France

Quand réalisera-t-on que ces devoirs à tire-larigot ne contribuent en rien à l'épanouissement de nos enfants?

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 31.05.2017 à 12 h 33

[BLOG] À la rentrée prochaine, les devoirs, ce sera au collège et au lycée et non plus à la maison. Ainsi en a décidé notre nouveau ministre. Pourquoi pas? Ceci posé, on pourrait aussi cesser d'emmerder nos gamins, non?

Flickr/Michael Bentley-Homework Night

Flickr/Michael Bentley-Homework Night

Notre nouveau ministre de l'Éducation, Jean-Michel Blanquer, a tranché dans le vif: à partir de la rentrée prochaine, les devoirs commandés par le corps professoral seront à rédiger au collège ou au lycée et nulle part ailleurs. Plus question de voir nos gamins se précipiter à la maison accomplir leurs douze travaux d'Hercule. Non, désormais, on veillera à ce qu'ils restent encore une ou deux heures de plus dans leur établissement à bûcher sur des exercices aussi ineptes que fastidieux.

À travailler encore. À travailler toujours. À travailler comme des bêtes de somme afin de ramener des bonnes notes à leurs parents ravis d'avoir engendré des pioupious si doués pour l'arithmétique et les sciences physiques.

À travailler au lieu de jouer, de rêver, de courir. 

Ils pourraient aussi ne plus rentrer du tout et ainsi le problème serait réglé. Les enfants travailleraient en continu du matin au soir, du lundi au vendredi, quinze heures par jour, cinq jours sur sept, et on ne serait plus embêté. On les confierait au système scolaire à l'aube de leur dixième ou onzième année pour les récupérer au soir de leurs 17 ans. Cons comme la lune mais pleins de savoirs inutiles.

C'est qu'en France, on demeure persuadé que de barricader du matin au soir dans des établissements souvent austères des hordes de collégiens demeure encore le meilleur moyen d'assurer l'avenir du pays. On croit en la connaissance. Au savoir. Aux têtes bien pleines.


On a 11 millions de crétins qui votent pour l'extrême droite, peut-être autant qui regardent Hanouna et consorts à la télévision, trois fois plus encore qui se passionnent pour le tirage du loto et les amours de la reine d'Angleterre, mais à part cela, ne changeons rien, continuons à brouter les champs du savoir académique, nous sommes sur la voie de la rédemption.

Quand, mais quand comprendra-t-on que la capacité d'attention d'un adolescent n'est pas illimitée, que d'enquiller des heures à étudier Platon, les identités remarquables, le processus de reproduction chez l'escargot, la théorie des nombres premiers, le sacre de Charlemagne, le commerce extérieur de la Chine, la tectonique des plaques, j'en passe et des meilleures, dans cette frénésie d'heures passées à étudier et à étudier encore, est non seulement contre-productif mais cela finit par assommer d'ennui le plus vertueux des lycéens.

Et à transformer nos chérubins en des êtres maladifs aussi armés pour affronter l'existence que des soldats au champ de bataille quand leur enseignement se sera borné à calculer la vitesse d'une balle éjectée de la culasse d'un fusil.

Quand réalisera-t-on que tout cet apprentissage forcené, ces devoirs à tire-larigot, ces heures à potasser, ces journées à empiler connaissances sur connaissances ne contribuent en rien à l'épanouissement de nos enfants, mais visent seulement à les transformer en des singes savants tout à leur aise de détricoter une équation du second degré mais incapables d'opérer la différence entre le bien et le mal, entre le beau et le laid, entre ce qui est essentiel et ce qui demeure anecdotique.

L'intelligence n'est pas le savoir, oh non!

La tolérance, le respect, la quête de la vérité, l'amour de la nature, le développement de la sensibilité, l'ouverture aux autres, la politesse, la gentillesse, tout ce qui permet à la société d'affronter les défis à venir dans la sérénité et la joie –oui la joie– n'est pas affaire de cosinus et encore moins de devoirs accomplis à la maison ou au lycée.

C'est une affaire de morale, de transmission des valeurs, d'apprentissage des choses de la vie, autant de notions que le lycée, obsédé par son souci de résultat et d'efficacité, néglige : on n'apprend pas la bonté et la charité dans les livres d'école.

Au lieu d'exiger de nos enfants des efforts proprement surhumains, au lieu de les ensevelir sous des tonnes de devoirs à rendre, on serait plus avisé de les laisser être eux-mêmes, dans l'accomplissement de leurs aptitudes naturelles, au gré de leurs envies et de leurs désirs, loin, très loin de toute cette exigence de la connaissance qui transforme les cerveaux les plus agiles en des esprits lourds, imbus d'eux-mêmes et prompts à dénoncer son voisin à la première occasion venue.

En même temps, le rédacteur de cette sinistre chronique a raté son bac du premier coup et a dû repasser trois fois son examen du permis de conduire.

Vous parlez d'un exemple!

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Laurent Sagalovitsch
Laurent Sagalovitsch (105 articles)
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