France

Il y a trop de candidats aux législatives

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 08.06.2017 à 7 h 01

Plus de candidats, c'est plus de pluralisme et donc plus de démocratie? Pas si vite.

À Aureville, près de Toulouse, le 30 mai 2017 | ÉRIC CABANIS / AFP.

À Aureville, près de Toulouse, le 30 mai 2017 | ÉRIC CABANIS / AFP.

Devant les écoles primaires de ma circonscription (la sixième de Paris), on a installé vingt-six panneaux électoraux. Le 11 juin, pour le premier tour des législatives, j'aurai notamment le choix entre la députée sortante, Cécile Duflot, une dissidente PS, les candidats de La République en marche, de l'alliance UDI-LR, de la France insoumise et du FN. Mais aussi entre ceux du PCF, de l'UPR, du NPA, de LO, du parti 100% de Francis Lalanne, du Parti pour la décroissance, du Parti pirate, de Nouvelle Donne, du Parti du vote blanc, du Parti animaliste, des mouvements citoyens À Nous la Démocratie et MaVoix, de l'initiative 577 pour la France de Jean-Christophe Fromantin, sans oublier plusieurs candidats «divers»... Et je ne suis pas le plus gâté: dans la neuvième circonscription des Français de l'étranger (Maghreb-Afrique de l'ouest), où on a voté –peu– dès dimanche dernier, ils étaient 27 au premier tour.

7.882 candidats briguent cette année l'entrée au Palais-Bourbon, soit près de quatorze par circonscription. C'est près de trois fois plus qu'il y a trente ans: en 1988, pour un même nombre de 577 circonscriptions, ils étaient à peine 2.800. Soit à peu près autant que pour les élections législatives qui se tiennent ce jeudi au Royaume-Uni, où 3.300 candidats se présentent pour 650 sièges.

«Candidats fantômes»

Les causes de cette inflation? L'affaiblissement des grands partis et l'émergence de nouveaux enjeux, mais aussi (surtout?) l'argent: le financement d'un parti politique dépend de son nombre de candidats aux législatives ainsi que de son nombre de parlementaires. En 1990, la première loi sur le financement des partis prévoyait que tous ceux auxquels au moins 75 candidats aux législatives se rattachaient étaient éligibles au financement public. Cette idée a contribué à une inflation telle des candidatures (avec un record de plus de 8.400 en 2002!) qu'en 2003, le gouvernement Raffarin a décidé de réserver le financement aux partis obtenant au moins 1% des voix dans 50 circonscriptions, l'enveloppe étant répartie en fonction des scores (1,42 euro par voix durant le dernier quinquennat).

Si on a constaté une baisse du nombre de candidats en 2007 et 2012, nous sommes donc quasiment revenus au niveau de 2002, tant il est tentant pour un parti de présenter un peu partout des candidats pour tenter d'être éligible au financement public. Quitte à mener une campagne modeste ou inexistante: en 2012, 44% des candidats ne déclaraient aucune dépense de campagne. Comme l'écrit sur son blog le chercheur Abel François, coauteur du livre Le financement de la vie politique:

«Il existe [...] une très forte incitation financière pour les partis à multiplier les candidatures afin d'accroître leur financement public grâce aux voix collectées. [...] Ces candidats motivés par l'aspect financier sont rarement actifs durant la campagne électorale: on parle même de “candidats fantômes” puisque parfois leur présence sur la circonscription se résume à un déplacement pour signer et déposer la déclaration de candidature à la préfecture.»

Une offre sans impact sur la participation

Pointer un nombre excessif de candidats aux législatives vous expose rapidement à être étiqueté comme ennemi du pluralisme et de la démocratie. Pourtant, on voit bien l'aspect paradoxal de la multiplication des candidatures: si, individuellement, la plupart des candidats qualifiés de «petits» pensent sincèrement œuvrer au pluralisme, collectivement, l'inflation des candidatures contribue à désorienter un électeur qui souffre déjà de voter fatigue. Elle ne l'amène pas à davantage de participation: en 2012, une étude du think-tank Trop Libre pointait que l'abondance de l'offre électorale semblait sans effet sur la mobilisation aux législatives. Et elle le conduit plutôt à privilégier les étiquettes reconnues: il y a cinq ans, 2.600 candidats, soit 40%, avaient recueilli moins de 1% des suffrages (en comparaison, c'est le cas de seulement 7 candidats à la présidentielle sur 49 depuis 2002).

Faut-il durcir les conditions de financement des partis pour éviter cette explosion du nombre de candidats? C'est l'avis du député divers gauche René Dosière, qui a récemment déposé une proposition de loi où il propose de réserver le financement public aux partis qui dépassent 2,5% des voix dans 100 circonscriptions (notons qu'en 1990, le Conseil constitutionnel avait censuré un seuil de 5%, jugeant qu'il était «de nature à entraver l'expression de nouveaux courants d'idées et d'opinions»).

Une idée qu'on ne retrouve pas dans le projet pour la «confiance dans la vie démocratique» récemment présenté par le ministre de la Justice François Bayrou. Pas plus qu'on n'y retrouve une modeste proposition que je me permets d'avancer ici: infliger une amende symbolique aux candidats qui obtiennent zéro voix (pas même la leur, donc) aux législatives, généralement parce qu'ils ne mettent pas de bulletins à disposition des électeurs. En 2012, on en comptait soixante, et cette année ils sont déjà cinq, rien que dans les circonscriptions des Français de l'étranger.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (940 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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