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Accord de Paris: Trump a-t-il conscience de ce qu'il vient de faire à l'économie de son pays?

Gilles Bridier, mis à jour le 02.06.2017 à 11 h 49

L’accord de Paris n’est pas mort, mais cette absence de vision va isoler la première économie mondiale au sein de la communauté internationale.

Donald Trump annonce le retrait des États-Unis de l'accord de Paris, le 1er juin 2017, à la Maison-Blanche | SAUL LOEB / AFP

Donald Trump annonce le retrait des États-Unis de l'accord de Paris, le 1er juin 2017, à la Maison-Blanche | SAUL LOEB / AFP

Est-ce que la continuité de l’État a un sens dans les États-Unis de Donald Trump lorsque le 45e président décide de se retirer de l’accord de Paris sur la lutte contre le réchauffement climatique, signé dix-huit mois plus tôt par son prédécesseur? Que vaut un engagement de la Maison-Blanche? Donald Trump cherche-t-il à provoquer en n’hésitant pas à faire un bras d’honneur aux 144 autres pays qui ont ratifié l’accord de Paris, ou à s’enivrer de pouvoir en sabotant le travail de Barack Obama, qu’il s’agisse de la couverture santé ou de la lutte contre le réchauffement climatique?

En rendant publique sa décision de se retirer de l’accord conclu en décembre 2015 dans le cadre de la COP21, le président américain révèle une absence de vision à long terme aussi bien pour les États-Unis que pour le monde entier. Car, une réflexion à la hauteur de ce que doit être celle du président de la première économie mondiale ne peut être réduite au simple «America is back» qui sert à Donald Trump à haranguer les foules.

D’une part, le président des États-Unis ne peut prétendre construire un avenir pour son pays et les générations futures en refusant de se projeter dans le monde de demain pour uniquement privilégier la compétitivité à court terme et le recours aux énergies fossiles, comme le charbon ou les huiles et gaz de schiste, dans le seul but de faire tourner à moindre coût l’outil de production. Comme si la fonction de la Maison-Blanche devait se résumer à améliorer le compte d’exploitation de l’entreprise America.

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D’autre part, la première économie de la planète ne peut assumer ses responsabilités dans la marche du monde en tournant le dos à ses engagements et en se dissociant de tous les autres États de la planète. En reniant sa signature, Washington n’est plus le phare du monde. Pire, s’agissant de l’avenir de la planète entière, la première économie du monde qui refuse les efforts auxquels les autres pays consentent, dans le seul but de mieux défendre ses seuls intérêts à court terme, se place au ban de la communauté internationale…  Au risque de montrer à tous les autres États que la place qui lui était reconnue dans la marche du monde est aujourd’hui usurpée et ne peut plus être revendiquée.

Et c’est bien cette critique qui ressort aujourd’hui de la part d’observateurs de la vie politique américaine, de l’intérieur même des États-Unis, constatant qu’aucun argumentaire sérieux ne vient justifier cette volte-face de Donald Trump. Un engagement avait été pris par les États-Unis de Barack Obama sur la base des travaux d’experts internationaux et après avoir pris l’avis des scientifiques attachés à la Maison-Blanche. Mais la nouvelle présidence ignore les premiers et a remercié les seconds, sans les remplacer. Se privant de toute capacité d’anticipation sur des sujets aussi complexes que le réchauffement climatique.

Seul contre tous

On pourrait juste rappeler que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) dans son 5e rapport, rendu public en octobre 2014, avait souligné que, pour réduire à 2°C le réchauffement de la planète, les émissions cumulées de CO2 dans l’atmosphère ne devraient pas dépasser 2900 milliards de tonnes. Or, après les 1000 milliards de tonnes rejetées sur les seules quarante dernières années, un peu plus de 2000 tonnes auraient été émises au total. Ce qui ne laisserait plus que 900 tonnes à émettre avant que le réchauffement dépasse les 2°C, un seuil qui devrait être atteint au milieu de ce siècle. C'est-à-dire… demain. Sachant qu’au-delà, les impacts devraient être «sévères, étendus et irréversibles au niveau mondial», d'après le rapport.

Or, les États-Unis ont une responsabilité dans le défi qui est aujourd’hui lancé au monde. Ils furent, dans la période moderne et, notamment au cours des quarante dernières années où les émissions dues à l’activité humaine furent les plus intenses, les premiers pollueurs de la planète… avant que la Chine, devenue l’usine du monde, ne pollue encore plus pour fabriquer des produits exportés ensuite notamment aux États-Unis dans l’Union européenne.

Reste que les émissions par habitant aux États-Unis (16,4 tonnes par personne en 2013, selon la Banque mondiale) demeurent toujours plus de deux fois plus élevées qu’en Chine (7,6 tonnes la même année) et près de trois fois plus que dans l’Union européenne (6,7 tonnes) où la France figure parmi les bons élèves. Il n’y a guère qu’au Luxembourg, au Qatar, à Bahreïn et en Arabie saoudite où la pollution par habitant soit supérieure. Rien à voir, au regard du poids économique! Les Américains ne peuvent donc pas s'exonérer de toute implication dans la lutte contre le réchauffement climatique. Mais Donald Trump, si!

L’accord de Paris touché, mais pas mort

Certes, le reste du monde n’est pas obligé de remettre en cause l’accord de Paris parce que Washington en décide ainsi. La dépendance de l’Union européenne dans les énergies fossiles contraint ses membres à trouver d’autres solutions qui concourent à lutter contre le réchauffement climatique. Et la Chine a déjà annoncé qu’elle persévèrerait avec l’UE dans sa politique de réduction des émissions de CO2 compte tenu des problèmes de pollution auxquelles sa population est exposée dans les grandes villes. Pékin acquerrait alors un rôle de leader dans la lutte mondiale contre les émissions de gaz à effet de serre.

Toutefois, les stratégies peuvent changer compte tenu de la défection américaine. On se souvient ainsi du bras de fer qui empêcha longtemps Washington et Pékin de s’engager dans la voie des réductions d’émissions, chacun des deux protagonistes accusant l’autre de se soustraire à un niveau équivalent de contraintes. C’est pourquoi la Chine, comme les États-Unis, qui représentaient alors environ 40% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, avaient refusé de signer le protocole de Kyoto adopté en 1997.

En outre, le Canada, dont le niveau d’émissions a dérapé, se retira du protocole. Aussi, lorsqu’à Doha en 2012, il fallut définir de nouvelles règles de ce protocole pour la période 2013-2020, des pays comme le Japon et la Russie ne voulurent plus participer. De sorte que les pays qui s’engagèrent pour cette deuxième période du protocole n’ont plus représenté que 13% des émissions mondiales.

Dans le cas de l’accord de Paris, on pourrait craindre que d’autres signataires, ayant finalement moins de raisons de se sentir impliqués que les États-Unis, ne s’engagent dans la voie qui signa l’échec de Kyoto. Pour l’instant, ce n’est pas le cas.

Mais, compte tenu du volet financier de cet accord prévoyant une assistance des pays riches pour aider les plus pauvres à participer à cette lutte contre le réchauffement, il est certain que le retrait de la nation la plus riche modifie les conditions d’un équilibre financier. Equilibre qui devait être affiné au cours des prochaines réunions internationales sur le climat. Les États-Unis désertant, c’est plus qu’un État lambda parmi les 145 signataires qui sort du jeu.

Le coût de l’inaction à long terme

Cette décision de Donald Trump est d’autant moins justifiée de la part d’un président que la lutte contre le réchauffement peut aussi être génératrice de richesses et d’économies… Mais à plus long terme. Les études et rapports se sont accumulés depuis celui commandé par l’ex-vice président de la Banque mondiale Nicolas Stern, en 2006. Devenu directeur du budget au Trésor britannique, il chiffrait entre 5 et 20% du PIB mondial le coût de l’inaction face au réchauffement, à comparer au 1% nécessaire pour agir contre le réchauffement. 

Ce travail a ouvert la voie à bien d’autres projections sur les conséquences d’un manque de volontarisme pour ralentir le réchauffement, montrant que le temps perdu alourdirait la facture. Encore faut-il, pour prendre ce scénario en considération, avoir la volonté de se projeter au-delà du court terme. L’OCDE, par exemple, a évalué les conséquences économiques du réchauffement climatique et les effets sur la disponibilité des ressources que la planète procure aujourd’hui.

La transition écologique peut aussi être perçue comme une opportunité à saisir. Pour la France, on évoque un million d’emplois nouveaux. Tout dépend du périmètre considéré pour comptabiliser des postes nouveaux, dans des nouveaux métiers ou non … Mais le vivier existe, favorable à l’application de technologies nouvelles. Il fut abondamment commenté au moment du vote de la loi de transition énergétique.

De la même façon, les États-Unis auraient beaucoup à gagner à enrichir leur croissance économique des effets d’une conversion écologique à laquelle des maires de grandes villes ne veulent d’ailleurs pas renoncer. Parce que, tout simplement, l’alternative n’existe pas pour les générations futures. «Il n’y a pas de plan B parce qu’il n’y a pas de planète B» a insisté le Emmanuel Macron depuis l’Elysée, sitôt connue la décision du président américain.

Mais Donald Trump a tranché. C’est «une faute pour l’avenir de la planète», a commenté le président français.

Une faute aussi aux yeux de nombreux électeurs américains, qui risque de peser lourd aux prochaines élections américaines.

Gilles Bridier
Gilles Bridier (656 articles)
Journaliste
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