Monde

A chaque attentat, des internautes inventent de faux disparus pour obtenir des retweets ou se venger

Vincent Manilève, mis à jour le 23.05.2017 à 12 h 05

Avec l'attentat suicide de Manchester, certains comptes Twitter ont inventé des disparus dans l'espoir de «faire le buzz». Une terrible mode qui revient à chaque attaque.

Image tirée d'un faux tweet publié sur Twitter après l'attentat de Manchester.

Image tirée d'un faux tweet publié sur Twitter après l'attentat de Manchester.

Il est 22h30 quand le concert d'Ariana Grande à la Manchester Arena prend fin. Les lumières dans la salles se rallument et le public, 20.000 fans de la chanteuse, commence à sortir de la salle. Puis une explosion retentit aux abords du bâtiment. S'ensuit alors un mouvement de panique à l'intérieur et à l'extérieur de la salle. Les secours interviennent dans la foulée et les forces de l'ordre confirmeront par la suite qu'il s'agissait d'un attentat, perpétré par un homme portant des explosifs sur lui. Au matin, un second bilan revu à la hausse évoque 22 victimes et au moins 59 blessés et ils sont, pour beaucoup, des enfants et des adolescents, fans de la chanteuse.

A l'extérieur et sur internet, c'est la confusion. De nombreux parents ont tenté de joindre leur enfant ou de demander des nouvelles via les réseaux sociaux, et beaucoup d'internautes ont proposé via le hashtag #roomformanchester d'accueillir chez eux des victimes de l'attaque. Mais sur Twitter, alors qu'un élan de solidarité mondial se mettait en place, on a aussi vu émerger d'autres internautes, avec des intentions bien différentes.

«Que tout le monde retweete ça s'il vous plaît!»

Le site Buzzfeed UK rapporte ainsi que plusieurs comptes Twitter ont inventé des disparus pour être relayés sur les réseaux sociaux et accumuler les milliers de retweets. Sur le tweet suivant, posté par un compte créé récemment et profitant du hashtag #Manchester, on aperçoit la photo d'un enfant soi-disant présent au concert et disparu depuis l'explosion. La photo est en réalité issue d'une campagne pour mettre en avant une ligne de vêtements destinée aux personnes atteintes du syndrome de Down.

Un YouTubeur américain a également dû expliquer qu'il allait bien après qu'une photo de lui a été utilisé dans un faux tweet affirmant qu'il était porté disparu. «Mon fils était au Manchester Arena aujourd'hui, il ne répond pas à mes appels, s'il vous plaît aidez moi!», pouvait-on lire dans ce message mensonger. «Certaines des personnes montrées sur les photos sont en fait des célébrités d'internet, dont beaucoup de YouTubeurs, écrit The Independent. Mais il y a aussi des personnes lambda, choisies arbitrairement, et qui ont leur image partagée des milliers de fois sur internet.»


Ce n'est pas la première fois que ce genre de messages sont diffusés lors d'attentats ou de situations de crise. En juillet dernier, lors de l'attentat de Nice, un compte a diffusé la photo d'un jeune homme soi-disant handicapé mental et disparu ce soir-là. Le tweet a engrangé plus de mille retweets avant que la personne en question ne réponde à son ami, qui voulait faire une «blague». «Mohamed ntm», lui a-t-il dit avant d'ajouter «C'est faux je suis à Paris en train de prendre mon petit-déjeuner donc supprimez». Plus de 4.000 personnes ont également rediffusé l'image d'un enfant qui aurait disparu alors qu'il regardait le feu d'artifice avec ses grands-parents. Là encore, il s'agissait d'une fausse information. Même chose en 2015 après les attentats de Paris: certains comptes ont profité de #RechercheParis pour poster de faux avis de disparition et engranger des centaines de retweets. Un internaute a même utilisé une photo de Sylvain Durif, le «Christ Cosmique» qui s'est fait connaître lors de la «fin du monde» en 2012, pour faire croire que son oncle avait disparu. TF1 et une chaîne australienne ont même repris l'image lors d'un reportage, ce qui a provoqué l'hilarité de certains internautes.

Gratter du RT... ou se venger

Pourquoi ces gens profitent-ils de ces situations de crise pour diffuser de tels fakes? Il existe au moins deux raisons expliquant ce genre de comportement. Tout d'abord, la plus évidente: l'appât du retweet et du follower. Face au choc émotionnel, le partage et la solidarité sont plus forts sur les réseaux sociaux. Les diffuseurs de faux avis de disparition peuvent alors espérer augmenter leur visibilité, créer une sorte de «buzz», et s'en repaître si des comptes et médias officiels rediffusent leur tweet. Après l'attentat de Manchester, un internaute a ainsi repéré le compte Twitter d'un YouTubeur qui propageait de fausses informations afin de générer de l'empathie et des abonnements. Il n'est pas impossible que le compte ait été piraté, mais le jeune homme a depuis bloqué celui qui l'a demasqué, changé plusieurs fois de pseudonyme et supprimé les tweets en question.

Parfois, la raison est toute autre: il s'agit alors de se venger d'une personne, connue ou non, ou de la harceler en la faisant passer pour une victime. Un jeune homme mexicain a ainsi été montré comme victime de nombreuses attaques parce qu'il aurait apparemment arnaqué plusieurs internautes, comme l'a raconté l'année dernière France 24. Une autre femme, également mexicaine, a subi le même genre de vendetta après avoir été accusée de mentir sur la levée de fonds qu'elle avait mise en place pour aider un jeune homme à rejoindre une université.

Pour éviter de tomber dans le piège de ces pêcheurs de RT parfois vindicatifs, un geste simple: faire un clique droit sur l'image et lancer une recherche du cliché avec Google. Si l'image a plusieurs occurrences ailleurs sur internet, il y a de fortes chances qu'il s'agisse d'un fake. Il est également recommandé de regarder qui poste ces avis; bien souvent, les autres tweets postés par ces comptes sont d'autres tentatives de créer un semblant de viralité.

Vincent Manilève
Vincent Manilève (353 articles)
Journaliste
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