Monde

Le régime syrien se réapproprie la photo du petit Omran

Temps de lecture : 2 min

L’enfant qui avait ému la communauté internationale et alerté sur la situation des civils syriens est réapparu dans les médias… mais sur des chaînes pro-Assad et en bonne santé. Le témoignage de son père est utilisé par le régime pour faire de la propagande anti-opposition.

Captures d'écran Youtube
Captures d'écran Youtube

«C’est une image construite, pas une vraie, un montage», avait déclaré Bachar el-Assad. La photo du petit Omran Daqneesh, assis sur un siège orange, le visage ensanglanté et le corps couvert de poussière, avait déjà fait le tour du monde. C’est ce même Omran –en pleine forme et bien propre– que les Syriens, les Iraniens, les Russes et les Libanais ont pu voir à la télévision cette semaine, sur des chaînes qui ont défendu les positions d'Assad depuis le début de la guerre, il y a six ans.

Comment le symbole des victimes civiles de la guerre en Syrie est-il devenu un outil de propagande du régime? C’est ce qu’essayent de comprendre les journalistes du New York Times. Dès le mois d’août 2016, la famille d’Omran avait refusé de parler aux journalistes, «par peur des représailles du gouvernement» et car il était probable, selon les médecins, qu’ils habitent dans une zone contrôlée par le régime syrien. Et c’est sûrement aussi par peur des représailles que le père a finalement accepté de répondre aux journalistes... pro-régimes.

Des témoignages suspects

Une vidéo est disponible depuis le 5 juin sur la chaîne Ruptly, une agence de presse vidéo russe financée par le Kremlin. On y voit le petit garçon jouer dans un appartement qui semble neuf. Son père est interviewé mais aucun traduction n’est proposée, si ce n’est dans les commentaires, par des amateurs. L’un d’eux rapporte que le père était «en colère, car, alors [qu’il] essayait de sortir sa famille des décombres, les casques blancs en profitaient pour filmer [ses] enfants».

Une deuxième vidéo a été mise en ligne le 6 juin, cette fois-ci avec une traduction des propos du père fournie par Ruptly dans la description. Dans cette traduction, il remet en cause l’origine des frappes aériennes qui ont détruit sa maison: il n’aurait pas entendu les avions syriens et russes que mentionnent les témoignages des médecins et journalistes locaux.

L’opposition et le régime souhaitaient utiliser le témoignage du père

Dans la vidéo ci-dessus, il accuse également les casques blancs de travailler avec la presse avant de travailler avec les victimes, et d’avoir pris son enfant en photo contre sa volonté, afin de l’utiliser pour faire de la propagande contre le régime. Il affirme avoir été victime de pressions de l’opposition pour témoigner contre Bachar el-Assad. Le New York Times rapporte un témoignage similaire dans lequel il explique qu’on l’aurait menacé de kidnapper son enfant pour faire de la propagande pro-opposition.

Pour le New York Times, les Syriens qui sont interviewés par des chaînes pro-Assad «ne peuvent pas parler librement». Une source au sein de l’opposition, Abdelkafi al-Hamdo, «a affirmé sur un groupe Whatsapp que le père d’Omran aurait été contacté par un journaliste pro-opposition», mais qu'il avait refusé l’argent proposé par celui-ci pour apparaître à la caméra. Sa conclusion est la même que celle du journaliste du New York Times: on peut dire non à l’opposition, mais pas au régime.

Newsletters

L'Université polytechnique de Hong Kong, bastion de résistance des manifestants

L'Université polytechnique de Hong Kong, bastion de résistance des manifestants

Près de six mois après le début du mouvement de contestation pro-démocratie à Hong Kong, la confrontation la plus longue et l'une des plus violentes a lieu au sein du campus de l'Université polytechnique de Hong Kong (PolyU), où des...

Au Texas, un ancien agent de l'immigration découvre qu'il est mexicain et risque l'expulsion

Au Texas, un ancien agent de l'immigration découvre qu'il est mexicain et risque l'expulsion

Son certificat de naissance avait été falsifié.

En Tunisie, les modifications corporelles pour faire partie des gros durs

En Tunisie, les modifications corporelles pour faire partie des gros durs

Des tatouages et des scarifications pour prouver sa résistance à la douleur, pour montrer qu'on est un vrai mec, pour exprimer aussi une souffrance sociale.

Newsletters