter. On ne veut pas que la qualité baisse parce qu'on décide de passer à trente minutes.»

En attendant une potentielle cinquième saison un peu plus longue, on va prendre un peu de temps pour revoir tous les épisodes en espérant trouver quelques détails qui nous auraient échappé.

Grégor Brandy
Grégor Brandy (439 articles)
Journaliste
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