France

Un Tsar à Versailles

, mis à jour le 02.06.2017 à 4 h 58

Pour la première visite officielle de Vladimir Poutine en France depuis son élection, Emmanuel Macron a invité le Tsar sous les ors versaillais de l’Ancien Régime. Cela a déchainé les réactions de la twittosphère.

Nicholas II, dernier tsar de Russie, peint par Earnest Lipgart, via Wikipedia, License CC.

Nicholas II, dernier tsar de Russie, peint par Earnest Lipgart, via Wikipedia, License CC.

Contenu Partenaire - En écho à l’exposition au Château de Versailles qui fête le tricentenaire de la visite de Pierre le Grand à Louis XV le 29 mai 1717, le Français fraichement élu reçoit le Russe. Pourtant «même si on fait mieux comme symbole progressiste», il ne faudrait pas oublier la longue tradition des réceptions versaillaises pour parler diplomatie.

Napoléon 1er avait accueilli Alexandre 1er en 1809, Felix Faure tenu la porte à Nicolas II en 1896, de Gaulle, Pompidou et Mitterrand ayant quant à eux successivement ouvert les portes à Khrouchtchev (1960), Brejnev (1971), Gorbatchev (1985) et Eltsine (1992). Si on ajoute les Kennedy, Elizabeth II ou Nixon, on comprend vite que l’emballement voire le tollé suscité par cette invitation démontre surtout une méconnaissance historique.

«Recevoir Poutine à l’Elysée: normal. L’accueillir à Versailles en majesté sous un prétexte culturel: choquant» ou «tant d’honneur pour un dictateur, ça commence mal», voici des réactions qui prouvent qu’on a oublié que Pompidou a reçu Ceausescu (1970) et Suharto (1972) à Versailles. Sans compter «le dernier pour qui la France avait privatisé Versailles, c’était Kadhafi» et plus récemment encore Fillon y a accueilli Erdogan (2010).

Pourquoi Versailles?

Le Palais de Louis XIV n’en est donc pas à sa première visite officielle loin de là, qu’il ait été le  théâtre de rencontres consensuelles ou controversées. Depuis son intronisation publique au soir du 7 mai devant la Pyramide du Louvre, il ne fait aucun doute que Macron aime à user des symboles historiques, digne successeur de De Gaulle et de Mitterrand qui avaient en leur temps remis Versailles au cœur du dispositif diplomatique français. «Mais pourquoi Macron va-t-il recevoir Poutine à Versailles?». «C’est le  moyen de rappeler à Poutine qui est le boss». Car Versailles demeure un haut lieu de la magnificence et de la culture française au fil des siècles.

«Un pays qui n’assume pas son histoire est un pays qui va mal» et en mettre plein la vue au président russe pourrait bien être une manière de poser d’emblée l’influence française et son importance tant politique que symbolique. «Tout un symbole». Faire de la politique ne se résume pas à gérer les affaires courantes mais aussi à impulser une vision, un devenir commun auquel les citoyens veulent s’associer. En réactualisant des lieux de la fierté nationale (le Louvre, Versailles), en valorisant ce patrimoine, Macron  communique tout autant en interne (Français soyez fiers) qu’en externe (Russes n’oubliez pas qui nous sommes).

Pour ou contre?

Évidemment cette posture qui jongle avec les oripeaux de la monarchie ne laisse guère indifférent. Parmi les opposants politiques de Macron, certains pointent que cette rencontre «ne se serait pas passée à Versailles» s’ils avaient été en responsabilité, tandis que d’autres insistent sur le deux poids, deux mesures dont ils se sentent victimes, «les mêmes qui m’ont transformé en ami de camping de monsieur #Poutine n’ont plus rien à dire quand #Macron l’invite à #Versailles».

Mais la twittosphère ne se contente pas de tergiverser sur l’opportunité d’ouvrir Versailles «au tsar Poutine», elle s’interroge même sur la pertinence de recevoir le président russe en France, «parce que si vous croyez qu’on va laisser venir #poutine sans broncher». Voire sur la nécessité de mettre «à bas les dictateurs et les privilèges de l’oligarchie#poutine#macron».

Autant dire que cette visite et son cadre ont excité les commentaires. Les rieurs, comme d’habitude, s’en sont donnés à cœur joie! Au-delà des jeux de mots autour de la monarchie «Versailles en habit d’époque et perruques», ou des clins d’œil historiques «comme Pierre le Grand avec Louis XV, Poutine va-t-il porter le jeune Macron dans ses bras?», c’est surtout le cinéma et la télévision qui donnent lieu à tous les détournements. De Patrice Leconte et son Ridicule avec «après Cannes, Versailles» à «l’arrivée tonitruante d’un carrosse», sans oublier la série de Canal Plus où «j’ai cru ouïr la calèche du prince Vladimir», la fiction a alimenté cette semaine la réalité d’un déplacement stratégiquement important dans l’agenda présidentiel.

Bref, si la visite s’est conclue par une conférence de presse qui a elle même enflammé le réseau à l’oiseau bleu, l’ouverture de Versailles à un chef d’état contesté a monopolisé l’esprit des twittos, critiques, acerbes, moqueurs ou simplement circonspects.

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