Science & santéFrance

Alcool, tabac, sucres: la France classée parmi les États les plus «moralisateurs»

Repéré par Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 03.06.2017 à 11 h 50

Repéré sur L'Opinion, Institut Molinari

Selon un indicateur calculé par un économiste britannique, «le niveau de tolérance en matière de modes de vie diminue» dans de nombreux pays européens.

Catherine Deneuve le 23 mai 2017 au Festival de Cannes. Alberto PIZZOLI / AFP

Catherine Deneuve le 23 mai 2017 au Festival de Cannes. Alberto PIZZOLI / AFP

Voici un indicateur qui, à défaut d’être consensuel, fait preuve d’originalité. L’indicateur des États moralisateurs place la France parmi les six pays les plus «moralisateurs» de l’Union européenne, révèle L’Opinion.

Selon l’Institut économique Molinari, qui fait partie des institutions associées à cette étude réalisée par l’économiste Christopher Snowdon (Institute of Economic Affairs de Londres), «cet indicateur permet de prendre le pouls de cette inflation réglementaire qui nous “veut du bien”». Il «inclut toutes les politiques qui visent à dissuader la consommation de produits légaux et imposent des coûts aux consommateurs.» Selon l’étude, la plupart des pays de l’UE ont durci leurs législations en matière de contrôle des modes de vie, qu’il s’agisse de législations sur la consommation d’alcool, de cigarettes, d’alimentation ou de boissons sucrées.

Source: Institut Molinari.

Et la France est le sixième État le plus «moralisateur» des 28 de l’UE, obtenant la troisième place pour ce qui est de la politique anti-tabac, et même la deuxième place pour la régulation de l’alimentation et des boissons sucrées.

Source: Institut Molinari. Cliquez sur le classement pour agrandir l'image.

«La tolérance française a pris du plomb dans l’aile ces dernières années», souligne l’auteur du rapport. Interdiction de fumer dans les bars et les restaurants, forte régulation de la publicité pour le tabac et l’alcool, paquet neutre, fiscalité sur les boissons sucrées et énergisantes, interdiction des fontaines à soda en libre-service en janvier 2017. «Les taxes sur le vin y sont toujours très faibles mais c’est au final la seule consolation qu’ont les buveurs», indique encore l’auteur, qui précise que des discussions sont en cours pour interdire l’happy hour.

Source: Institut Molinari.

Faire le bien des citoyens à leurs dépens?

L’étude repose sur une vision très libérale selon laquelle une politique de santé publique ne doit pas chercher à contrôler les comportements des individus, ni à imposer des modes de vie, des règles de conduites et des habitudes de consommation considérées comme vertueuses. «Il n’y a pas de gloire à être parmi les pays les plus moralisateurs de l’UE. Trop de politiciens semblent convaincus qu’il faut traiter les citoyens comme des enfants», affirme l'auteur de l'étude.

Ainsi dans cette optique «la Finlande est un pays unique en matière de répression. Son approche de la cigarette électronique est très négative. Elle taxe les boissons non alcoolisées, impose une interdiction presque totale de la publicité en faveur de l’alcool et opère un monopole public sur la vente au détail des boissons alcoolisées».

La position de l’auteur de l’indicateur des États moralisateurs se situe à l’opposé de la politique des «nudges», ces petits coups de pouce discrets et parfois invisibles, qui visent à orienter le citoyen vers une «architecture de choix» conforme à une consommation jugée saine. À l'opposé de cette démarche, «les pays les plus tolérants comme la République tchèque et l’Allemagne imposent des taxes assez modestes sur l’alcool et le tabac. Ils n’essaient pas de contrôler le régime alimentaire de leurs concitoyens et traitent les vapoteurs et les fumeurs avec respect.»

L’auteur de l’étude défend sa vision en expliquant notamment que les politiques répressives n’ont pas nécessairement d’effet positif sur la santé des citoyens du pays concerné: «il n’y a pas de corrélation entre les scores de l’indicateur et l’espérance de vie», écrit l’auteur, ni entre la réglementation du tabac et taux de tabagisme ou entre la réglementation sur l’alcool et consommation d’alcool, affirme-t-il. Par exemple «le taux de fumeurs en France est plus élevé que dans les pays qui ont privilégié une approche plus tolérante comme la République tchèque, l’Allemagne et le Luxembourg», lit-on dans le communiqué de présentation de l'étude.

«La seule relation statistiquement significative est celle qui lie l’espérance de vie et le revenu national brut. Cela suggère qu’une bonne politique de santé publique devrait davantage se focaliser sur la croissance économique que sur des tentatives souvent néfastes de contrôler les comportements des individus.» Ces politiques sanitaires peuvent avoir d’autres effets pervers comme l’alimentation d’un marché noir, la croissance d’une bureaucratie et d’une police consacrées à contrôler le respect de ces législations ou encore le renchérissement des prix pour les plus pauvres (ce qui peut néanmoins être un des objectifs pousuivis…)

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