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Justin Trudeau est le maître des coups de com’: il met en scène ses photos

Temps de lecture : 2 min

Le Premier ministre canadien maîtrise parfaitement son image.

Justin Trudeau, le 26 mai 2017 à Taormina en Italie | MANDEL NGAN / AFP
Justin Trudeau, le 26 mai 2017 à Taormina en Italie | MANDEL NGAN / AFP

C’est une photo comme internet les aime, prise a priori par hasard. Le bien-aimé Justin Trudeau, Premier ministre canadien, en train de saluer une foule d’étudiants prêt pour leur bal de promo alors qu’il effectue son habituel running.

On l’avait déjà vu faire du yoga, en train de squatter des photos de mariage torse nu sur la plage ou encore lors d’une balade dans les bois. Des moments que le Canada et le monde entier ont adoré, permettant à Justin Trudeau de bénéficier d’une popularité rare pour un chef d’État. C'est ce qui s’est reproduit avec la photo du running: des sites comme ceux de la BBC ont écrit des articles sur le sujet: «Trudeau a squatté cette photo épique de bal de promo remplie d’étudiants.» On pouvait croire alors à un moment heureux, fruit d’un délicieux hasard.

Il n’en est rien. Le journaliste du site Maclean’s Aaron Hutchins a expliqué que ce cliché n’était pas un «photobomb», mais un coup de com’ pleinement calculé. Tout d’abord parce que la photo qui a tourné sur des médias comme la BBC a été prise… par le photographe du Premier ministre, Adam Scotti.


Le photographe a lui-même reconnu sur Instagram que son cliché faisait partie d’un projet recensant les endroits où il va courir avec son patron. Justin Trudeau a donc peut-être surpris des étudiants, mais le cliché venait de son équipe de communication. Il ne s’agit donc pas d’un photobomb. Le raisonnement est le même pour une photo de mariage où Justin Trudeau s’est invité: c’est encore Adam Scotti qui a pris la photo. «Et ce qui est d’abord apparu comme une coïncidence de timing pour ceux qui posent avec le Premier ministre, a commencé à ressembler à un coup de com’ comme on n’en n’avait pas vu auparavant», écrit Hutchins.

Ce genre de communication nous ramène à un éditorial écrit dans le Guardian en octobre 2016. Jesse Brown écrivait que «Trudeau est l’équivalent politique d’une vidéo de chiot sur YouTube».

«Chaque semaine, Trudeau donne aux médias un autre moment mémorable, et nos fils Facebook sont inondés par des photos de l’adorable homme d’État en train de câliner des pandas, d’enlacer des réfugiés, ou de se faire accidentellement photographier torse nu dans la nature, deux fois.»

Le Guardian qui, aujourd’hui, regrette que les médias se donnent moins de place pour parler des débats qui agitent le gouvernement canadien. Comment Trudeau va-t-il mettre en place une politique écologique alors qu’il soutient l’oléoduc Keystone? N’est-il pas gênant d’avoir vendu pour 15 milliards de dollars canadiens des véhicules armés à l’Arabie Saoudite alors qu’elle pourrait bien les utiliser contre son propre peuple? Il est indispensable qu'à l’avenir les médias fassent la part des choses entre ce qui relève de l’information et ce qui relève de la communication.

Slate.fr

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