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Adolescents et sommeil, le décalage horaire permanent

Repéré par Mathilde Dumazet, mis à jour le 30.05.2017 à 13 h 43

Repéré sur New York Times

Si «l’adolescent» fait la grasse matinée, ce n’est pas (uniquement) parce qu’il est paresseux, c’est car il en a besoin. Pour des scientifiques américains, rajouter quelques heures de sommeil au compteur des moins de 20 ans, en repoussant le début des cours, serait une solution possible à de nombreux problèmes.

hackNY Spring 2011 Student Hackathon 
Photo by @matylda | hackNY.org via Flickr CC License by

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«L’adolescent» est une créature étrange qui, en week-end, émerge de son terrier aux alentours de midi. «Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt», dit l’adage (et disent aussi les parents). Mais si l’adolescent n’ouvre pas les yeux naturellement avec la lumière du jour, ce n’est pas parce qu’il est resté sur Snapchat jusqu’à 2 heures du matin ou parce qu’il est sorti la veille, c’est car il est programmé pour ça.

Le phénomène est donc en partie biologique, selon les scientifiques. Pas seulement social. Les adolescents ont certes un rythme de vie et des habitudes (écrans, sport avant le coucher, repas du soir trop consistant, alcool, tabac, drogues) qui perturbent leur cycle de sommeil, mais ce décalage est aussi observé chez d’autres mammifères (qui ne consomment pas de substances illicites), apprend-on dans un article de la pédiatre américaine Perri Klass, publié dans le New York Times.

Les scientifiques francophones appellent ça le «retard de phase». À partir de la puberté et avec les premiers changements hormonaux, le sommeil des (mammifères) adolescents devient plus léger et leur horloge biologique se dérègle. Les instituts de recherche sur le sommeil sont unanimes sur la question, comme l’a souligné la chercheuse Wendy Troxel dans une conférence TED en novembre 2016: «Réveiller un adolescent à 6 heures du matin revient à réveiller un adulte à 4 heures... et je peux vous assurer qu’à 4 heures, je ne suis pas en forme.»

Moins de sommeil, moins de matière grise

Les adolescents ont plus de mal à s’endormir, se couchent donc plus tard, ce qui aboutit à un déficit chronique de sommeil puis à un dérèglement durable et progressif de sa durée. L’article du New York Times dénombre au moins trois risques pour les jeunes américains, dont deux concernent aussi les Français: l’impact sur la santé (mentale et physique) et sur les résultats scolaires.

L’âge légal pour obtenir le permis et pour conduire seul en France limite l'influence néfaste du manque de sommeil sur la conduite des adolescents en France. Aux États-Unis, un quart des conducteurs de 16 à 18 ans a déclaré avoir déjà conduit en luttant pour garder les yeux ouverts dans les trente derniers jours. Conduire sans avoir dormi est aussi risqué que de conduire après avoir bu, et cela vaut aussi pour les adultes, écrit Perri Klass.

Dans son intervention, la chercheuse Wendy Troxel pointait la relation entre le manque de sommeil et la partie du cerveau qui contrôle les émotions et la prise de risque. De manière générale, plusieurs études ont déjà montré que ne pas assez dormir diminue le volume de matière grise. Au niveau physique, le manque de sommeil peut influer sur le poids, le diabète, la tension, les problèmes cardiaques, l’hyperactivité et l’impulsivité mais aussi sur le comportement et la santé mentale des adolescents.

Repousser le début des cours

«Pour chaque heure de sommeil perdue, on observe une augmentation de 38% des chances de se sentir triste, désespéré ainsi qu’une augmentation des pensées suicidaires», explique la scientifique pour qui la solution est simple: il faut repousser l’heure de début des cours au collège et au lycée.

La recommandation de Wendy Troxel est de ne pas faire commencer les cours avant 8h30 comme c’est le cas dans la majorité des collèges et lycées français et américains où les élèves commencent à huit heures, voir plus tôt. En France, 25% des adolescents dorment moins de 7 heures par nuit, or la durée minimum de sommeil pour une concentration efficace est d’au moins 8 heures.

En voulant «habituer leurs enfants à la réalité du monde du travail, les parents les empêchent de bénéficier des heures les plus importantes du sommeil: celles pendant lesquelles les facultés de mémoire et d’apprentissage se régénèrent». Pour les experts, repousser le début des cours aurait une répercussion similaire à la diminution des effectifs des classes sur les résultats scolaires.

Dans la bouche de Wendy Troxel, la solution «début des cours à 9 heures» équivaut au remède miracle: plus de sommeil, moins de dépression, de meilleurs résultats scolaires, moins d’obésité, moins d’accidents de la route, mais aussi moins de café, moins de boissons énergisantes mauvaises pour la santé (pour l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé, les musiques «style hard rock» font aussi partie des excitants mauvais pour la qualité du sommeil...), moins d’alcool en soirée, moins de drogues, bref, la panacée. C’est sans compter que pour certains de ces facteurs, le social rattrape souvent le biologique.

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