Monde

Avec leurs vidéos d’intervention, les policiers américains jouent aux héros hollywoodiens

Repéré par Vincent Manilève, mis à jour le 30.05.2017 à 15 h 28

Repéré sur The New York Times

Certains font des best-of de leurs interventions.

Un policier à New York, le 8 novembre 2016. SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Un policier à New York, le 8 novembre 2016. SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Cela fait plusieurs années que certains policiers américains sont équipés de caméras. Le but est évidemment de surveiller leur travail, mais aussi de mieux comprendre comment se déroulent leurs interventions et fournir des éléments d'enquêtes supplémentaires. Bien sûr, comme France, on s'est interrogé sur leur utilité véritable: en décembre 2015, le New York Times écrivait notamment que «la police peut conserver des images qu’elle ne veut pas divulguer» et peut aussi utiliser ce système pour développer une forme de «surveillance de masse».

Aujourd'hui, le journal américain s'intéresse à un autre phénomène suscité par ces caméras, pour le moins surréaliste. «Alors que de plus en plus de commissariats adoptaient les caméras, ils ont aussi commencé à se servir avec habileté d'un outil dont ils se méfiaient par le passé. Ils publient des clips vidéos d'officiers en train d'accomplir des actes d'héroïsme impromptus.»

Il y a quelques jours, on a pu voir un policier sauter dans une piscine pour sauver un enfant de la noyade. En janvier dernier, ces caméras montraient deux policiers sauver un homme d'une voiture en feu avant que celle-ci n'explose. L'année dernière, une vidéo montrait un représentant des forces de l'ordre en train de s'occuper d'une petite fille abandonnée. «C'était comme à Hollywood», a expliqué le chef de la police de Hamden, dans le Connecticut, à propos d'une vidéo où l'on voit l'un de ses agents courir dans les escaliers d'un immeuble pour sauver un homme sur le point de tomber d'un balcon.


«La face humaine du badge»

 

Le chef Dalessandro, dont les officiers ont sauvé l'homme de sa voiture en flammes, a été contacté par les médias à propos des images. Il leur a envoyé volontiers en espérant qu'elles deviennent virales. «Nous voulions montrer un visage différent des forces de l'ordre. Cela les montre comme des humains, la face humaine du badge.» Il s'avère que certains policiers font en sorte de prendre de longues vidéos avant de les éditer pour les rendre plus facilement consommables sur les réseaux sociaux, via les pages des commissariats.

Bien sûr, toutes ces démarches sont loin d'être innocentes. Elles relèvent avant d'une tentative pour redorer le blason des forces de l'ordre à une époque trouble dans leurs rapports avec la population, notamment depuis la mort de Michael Brown, tué par un policier à Ferguson en 2014. Et derrière ces vidéos mises en avant pour promouvoir les forces de l'ordre, on trouve un nombre important de scènes de mauvaise conduite. De plus, dans certains états, la loi permet aux commissariats de bloquer la diffusion publique de ces vidéos, ce qui pose d'importantes questions sur la transparence des interventions. En avril dernier, un affrontement a eu lieu entre un policier Greensboro: le policier portait une caméra, mais la loi autorise ses supérieurs à refuser de rendre la vidéo publique.

Si certains policiers ont adopté cette narration, des représentants de groupes d'habitants comme Segun Idowu, s'inquiètent de ce virage. «Cela subvertit l'usage premier de ces caméras. Je n'ai pas de problème avec les vidéos positives. Mais s'ils veulent poster les vidéos positives, il doivent aussi être prêts à poster celles qui ne les mettent pas en valeur.»

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