Science & santé

Chaque pénis a une histoire

Repéré par Charlotte Pudlowski, mis à jour le 04.06.2017 à 15 h 57

Après s'être séparée de son mari–l'homme qu'elle fréquentait depuis 20 ans et le père de ses enfants, la photographe Laura Dodsworth s'est lancée dans un projet sur la masculinité. En photographiant des pénis.

En 2014, Dodsworth avait déjà travaillé sur les corps en interrogeant les femmes sur leur relation à leur poitrine –et en les photographiant– ce qui était déjà un sujet sensible, mais moins que les pénis, moins souvent esthétisés, moins utilisés dans la publicité ou la pop culture, et du coup moins fréquemment représentés.

À l'occasion de la sortie de son nouvel ouvrage Manhood, elle a confié au Guardian avoir appris énormément de choses sur l'intimité des hommes en photographiant sa série de 100 pénis. «Beaucoup plus d'hommes que je ne pensais éprouvent un sentiment de honte, d'angoisse, à propos de la taille de leur pénis, de leur performance. Ce qui m'a vraiment émue c'est de voir à quel point cette honte, ou ce sentiment d'inadéquation avaient déteint sur différents aspects de leur vie».

Complexes

Certains hommes expliquent avoir été moqués enfants et ne s'en être jamais remis. Un homme noir de 46 ans explique avoir souffert de tous les préjugés racistes autour de la sexualité des hommes noirs: 

«Quand vous êtes un jeune homme noir, vous devez subir une attention anormale portée à votre sexualité, à vous en tant que personne sexuée». Le sentiment de n'exister qu'à travers une toile d'idées reçues, de mensonges, d'être désindividualisé. 

Un autre homme raconte: «J'ai passé ma vie à me dire que mon pénis est trop petit. Aussi loin que je m'en souvienne, j'en ai toujours eu honte. Je crois que mes sentiments à l'égard de mon pénis ont déformé ma vie, notamment jusqu'à mes 25 ans. J'accepte cette interview et cette photo pour aider les autres hommes».

À Métro.uk, l'artiste a expliqué: «parce que les pénis sont si tabous, les hommes n'en voient pas beaucoup de réels autour d'eux», et ils souffrent, comme les femmes, de fantasmes sur leurs propres corps, de complexes, et de standards imaginaires. «J'ai été surprise, a-t-elle ajouté, par leur honnêteté. Je ne crois pas que les hommes ont beaucoup l'occasion d'être honnêtes, et cru, à propos de leur vie, de leurs sentiments». 

Masculinités

Si les études sur le genre voient le jour (notamment grâce aux travaux de l'anthropologue Margaret Mead) dans la première moitié du XXe siècle, et se développent depuis les années 50, les études sur les masculinités sont plus récentes. Mais leur pertinence est de plus en plus manifeste: pour déconstruire les préjugés et la construction du genre, on ne peut se concentrer uniquement sur le carcan qui étouffe les femmes. Déconstruire la construction sociale de la virilité est un pré-requis. 

Depuis 2013 existe ainsi le premier centre pour l'étude des hommes et des masculinités à l'université de Stony Brook dans l'État de New York, ouvert grâce au sociologue Michael Kimmel, auteur de plusieurs livres sur la masculinité aux États-Unis et co-éditeur d'une encyclopédie culturelle du pénis. En mars 2015, a eu lieu la première conférence internationale sur les masculinités. La déconstruction des préjugés sur les corps masculins, et les recherches sur le rapport des hommes à leurs corps s'inscrit dans cet axe indispensable de la compréhension des genres. Joseph Gelfer, chercheur britannique sur les masculinités, explique d'ailleurs que Manhood «fournit une importante contribution à l'exploration physique et émotionnelle des hommes et des masculinités

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