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L'une des plus belles rivalités de l'histoire de la NBA

Grégor Brandy, mis à jour le 01.06.2017 à 18 h 11

Les finales de la NBA commencent dans la nuit de jeudi à vendredi et si vous n'êtes pas collés devant votre télé pour y assister, il est fort probable que vous passiez à côté de quelque chose.

Stephen Curry et Lebron James, à Cleveland, le 25 décembre 2016 | Jason Miller / AFP

Stephen Curry et Lebron James, à Cleveland, le 25 décembre 2016 | Jason Miller / AFP

On y est. Un an après, tout le monde est prêt pour la belle entre les Golden State Warriors et les Cleveland Cavaliers. Oakland contre Cleveland. Les deux équipes de NBA s'affrontent pour la troisième fois consécutive en finales (un record dans l'histoire de la Ligue). En 2015, Golden State l'avait emporté (4-2), avant que Cleveland ne prenne sa revanche l'année suivante (4-3). La belle –déjà surnommée La Guerre des Étoiles, par L'Équipe– commence dans la nuit de jeudi à vendredi, avec la première rencontre, et se terminera après que l'une des deux équipes a remporté quatre matchs.

C'est peu dire que ces finales sont attendues. Depuis plus de deux ans, les caméras sont braquées sur les deux franchises. L'année dernière, Golden State avait établi un nouveau record en saison régulière avec 73 victoires pour seulement 9 petites défaites. Alors que l'on imaginait déjà une saison parfaite, parachevée par un deuxième titre consécutif (un exploit réalisé par seulement sept franchises), les Californiens se sont effondrés après avoir mené 3 à 1, et ont vu Cleveland arracher le titre qui leur tendait les bras sur leur terrain, au terme d'un septième match complètement fou, où certains joueurs (comme Stephen Curry) sont passés à côté au pire instant, quand d'autres (comme LeBron James et Kyrie Irving) ont montré qu'ils savaient être présents dans les moments les plus cruciaux.

 

Avec cette victoire, la ville de Cleveland a vu l'une de ses équipes remporter un titre pour la première fois depuis 52 ans. De quoi faire de sa star LeBron James un héros plus grand encore: presque deux ans plus tôt, il avait expliqué être revenu précisément pour cette raison, après avoir quitté, en 2010, cette même équipe pour «apporter son talent» à Miami et aller chercher des titres.

Une défaite transformée en mème

Ces finales de 2016 (parfois célébrées de manière un peu trop précoce par certains joueurs de Golden State) ont laissé des traces: autant chez les joueurs que dans l'imagerie populaire. Aucune équipe qui menait 3-1 en finales ne s'était inclinée jusque-là. Autant dire que les Warriors qui ont «foutu en l'air leur avance 3-1» («blew a 3-1 lead», en anglais), sont devenus un mème, et source de ridicule: car ce retournement de situation est une chose finalement assez folle, pour la deuxième meilleure équipe de la Ligue.

 

Même les Cleveland Cavaliers s'en sont amusés. Sur les bagues distribués aux champions, on peut voir l'ordre de leurs victoires, et leur rappeler qu'ils sont revenus de très, très loin.

En plus de cette nouvelle réputation, les Warriors n'ont pas aidé leur image avec l'arrivée de Kevin Durant, l'été dernier. Durant est un ancien joueur d'Oklahoma City, une équipe qui avait posé des problèmes à Golden State avant les finales. C'est aussi un joueur extraordinaire, meilleur joueur de la saison régulière en 2014, qui n'a pourtant rien gagné en équipe. Alors, pour beaucoup, le choix de Durant est celui de la facilité: incapable de gagner un titre avec Oklahoma, il préfère rendre les armes et rejoindre une équipe encore plus forte qui l'avait battu aux portes des finales, la saison précédente. 

Pour Golden State, prendre joueur d'un tel calibre dans une équipe déjà très performante était le geste de trop. USA Today se demande ainsi si, avec la signature de Durant, Golden State n'est pas devenu la franchise la plus détestable de la NBA, à vouloir tout rafler sur son passage. Bleacher Report –auteur de la géniale mini-série «Game of Zones»– a ainsi réalisé une superbe vidéo animée sur cette «super-équipe».

 

«On est une super-équipe, tous les meilleurs joueurs sont ici pour anéantir vos rêves, je n'ai pas assez de doigts pour toutes ces bagues que l'on va gagner. On est une super-équipe, on va gagner tous les matchs et détruire la Ligue.»

«Ils vont nous détester. C'est ça le sport.»

Et la rivalité entre les deux équipes a continué tout au long de la saison. Le 31 octobre, Draymond Green, l'ailier-fort de Golden State y va lors d'une interview pour le site de la NBA.

«Si Cleveland gagne à l'Est, je veux les détruire. [...] Si ça finit entre eux et nous, je veux les annihiler. [...] Ça ne changera pas. Je n'ai pas hâte. Comme je l'ai dit, la route et longue, et elle sera compliquée. Mais si ça finit comme ça, et qu'on joue contre eux en finales, je veux les détruire.»

En face, Iman Shumpert a préféré continuer d'envenimer un peu plus les débats.

«Il a raison. On est censé les détester et vice-versa. C'est normal. Ils sont censés nous lancer des piques. Ils vont nous détester. C'est ça le sport. C'est génial. J'adore ça. Je suis content qu'il ait dit ça, parce qu'on va leur botter le cul. Tape bien ça. On va vous exploser. Point.»

Même les deux entraîneurs n'ont pas pu s'en empêcher. Quand l'entraîneur de Cleveland, Tyronn Lue, a assuré qu'il était plus dur de se défendre face aux Celtics de Boston (battus 4-1 en finale de conférence) que contre les Warriors, Mike Brown, l'entraîneur adjoint de Golden State, a trouvé ça «mignon». 

De son côté, pour Halloween, LeBron James a organisé une fête très particulière où il rappelait à tout le monde que les Warriors avaient laissé filer les finales alors qu'ils menaient 3-1. On trouvait des gâteaux avec le nom de ses adversaires, Klay Thompson et Stephen Curry inscrits sur des pierres tombales, comme s'ils les avaient tués en finales 2016.

Deux matchs et une victoire chacun

Autant dire que les Warriors ne l'ont pas très bien pris, mais n'ont pas voulu en rajouter. À Noël, alors que les deux équipes s'affrontaient à Cleveland, les Cavaliers avaient pris soin de laisser une porte ouverte pas très loin du vestiaire de Golden State. À l'intérieur de la pièce, il y avait un immense poster de LeBron James et de son contre extraordinaire et décisif face à Andre Iguodala, dans les dernières secondes des finales, raconte ESPN.

«L'image avait été retouchée pour y ajouter une bague de champion sur l'index gauche de James.»

48 minutes plus tard, ils perdent sur un shoot de Kyrie Irving dans les dernières secondes, et une faute non-sifflée sur l'action qui suit.

 

Quand les Warriors l'ont finalement emporté, un mois plus tard, au terme d'un match parfois tendu, et après avoir enchaîné quatre défaites de suite, Slate.com raconte que leur arrière, Klay Thompson, estimait que «ça fait du bien de se racheter». À l'inverse, LeBron James, la star de Cleveland assurait qu'il n'existait pas de rivalité entre les deux équipes. On parle du même LeBron James qui avait organisé une petite fête, où les gâteaux en forme de pierre tombale portaient le nom d'au moins deux de ses adversaires, moins de trois mois plus tôt. La suite devrait donc s'annoncer sympa, d'après Slate.com: 

«Le vainqueur de cette année remportera la belle. Et, plus important, il aura le droit de se montrer plus irrespectueux que n'importe quelle autre équipe de l'histoire de n'importe quel autre sport.»

Depuis, même les nouveaux arrivants de chacune des deux équipes ont pris conscience de cette rivalité. Zaza Pachulia, l'intérieur de Golden State, explique ainsi que, même s'il n'était pas là lors des deux dernières saisons, entendre toutes ces histoires, et en parler lui donne l'impression qu'il en était.

Il faut sauver la saison

Il est vrai que le reste de la saison avait été particulièrement long. Des deux côtés, Cavaliers et Warriors ont déroulé en attendant les playoffs. Si les premiers se sont montrés parfois inquiétants, ils n'ont perdu qu'un petit match depuis la fin de la saison régulière. Golden State, toujours aussi impressionnant, n'a lâché aucun match, et vient de réaliser un historique 12-0 pour commencer.

Pas de suspense pendant la saison régulière , quasi aucun suspense pendant les playoffs et finales de conférence (les finales entre équipes de l'Est et équipes de l'Ouest, qui étaient pendant des années, les matchs les plus intéressants): toute cette saison va se jouer sur les finales, souligne Slate.com.

«Si nous avons un peu de chance, toutes ces mesquineries et ces ressentiments vont rejaillir sur le terrain et nous permettront de voir les meilleures finales de l'histoire. En tant que fans, nous ne méritons rien d'autre que le meilleur après avoir trimé pour suivre une longue saison régulière, et des playoffs qui n'ont servi à rien. On a besoin que ces sept mois de colère finissent par rejaillir sous la forme de sept matchs.»

Et pour cela, le casting est merveilleux. On trouvera sept joueurs présents lors du dernier All-Star Game, rappelle L'Équipe: Kevin Durant, Stephen Curry, Klay Thompson et Draymond Green pour les Warriors, LeBron James, Kyrie Irving et Kevin Love côté Cavaliers, sans compter les remplaçants, qui pourraient bien jouer un rôle clé. De quoi s'asseoir bien confortablement dans son canapé, en s'excusant peut-être à l'avance auprès de ses voisins pour le bruit possible au beau milieu de la nuit, et de profiter. Alors que personne ne l'attendait il y a encore quelques années, nous sommes peut-être en train d'assister à l'émergence d'une des plus belles rivalités de l'histoire de la NBA.

Grégor Brandy
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Journaliste
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