Monde

Les élections au Royaume-Uni marquent l’entrée dans une ère nouvelle, celle du Brexit

Gaël Brustier, mis à jour le 07.06.2017 à 15 h 06

La campagne des élections générales au Royaume-Uni a évidemment été marquée par les attentats de Manchester et de Londres. Mais la conduite du Brexit est le véritable enjeu de ces élections.

Oli SCARFF / AFP
British Prime Minister Theresa May gestures during a general election rally at the Odsal Stadium in Bradford, West Yorkshire, on June 5, 2017. Britain goes to the polls on June 8 to vote in a general election only days after another terrorist attack on the nation's capital.

Oli SCARFF / AFP British Prime Minister Theresa May gestures during a general election rally at the Odsal Stadium in Bradford, West Yorkshire, on June 5, 2017. Britain goes to the polls on June 8 to vote in a general election only days after another terrorist attack on the nation's capital.

Winston Churchill avait mis en garde l’Europe: entre elle et le grand large, c’est le grand large que l’Angleterre choisirait. C’est chose faite. Le Brexit est la réalisation de cette prophétie churchillienne.

Pour le Royaume-Uni, il ne s’agit pas que d’une affaire économique. Il s’agit de définir sa place dans le monde après le largage des amarres européennes. Ces élections sont une étape dans la redéfinition du rapport au monde du Royaume-Uni autant que du bouleversement de la conception que chacun se fait de la société britannique.

Sortir de l’Union européenne est un lourd processus diplomatique, réglementaire et même administratif. C’est aussi un effort intellectuel et politique majeur. La conduite du Brexit est le véritable enjeu de ces élections. Vouées à l’origine à n’être qu’une confirmation de la marche des Conservateurs de Theresa May vers l’hégémonie, elles ont été marquées par la remontée spectaculaire du Labour.

La fin de l'ère thatchérienne

Ces élections voient en effet s’affronter deux personnalités qui avaient prudemment choisi le «remain» mais que leurs visions du monde et leurs projets politiques séparent radicalement. C’est l’épilogue de l’ère thatchérienne.

Dans chaque parti, dans chaque famille idéologique, les mutations sont à l’œuvre depuis plusieurs années. Elles révèlent l’ampleur des bouleversements auquel le Royaume-Uni est confronté. 

Theresa May incarne probablement assez bien l’idéologie «Red Tory» en vogue au Royaume-Uni et qui correspond à une remise en cause du libéralisme sous ses diverses formes. Inspirée par Philipp Blond, cette nouvelle pensée conservatrice est donc en rupture sur bien des points avec le néolibéralisme qui fut la composante du thatchérisme triomphant, ratifié par les thèses blairistes. Theresa May a pu être qualifiée d’anti-Thatcher.

Jeremy Corbyn incarne quant à lui, au sein du Labour et de la social-démocratie européenne, une radicalisation idéologique qui est le fruit de la crise et de la déstabilisation des groupes sociaux qui jusqu’alors avaient porté les travaillistes. Elu à la tête du Labour, Jeremy Corbyn a affronté l’opposition des élites de son propre parti et, évidemment, des blairistes. Il a pu compter sur une base militante et sympathisante mobilisée et ultra-motivée.

Porté par la jeunesse, plombé par sa géographie, le Labour de Corbyn est certes moins loin des Conservateurs mais il peine encore à panser ses plaies. Le Labour a en effet été victime, comme d’autres partis sociaux-démocrates européens, d’une dénationalisation spectaculaire à la sortie des élections de 2015. Sa nouvelle géographie, restreinte à l’Angleterre industrielle et à l’aire urbaine londonienne, est peu susceptible de lui donner une majorité, même s’il semble en mesure de progresser au Pays de Galles. Les dernières élections avaient été marquées par une déroute du Labour en Ecosse, le privant de très nombreux sièges. Sa campagne dynamique suffira-t-elle à gagner? C’est plus qu’incertain.

Au-delà de l’enjeu pour la majorité conservatrice sortante et du coût politique qui ferait d’une victoire sur le fil un revers pour Theresa May, c’est bien le rapport au monde du Royaume-Uni qui est en jeu. Les enjeux internationaux du terrorisme islamiste lui imposent de réviser certaines formes d’organisation sociale. Choisir le grand large impose de repenser son rapport au monde et ne prémunit pas contre le tragique de l’époque.

Gaël Brustier
Gaël Brustier (98 articles)
Chercheur en science politique
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