Science & santé

Quand une étude s'intéresse à l’endométriose… pour son impact sur la vie sexuelle des hommes

Repéré par Mathilde Dumazet, mis à jour le 01.06.2017 à 15 h 19

Repéré sur The Guardian

Une femme sur dix souffre d’endométriose, mais la recherche médicale pour lutter contre la maladie reste très peu subventionnée. Quand on ne connaît pas encore exactement l’impact de la maladie sur la santé des femmes, difficile de lancer une étude sur son influence sur le bien-être sexuel des hommes.

Capture écran d'un tweet d'Imogen Dunlevie qui diffuse l'appel de l'université de Sydney

Capture écran d'un tweet d'Imogen Dunlevie qui diffuse l'appel de l'université de Sydney

Depuis la publication de son article intitulé «Une étude sur l’impact de l’endométriose sur la vie sexuelle des hommes? Rageant!», le compte Twitter d’Imogen Dunlevie est au bord de l’explosion. Cette jeune étudiante australienne souffre d’endométriose depuis l’âge de 13 ans. Elle a publié son premier article dans le Guardian lorsqu’elle a appris qu’une étudiante en master de philosophie (département Santé sexuelle) à Sydney en Australie allait conduire une recherche sur l’impact de l’endométriose sur la vie sexuelle… des hommes.

Pour rappel, l’endométriose touche une femme sur dix en âge de procréer. Les symptômes les plus fréquents sont des douleurs abdominales et pelviennes très violentes. Comme nous vous l’expliquions en 2015, le diagnostic est souvent très tardif car la maladie est peu connue des médecins. La plupart du temps, on détecte l’endométriose au bout de dix ans, le plus souvent quand une femme se révèle infertile.

Si l’endométriose s’est peu à peu imposée dans le débat public –notamment depuis que la créatrice de la série Girls, Lena Dunham, a révélé en 2016 sur son compte Instagram qu’elle en souffrait–, la maladie reste peu connue du grand public. L’article d’Imogen Dunlevie a, par exemple, permis à certains de découvrir l’existence de cette pathologie.

Pourquoi l’étude fait-elle débat?

Comme le rappelle Imogen Dunlevie, l’endométriose touche presque autant de femmes que le diabète. Or, les recherches médicales pour lutter contre l’endométriose «reçoivent 5% des fonds alloués à la recherche pour lutter contre le diabète». C’est pour cette raison que la jeune étudiante s’est indignée qu’une étude soit conduite par l’université de Sydney sur l’impact de l’endométriose… sur la vie sexuelle des hommes, quand si peu de fonds sont consacrés à la recherche pour lutter contre les effets de la maladie sur les femmes, leur corps, leur vie sexuelle, bref, leur vie tout court.

«L’endométriose ne fait pas de mal au bien-être sexuel d’un homme. En revanche, ça a un impact sur tous les aspects de la vie de celle qui en souffre. Les rapports sexuels sont souvent douloureux, désagréables pour la femme et peuvent engendrer des saignements et une douleur qui persiste des jours durants», témoigne la jeune femme, elle-même atteinte de la maladie. 

Sur Twitter, plusieurs femmes aussi atteintes de la maladie ont tenu à montrer l’impact de celle-ci sur leur vie sexuelle et sur leurs relations.

«D'après mes ex, je ne pouvais pas leur offrir assez de sexe [...]. Problème résolu: maintenant je ne suis plus en couple.»

Dans ses réponses, Imogen Dunlevie ne nie pas l’influence de l’endométriose sur la sexualité d’un couple, en revanche, elle remet en question l’objectif de l’étude qui semble ne s’intéresser qu’au point de vue de l’homme dans sa démarche. La jeune étudiante a toutefois précisé que la personne en charge de l’étude n’avait pas encore répondu à ses questions sur le but précis de la recherche. Plusieurs internautes l’ont accusée de blâmer une étude qui ne «doit pas coûter beaucoup» et de discréditer l'étudiante qui souhaite la mener.

Jane Keany, l’étudiante en philosophie en charge de l’étude dans le département de la santé sexuelle de l’université de Sydney, s’est toutefois justifiée quant à ses objectifs sur ABC.

«Les hommes ont peur d’exprimer leurs besoins sexuels à leur partenaire qui souffre, ils doivent donc les mettre de côté. [...] C’est facile de penser que c’est un problème de femmes, moi je dis que c’est un problème de couple.»

Une vision qui ne fait pas l’unanimité du côté des femmes qui souffrent d’endométriose pour qui on ne compare pas la souffrance de la maladie à celle provoquée par la frustration sexuelle. 

Et du côté des hommes?

Sur Twitter, certains condamnent l’étude mais d’autres pensent qu’elle pourrait les aider à mieux soutenir leur partenaire atteinte de la maladie. 

Mieux qu'un travail de recherche, on leur recommanderait plutôt de suivre l’exemple de Jack Antonoff, le compagnon de Lena Dunham. Celui-ci la soutient dans sa vie quotidienne avant d’étudier l’impact de la maladie sur leur «bien-être» sexuel.

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