Jean-François Copé: 4 priorités contre la souffrance au travail
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J'avais annoncé le lancement des travaux de la Commission de réflexion sur la souffrance au travail en octobre dernier dans une chronique sur Slate. Comme promis, je vous tiens informés des principales avancées en vous livrant aujourd'hui nos premières conclusions.
Notre interrogation de base est partie de ce paradoxe bien français : comment se fait-il qu'en France, où on travaille moins qu'ailleurs (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Pays scandinaves, Allemagne, Canada...) et où les conditions de travail se sont globalement améliorées, les indicateurs de santé au travail se dégradent alors qu'ils s'améliorent depuis 15 ans environ dans ces autres pays?
Premier enseignement, sur la méthode: après la coproduction législative, la coproduction sociale est en marche! Les hommes politiques ne peuvent pas se saisir de questions aussi graves que la souffrance au travail sans consulter le plus largement possible la société civile. C'est pourquoi nous avons rassemblé, autour de députés UMP et du Nouveau Centre, des DRH, des professionnels de la santé, des chefs d'entreprises, des partenaires sociaux... Nous sommes aussi allés sur le terrain, rencontrer en particulier des employés d'un site commercial de France Télécom à Paris, et des députés ont organisé des réunions en circonscription sur le sujet. Enfin, nous avons recueilli d'abondants témoignages de citoyens via le site lasouffranceautravail.fr. J'ai la conviction que cette méthode de coproduction sociale est le meilleur moyen de ramener les citoyens au cœur de la décision politique.
Dans cette perspective, l'objectif de la Commission n'était pas de préparer une grande loi sur la souffrance au travail, d'autant que notre législation est déjà dense et en réalité pour l'essentiel complète, mais de contribuer à faire prendre conscience aux managers et aux dirigeants que certaines propositions très concrètes peuvent améliorer sensiblement le rapport au travail dans notre pays.
Second enseignement, sur le fond: dans un certain nombre de situations, c'est le travail lui-même qui est malade aujourd'hui, du fait des profondes mutations intervenues dans son organisation, dans son rapport aux nouvelles technologies, dans son management, dans la gestion des questions de santé.
Les nouvelles organisations du travail ont ainsi remis en cause les anciens repères sans les remplacer. Il ne s'agit évidemment pas de regretter un quelconque âge d'or. En réalité, les conditions de travail se sont sur de nombreux plans considérablement améliorées. Mais, d'une dimension collective forte, nous sommes passés à une individualisation du travail. Celle-ci a fragilisé non seulement les rapports hiérarchiques traditionnels, mais aussi les relations sociales, le sentiment d'appartenance à une structure collective et celui de reconnaissance dans son travail. Le travail s'est aussi intensifié, et les 35 heures n'ont rien arrangé : il faut faire toujours plus en toujours moins de temps. Enfin, il s'est complexifié, demandant une implication, notamment intellectuelle, beaucoup plus importante de la personne.
L'essor des nouvelles technologies a eu, quant à lui, des effets contrastés. Maîtrisées, elles permettent de gagner du temps, de faire circuler l'information plus facilement, de stocker aisément un grand nombre de documents. Mais de nombreuses personnes, trop peu formées, se sentent dépassées par l'usage des NTIC et leur renouvellement permanent. Les nouvelles technologies ont aussi fortement contribué à brouiller les frontières entre vie privée et vie professionnelle : on peut échanger avec ses amis au bureau, notamment par l'intermédiaire des réseaux sociaux, mais il n'est plus rare de répondre à un courrier électronique ou à un appel professionnel sur son portable le week-end!
Le management se retrouve, face à ces évolutions, bien souvent inadapté. La recherche de la «surperformance», qui s'accompagne généralement d'un management par le stress, est une course sans fin: la personne ne doit plus seulement faire «bien»; elle doit toujours faire «mieux». Qui plus est, en France, et alors même que la productivité horaire est en moyenne supérieure à celle observée dans d'autres pays européens, cet état d'esprit s'accompagne bien souvent, notamment chez les cadres, d'une tendance au « présentéisme » qui consiste à devoir justifier en permanence son implication en arrivant plus tôt, en restant plus tard, et en soulignant combien on est débordé.
Enfin, les services de santé au travail semblent eux-mêmes souvent inadaptés: leur organisation complexe et cloisonnée favorise une approche axée davantage sur la réparation que sur la prévention.
Pour changer la donne, la Commission a identifié quatre priorités d'action : rétablir le dialogue dans le monde du travail ; renforcer la formation de tous les acteurs ; promouvoir au quotidien les bonnes pratiques et les comportements vertueux ; revoir l'organisation des services de santé au travail. Ces priorités nous ont amenés à formuler 30 propositions concrètes que vous pouvez trouver intégralement sur lasouffranceautravail.fr. Je veux évoquer en particulier 4 d'entre elles.
1) Le CHSCT (Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail) doit acquérir un rôle stratégique. Cela passe par l'élection directe de ses membres par les salariés pour lui assurer une nouvelle légitimité, par la présence effective des dirigeants de l'entreprise à ses réunions, et enfin par une capacité d'action renforcée via une meilleure formation de ses membres et des vrais budgets.
2) Nous pourrions créer une labellisation «santé et qualité de vie au travail» pour les formations, initiales ou continues, des managers. Ce label inciterait les écoles à intégrer dans leurs formations la promotion d'un management plus vertueux, plus participatif, et plus respectueux de la personne.
3) Nous devons diffuser largement des «boîtes à outils» auprès des acteurs du monde du travail. Il faut construire des outils simples, concrets, opérationnels, qui proposent une réponse ou un interlocuteur pour tout type de situation de prévention et d'action contre la souffrance au travail. Ils s'adresseraient en priorité aux managers des PME qui sont, faute de moyens humains et financiers, les «orphelines de la prévention». Dans le même temps, les démarches visant à l'établissement de «chartes des bonnes pratiques» dans les entreprises doivent être encouragées.
4) Enfin, nous proposons de créer des services régionaux de santé au travail. Il s'agit de mettre de la cohérence dans ce qui existe et de mutualiser les ressources. Ces services seraient pilotés par les agences régionales de santé (ARS), d'où une double tutelle du Ministère du Travail, mais aussi du Ministère de la Santé, qui est aujourd'hui trop absent de ces problématiques. Ces services permettraient, grâce à des diagnostics plus fins, de mieux cibler les actions et de travailler avec les acteurs locaux pour améliorer la prévention de proximité dans les entreprises. Chaque service regrouperait des équipes pluridisciplinaires composées de médecins du travail, spécialistes, inspecteurs, psychologues, infirmières, ergonomes, juristes, assistantes sociales... Cette organisation permettrait par ailleurs de garantir l'indépendance du médecin du travail : les entreprises pourraient cotiser à un seul fond commun, géré par l'ARS, qui affecterait dans chaque région les moyens à mettre en œuvre par les services de santé au travail.
Nous avons conscience que notre réflexion ne peut s'arrêter à la présentation de ces premières propositions. Nous avons donc décidé de transformer notre Commission en un véritable Comité de suivi qui aura vocation à promouvoir les recommandations du rapport, à les évaluer, et le cas échéant à les enrichir. Nous n'en avons pas fini avec ce thème essentiel pour l'avenir de notre pays. Je reste ouvert à toutes vos nouvelles contributions pour réconcilier les Français et le travail.
Jean-François Copé
Lire également sur le même sujet: Combattre la souffrance au travail, Suicides liés au travail: la pression des «évaluations» en question et Le stress au travail mal du siècle.
Image de Une: Lors d'une manifestation de salariés de France Télécom Robert Pratta / Reuters
Mis à jour le 20/12/2009 à 13h38










































Monsieur Copé,
La première vrai priorité est de replacer le travail comme unique et possible source de revenus dans nos sociétés modernes et en terminer avec cette perversion qui permet de faire de l'argent avec de l'argent.
Le travailler plus pour gagner plus de votre majorité est d'une bêtise confondante et une des principales sources de souffrances depuis l'arrivée au pouvoir de N. Sarkozy.
Il faut absolument instaurer l'idéologie du travailler mieux pour vivre mieux.
Comment peut-on, dans votre cas, disserter sur la souffrance au travail et soutenir au sein d'une majorité politique, les théoriciens de la compétition et de la performance.
Si nous sommes, comme le disent certains de vos amis, en guerre économique, alors il faut tout mettre en oeuvre pour faire cesser cette guerre économique, et si la France n'est pas assez influente pour faire cesser cette guerre économique, elle a toujours le loisirs de de plus y prendre part.
Il est toujours intéressant de lire l'expression signée de JF Copé dans les lignes de Slate.
Les propositions formulées consistent donc en un toilettage insitutionnel du CHSCT, un label, une boîte à outils et la régionalisation des services de la Direction du Travail. Bien dérisoire !
Si en effet l'individualisation outrancière a atteint ses limites, la perte de la communauté de travail, l'intensification de la présence, seul un soin cosmétique est mis en avant sans jamais évoquer ni traiter les causes.
Or nous savons bien que la part des revenus du travail dans la richesse n'a cessé de diminuer au profit des revenus financiers. Le top-management est contraint de presser les entreprises pour dégager un profit qui ne sera réinvesti ni dans sa main d'oeuvre, ni dans sa R&D ni dans ses équipements ni même dans l'impôt redistributif mais sera transféré aux actionnaires au profit d'une rentabilité financière toujours plus élevée. Le management opérationnel quant à lui devra produire plus en moins de temps avec moins de ressources humaines formées. Et dans un contexte de compétition réelle ou fantasmée qui les conduisent plus ou moins vite au burn-out, à la dépression ou à la perte de sens.
Les réponses formulées ne sont manifestement pas à la hauteur et Monsieur Copé le sait bien. Alors pourquoi se limite-t-il à celles-ci ?
M. Coppé un article risible sur plusieurs points:
1) arrêtons de nous abreuver du, en France on travaille moins qu'ailleurs. Cité les US fait sourire car dans ce pays l'heure c'est l'heure hors en France les salariés partent souvent après l'heure, que le manager refuse de prendre en compte dans le cadre de la rémunération. Un exemple concret un des plus grands groupes français demande aux salariés de remplir le tableau des RTT la première semaine de janvier avec une OBLIGATION que chaque semaine soit égale à 35 heures, toute heure sup est considérée comme inégale mais chaque salarié effectue en moyenne 3 heures de plus semaine GRATUITE bien sur.
2) Les DRH sont devenues les clones des US des financiers et non des Humains, avez-vous déjà vu un DRH ou RH donner raison, dans le cadre d'un conflit, à un salarié face à un manager non pas en France.
M. Coppé occupez-vous de politique car vous êtes TOTALEMENT incompétent pour parler de souffrance au travail.
3;4;5...etc avec à chaque fois des exemples concrets
de stes du CAC 40.
Il est illusoire de croire que le système va changer parce que les politiques vont rentrer dans la danse non M. Coppé , vous ne changerez pas le système car le MEDEF y mettra sont véto.
Bonne soirée
Risible.. dérisoire.. utopique... je souscrits aux 3 premiers commentaires.
J'ajouterai une des spécificités franco française... la pression est énorme sur le petit pourcentage de la population avec un emploi... Les travailleurs français travaillent plus et produisent plus de valeurs que la plupart des travailleurs des pays comparables..
Agissez au moins sur la mise au travail des jeunes 16-25 ans... et des plus de 50 ans...
Agissez sur l'identité française des richissimes compatriotes... qui par delà leur intérêt individuel doivent être valorisé lorsqu'ils investissent dans le tissus industriel, scientifique et économique du pays qui les a formé, soigné, accueilli.
Arrêtez de donner des médailles à toutes ces stars, industriels, qui se délocalisent si volontiers... Donnez aussi l'exemple ... au travers de la fonction politique... au travers de la gestion des services au public...
Alors, Mr Copé... vous et votre partie serez probablement plus crédibles sur ce sujet...
PS: L'état est un employeur très souvent cité dans le site... ce n'est pas une surprise... et j'ajouterai, il est aussi parfois un actionnaire aussi autiste et cupide que les autres...
Je suis sensible au fait que le sujet intéresse le politique et qu'une action soit engagée. Ces méthodes ,fort bien détaillées et analysées par le Dr Dejours et mises en oeuvre tant dans le privé que dans le public, détruisent les personnes en...totalité.
De plus, j'ai vu dans une émission d'Arte ,que ces phénomènes ne sont pas circoncris en France.
Quelle tristesse.
Etonnant, non ? C’est sur que ce n’est pas avec le stress de nos députés, que l’on va voir se créer des CHSTC à l’assemblée !
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- « la personne ne doit plus seulement faire «bien»; elle doit toujours faire «mieux». Qui plus est, en France, et alors même que la productivité horaire est en moyenne supérieure à celle observée dans d'autres pays européens »
Oups ! Je dirais qu’en France on en est arrivé à préférer faire de « la merde » plutôt que de la qualité, cette dernière étant moins rentable ! C’est contradictoire avec ce que vous évoquiez au début de votre article à savoir que les français travaillaient moins qu’ailleurs « (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Pays scandinaves, Allemagne, Canada...) » !
- « En réalité, les conditions de travail se sont sur de nombreux plans considérablement améliorées ».
Il me semblait qu’elles s’étaient dégradées.., les conditions de travail ! Mais ce qui est sur, c’est que nous ne vivons pas dans le même monde…
Lesquels (les plans) ? Si sur de nombreux plans les conditions de travail se sont améliorées, pourquoi lancer une commission de réflexion sur la souffrance au travail ?
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Le CHSCT
Quid des questions de spécialistes dans un CHSTC, par exemple, sans architecte sous la main, qui peu se vanter de connaître les normes d’accessibilités pour l’aménagement, l’amélioration de locaux d’entreprises ou d’administrations ? Le CHSCT requière en certaines circonstances un avis de spécialistes, or aujourd’hui, aucune entreprise ou administration ne peu se prévaloir d’avoir de spécialistes en tous domaines.
Que fait-on alors pour des questions spécifiques ? Quels sont ceux alors qui devraient siéger ?
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Des «boîtes à outils»
Proposer une « boite à outils » pourrait paraître intéressant au premier abord, cependant si le premier des manques se situe dans l’absence de dialogue, dans le rapport à l’autre.
Comment dans ces conditions, la boite à outils permettra le retour de la confiance, qui est la base du dialogue ?
Avant de créer des « boites à outils », le travail à surtout besoin de retrouver du sens. Savoir pourquoi on travail, dans quel but, comment, avec qui, dans quelles conditions. Un travail choisi, ne revient pas au même qu’un travail contraint. Avoir la possibilité de choisir son travail, et non de le subir c’est quand même mieux.
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Des services régionaux de santé au travail
A l’heure où le gouvernement veut réduire les millefeuilles administratifs, vous proposez un empilement de juridictions et de contrôles des contrôles qui est impressionnant. Si la mise en place d’équipes pluridisciplinaires est intéressante, il reste à savoir comment elles seront financées, par qui, et quels moyens cœrcitifs auront telles à leur disposition pour faire changer les mauvais comportements dans les entreprises et administrations.
Êtes-vous certain que dans la collectivité de Maux, il n’y a personne en souffrance ?
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Ps : Coproduction…Vous coproduisez beaucoup Mr Copé. Tout comme votre coproducteur Lefebvre, qui lui-même a « coproduit » un article de Salte…
Voir article : Slate pillé par Frédéric Lefebvre - Mardi 15 Décembre 2009
Monsieur Copé plutôt que de nous faire une nouvelle liste à la 'YAKAFOKON' pourquoi pas simplement appliquer les lois existantes et qui plus est LE BON SENS ?
Je connais pas mal de personnes à France Télécom et maintenant chez Orange et force est de constater que ce qui jadis pouvait être pris pour exemple , des entreprises ou l'on souhaiterait voire ses enfants embauchés, ses entreprises sont devenues à la faveur d'une privatisation on ne peut plus mal négociée de véritables repoussoirs, et à raison... les conditions de travail que la légende voulait idylliques sont carrément devenue pires même que dans la plupart des sociétés privées concurrentes ou non... Exemple réel, à une amie travaillant chez Orange j'ai dû fournir une souris et un tapis de souris dignes de ce nom, mais où on est là ? Une autre connaissance n'a jamais pu obtenir le moindre changement de matériel ni de position de travail malgré un syndrome du canal carpien avec certificat médical...
Appliquons les règles existantes et RESPECTONS les gens et il n'y aura pas besoin de nouvelle liste en 4 points...