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Manu Ginóbili, la folle histoire d'un joueur génial que personne n'attendait en NBA

Grégor Brandy, mis à jour le 24.05.2017 à 11 h 11

Le reverra-t-on à nouveau sous le maillot des Spurs? Un an après le départ de Tim Duncan, on se demande désormais si Manu Ginobili ne va pas rejoindre l'ancienne star de San Antonio loin des parquets.

Manu Ginóbili et son entraîneur, Gregg Popovich, le 22 mai 2017, à San Antonio. RONALD MARTINEZ / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Manu Ginóbili et son entraîneur, Gregg Popovich, le 22 mai 2017, à San Antonio. RONALD MARTINEZ / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Manu Ginóbili et les San Antonio Spurs ont été éliminés de la course au titre, en finale de la conférence ouest (4-0). Après un premier match disputé, les Californiens de Golden State n'ont pas fait de détails et remporté les trois matchs suivants, synonyme de qualification pour les Finales NBA. Cette défaite, qui signe la fin de saison des Spurs, soulève une interrogation terrifiante pour certains: Manu Ginóbili a-t-il livré son dernier match NBA?

Plusieurs signes peuvent le laisser penser. Pour la première fois depuis 2013, et en signe de respect, Ginóbili a été titularisé d'entrée de jeu. À deux minutes du terme, alors que le match était déjà plié, Gregg Popovich, son entraîneur, a préféré le remplacer, et lui faire profiter d'une standing-ovation du gymnase texan –comme s'il était venu le temps des adieux. Une ovation à laquelle ont également participé certains des joueurs adverses (comme Kevin Durant) qui ont applaudi sa sortie. 

 

Interrogés en conférence de presse, Popovich et Ginóbili n'ont donné aucun indice quant à son futur. Le joueur a d'ailleurs laissé la porte ouverte dans les deux sens.

«Je pense que je peux toujours jouer, mais ce n’est pas ça qui va décider ou non si je vais continuer. Ce sont mes sensations, comment je me sens. Ai-je envie de revivre tout ça, encore une fois? Ça se rapproche bien sûr, mais j’ai toujours dit que je voulais trois ou quatre semaines pour y penser. [...] J’ai deux magnifiques options: continuer de jouer dans cette ligue, à cet âge, jouer à ce sport que j’aime ou rester à la maison, faire le papa, voyager plus souvent, profiter de ma famille. Peu importe mon choix, ce sera formidable et je ne pourrai pas être triste.»

Si jamais il venait à quitter les terrains, on retiendrait de Ginóbili des playoffs réussis, à presque 40 ans (il les fêtera en juillet), note Basket USA. Mais plus que les statistiques, on pourra aussi retenir un match cinq fou contre Houston au tour précédent, où en plus d'aller dunker, et d'inscrire des points importants, il avait donné la victoire à son équipe avec un contre qu'il était allé chercher à la dernière seconde des prolongations, à l'expérience.

 

Un an après avoir dit adieu à la sélection argentine lors des Jeux olympiques, c'est, comme avec Kobe Bryant, un peu de notre enfance qui pourrait s'éteindre.

La surprise du chef

Pourtant, Manu Ginóbili aurait pu ne jamais trouver une telle place dans nos cœurs. En 1999, les Spurs le sélectionnent à la 57e place de la draft qui permet à de nouveaux joueurs d'intégrer la NBA, un peu par accident, rappelle ESPN.

«Les Spurs venaient de remporter le titre de champion, et ils voulaient garder leur équipe qui leur coûtait cher, intacte. Ils ne voulaient pas drafter qui que ce soit qui ait une chance d'intégrer l'équipe la saison suivante. Ils ont échangé leur choix de premier tour, et ont pris un risque avec Ginóbili après avoir échoué dans leur recherche d'un bon deal pour ce choix-là. Ils ont même sélectionné un autre joueur qu'ils comptaient planquer quelque part, Gordan Giricek, 17 places plus tôt [Giricek n'a finalement jamais joué pour les Spurs].»

Ce n'est que deux ans plus tard, lors des championnats du monde, que son entraîneur réalise le joyau qu'il tient entre les mains, rapporte le site de la NBA.

«Popovich a dû s'asseoir et se calmer. “Mon dieu, il est... bon.”»

Presque vingt ans plus tard, de nombreux spécialistes s'accordent pour dire que c'est l'un des plus beaux vols de ces vingt-cinq dernières années. Il faut dire qu'entre son arrivée sur les parquets américains, en 2002, (déjà auréolé d'un titre européen), et aujourd'hui, l'Argentin a remporté quatre titres NBA, été nommé All-Star à deux reprises, été élu meilleur sixième homme en 2008, fait partie d'un des plus beaux trio de ces vingt dernières années (avec Tim Duncan et Tony Parker), est un potentiel futur Hall of Famer, et a eu une influence considérable sur l'une des plus belles dynasties du basket.

Popovich v. Ginóbili

Pourtant, ce n'était pas gagné. Quand il est arrivé aux Spurs, il a dû convaincre son entraîneur qu'il devait aussi s'adapter à lui, en le laissant jouer son jeu, raconte son entraîneur Gregg Popovich à ESPN

«On a réalisé qu'on en tirait plus de positif que de négatif. C'est un foutu vainqueur. J'en suis arrivé à la conclusion qu'il fallait plus qu'il joue comme il le savait que comme je ne le voulais.»

Si Popovich accorde ceci, c'est aussi parce que dès que son arrière d'un mètre 98 se retrouvait sur un terrain, il en voulait plus que les autres. Quand il perd, ça le rend malade, poursuit le magazine américain. Quand il en est responsable, c'est encore pire.

Quand il fait une faute stupide contre Dallas, en 2006, qui relance ses adversaires qui l'emportent en prolongations, Tim Duncan, la légende des Spurs, s'inquiète tellement qu'il finit par demander à un de ses très proches amis d'aller le voir, apprend-on dans le portrait d'ESPN. Le manager général des Spurs, R.C. Buford assure ne jamais avoir vu une personne aussi dure avec elle-même.

«Il est peut-être le plus grand compétiteur que j'ai jamais vu.»

Surtout, il a eu l'altruisme nécessaire pour se mettre en retrait pour le bien de son équipe, quitte à diminuer son nombre de minutes sur le parquet, et son statut aux yeux de certains. En janvier 2007, Popovich lui demande de commencer les matchs sur le banc pour assurer une meilleure rotation au sein de son effectif. Ginóbili prend sur lui et accepte, un peu à la surprise de tous. Quand il est sur le parquet, il peut montrer toute l'étendue de son talent.

«Je savais que j'allais moins jouer. Mais quand je jouais, j'étais l'option principale. J'aimais cette attention. On gagnait. On s'amusait. J'ai fini par aimer ce rôle.»

«J'ai pris la décision il y a sept ans.» Popovich à propos de sa décision de mettre Manu sur le banc. «Je me suis toujours senti coupable, mais je le fais quand même.»

Héros texan, héros national

Avec ce schéma, les Spurs finiront champion à la fin de la saison. La suivante, «El Manu» sera élu «meilleur sixième homme». En 2013, ils échoueront au pied du mur, avant de remporter un nouveau titre l'année suivante. «Manu, c’était Kobe dans un corps de milieu récupérateur italien, un compétiteur féroce que le Mamba lui-même louait pour son coeur énorme», résume justement TrashTalk.

Ce cœur, cette envie, ce génie, on les retrouve également en équipe nationale, avec laquelle il a construit une Génération Dorée, et remporté les JO de 2004. En poules, il sauve son pays d'une défaite lors du premier match avec un panier improbable. En demi-finales, l'Argentine bat les États-Unis (qui, certes diminués, ont remporté tous les autres JO depuis 1992) au terme d'un match, dont il reste l'un des héros. Le lendemain, l'Argentine bat facilement l'Italie, remporte le tournoi olympique et ferme définitivement la plaie de 2002, quand elle s'était inclinée en finale des championnats du monde contre la Yougoslavie.

 

«À chaque fois qu'on avait un problème, on balançait le ballon à Manu de l'autre côté du terrain, raconte Fabricio Oberto à ESPN. Il était notre solution.»

Douze ans plus tard, après une élimination en quart de finale des JO, face aux États-Unis, Ginóbili avait fini une interview au bord des larmes.

«Ça fait vingt ans que je joue avec ce maillot, donc c'est un jour émouvant. J'ai commencé à jouer à 19, 20 ans. Et maintenant j'en ai presque 40, donc forcément beaucoup de choses se sont passées. Certaines géniales, incroyables, d'autres plus dures. Mais j'ai vécu la plupart avec le même groupe de gars, des bons amis. On représentait beaucup de gens que j'aime. J'ai dû mettre ma famille de côté... c'est dur, je suis désolé.»

Quelques semaines avant, son pays lui avait rendu un hommage digne de ce nom, après une victoire en match de préparation face à la France. 

 

Impossible de quantifier son apport

Alors oui, on peut lui reprocher ses simulations grossières, mais Ginóbili est surtout un joueur fou, imprévisible et génial. Un joueur qui tente beaucoup, invente des choses (souvent des passes), en démocratise d'autres, et manque parfois. Au fond, c'est un joueur dont il est difficile de quantifier l'importance au sein d'une équipe, juge FiveThirtyEight.

«Tout ne peut pas être quantifié dans le jeu d'un joueur, et avec Ginóbili, il semble que cela est encore plus fort: que ce soit les passes aveugles qui étaient aussi dangereuses pour les vendeurs dans les tribunes que pour les défenseurs, ou le petit truc qu'il ajoutait à la plus simple des passes. Ginóbili a toujours joué dangereusement. [...] Chacune des minutes qu'il passait sur le parquet était un plaisir parce que l'on ne savait jamais ce qui allait se passer, et on imaginait que lui non plus.»

 

Manu Ginóbili va désormais prendre un peu de temps avant de savoir de quoi son futur sera fait. Peu importe les moments difficiles, s'il décide de rester qu'il en soit certain, il existera des fans qui ne viendront à l'AT&T Center que pour lui, en espérant le voir opérer un peu de sa magie, et de nous faire retourner en enfance, le temps d'un match.

Grégor Brandy
Grégor Brandy (426 articles)
Journaliste
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