Tech & internet

Nous ne serons pas resté anonyme bien longtemps

Temps de lecture : 2 min

L’essor des villes a donné son sens à la notion d’anonymat, avec internet, elle risque de devenir obsolète.

Anonymous | Ibai via Flickr CC License by
Anonymous | Ibai via Flickr CC License by

L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde sort en 1886. À la même époque, les capitales européennes commencent à se développer et deviennent des métropoles. Or, dans les petites villes, tout le monde se connaissait; mais, à la fin du XIXe siècle, les tueurs en série peuvent se perdre dans les foules urbaines sans être immédiatement démasqués.

«L’anonymat, “le fait de ne pas avoir de nom” en grec ancien, est une expérience unique de la psychologie humaine», écrit Bryan Lufkin pour la rubrique Future de la BBC, «c’est l’idée que nous avons tous plusieurs identités et que, dans certaines circonstances, on peut tout éteindre et se déplacer en toute discrétion». Mais cela ne fonctionne désormais que lorsque l'on voyage, se déconnecte et que l'on se retrouve dans un environnement complètement étranger.

Un droit à l’anonymat?

Les différents chercheurs interrogés par le journaliste mettent en avant la nécessité pour chaque individu de conserver une part d’anonymat. Un droit qui peut s’inscrire dans la continuité du droit à la déconnexion. Chacun aurait le droit d’avoir son M. Hyde intérieur, pas pour faire le mal, mais pour «exprimer des idées sans avoir peur d’être jugé».

Le professeur de droit et d’éthique Peter Swire –qui a participé à la commission sur le renseignement et les technologies de la communication sous Obama– précise même que «nous avons besoin de garder un espace privé où nos rêves les plus enfouis et nos fantasmes les plus sombres sont cachés des autres».

Mais l’anonymat a «son côté sombre», explique le journaliste de la BBC. En particulier sur les questions de sécurité, de harcèlement et de terrorisme. L’article cite un sondage du Pew Research Center de 2015 qui montrait que 56% des Américains étaient partagés entre la protection de la vie privée et les exigences de sécurité. En France, ce n’est pas un dilemme: dans un sondage de 2015 réalisé pour le JDD, 74% des personnes interrogées considéraient que l’anonymat sur internet représente un «danger pour la société».

Est-on blasé de l’anonymat?

La plupart des personnes interrogées s’insurgent tout de même que leurs données personnelles soient collectées, notamment pour la publicité ciblée. C’est ce que Paul Ohm, professeur de droit, appelle la différence entre «l’anonymat intentionnel et l’anonymat inférentiel». On est d’accord pour que les autres aient accès à ce que l’on veut bien montrer, mais on préfère que Google ne sache pas trop ce qu’il y a dans notre historique de recherche.

À moins de ne jamais utiliser d’ordinateur ou de téléphone portable, l’anonymat complet semble ainsi impossible désormais (à quelques exceptions près). «Ce n'est pas une bonne période pour devenir espion», explique Peter Swire. Et c’est précisément cette fatalité qui nous rend «blasé» de l’anonymat. Beaucoup d’internautes ne prennent même plus la peine de lire les conditions d’utilisation des sites et applications en matière de confidentialité des données.

Le seul conseil qu’il reste à donner aux internautes (mais aussi aux services de renseignement), vient de Peter Swire: «n’ajoutez pas de commentaires, même dans un texto ou dans un mail, qui vous dérangeraient s’ils étaient imprimés en première page d’un journal»… ou d’un site d’information.

Slate.fr

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