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La longue histoire des attentats en Grande-Bretagne

Antoine Bourguilleau, mis à jour le 04.06.2017 à 7 h 11

Le pays vient d'être frappé une nouvelle fois par un attentat dans le centre de Londres: 6 personnes ont été tuées.

Des policiers devant la Manchester Arena après l'explosion survenue dans la nuit du 22 au 23 mai 2017. 22 personnes sont mortes | Oli SCARFF / AFP

Des policiers devant la Manchester Arena après l'explosion survenue dans la nuit du 22 au 23 mai 2017. 22 personnes sont mortes | Oli SCARFF / AFP

Après l'attentat qui a fait 22 morts à Manchester, après un concert d'Ariana Grande, c'est au tour de Londres d'être victime d'une attaque. Après l'attentat du 3 juin, nous republions cet article.

Cela aurait pu être l’attentat le plus spectaculaire de son temps. Le 5 novembre 1605, Guy Fawkes et ses complices réunissent plusieurs dizaines de barils de poudre qu’ils entendent faire sauter sous la chambre des Lords au moment où le roi d’Angleterre, Jacques Ier devait y prononcer un discours. Mais cette opération, entrée dans l’histoire sous le nom de «Conspiration des Poudres», échoue lamentablement. Une lettre de dénonciation a prévenu les autorités. Elle aurait été reçue par le baron Monteagle, intime de certains des conjurés –certains pensent qu’elle a peut-être été écrite par le baron lui-même qui se serait dégonflé. Guy Fawkes est arrêté ainsi que ses complices et meurt sur l’échafaud, non sans rentrer dans la légende.

Fort heureusement pour la Grande-Bretagne, un des pays d’Europe les plus épargnés par la guerre (rappelons que la dernière bataille à s’y être déroulée eut lieu en 1745 à Culloden, en Ecosse), le spectre des attentats s’est éloigné longtemps avant de refaire surface dans les années 1970, avec les indépendantistes irlandais.

Une réponse au Bloody Sunday

Au départ, les indépendantistes frappent des bâtiments vides. Mais, en 1972, l’attentat d’Aldershot, qui vise le QG d’une brigade de parachutistes –et qui est présenté par ses auteurs comme une réponse au Bloody Sunday qui a endeuillé l’Irlande– tue 7 personnes et en blesse 19 autres. La plupart des victimes sont des femmes de ménage. Tout au long des années 1970 et 1980, le conflit d’Irlande du Nord provoque de nombreux attentats sur le sol britannique.

En septembre 1973, des bombes explosent aux stations de métro londoniennes de King’s Cross et de Euston, faisant 21 blessés. En février 1974, 9 militaires et 3 civils sont tués dans un attentat à la bombe contre un bus. Ce sont ensuite des pubs, les lieux de vie par excellence en Angleterre, qui sont régulièrement frappés: Guildford et Norwich en octobre 1974, qui tuent 5 personnes et en blessent 44 autres. En novembre, à Birmingham, 21 personnes sont tuées et 180 blessées dans l’explosion de deux bombes dans deux pubs du centre-ville. Ce double attentat est alors le plus grave qu’ait jamais connu l’Angleterre. À chaque fois, ce sont des lieux fréquentés par des militaires qui sont visés.

Mais les indépendantistes irlandais ne sont pas les seuls à placer des bombes: les unionistes radicaux, comme ceux de l’UDA, font sauter une bombe à Kilburn, dans un pub fréquenté par des indépendantistes, le 20 décembre 1975. Bilan heureusement léger: 5 blessés. Mais d’autres attentats ont lieu et qui font eux aussi des morts.

Au cours des années 1980, les attentats continuent à Londres et ailleurs en Angleterre, toujours avec en arrière fond le conflit irlandais. Le 17 décembre 1983, à quelques jours de Noël, une bombe explose dans le magasin Harrods à Londres. Six personnes sont tuées, dont trois policiers. Car, désormais et le plus souvent, l’IRA prévient par téléphone de l’imminence d’un attentat et laisse le temps à la police d’évacuer les lieux: le carnage de Birmingham a fait beaucoup de mal à la cause. Mais les actions continuent et c’est presque une litanie. En octobre 1984, un attentat raté contre Margaret Thatcher, alors Premier ministre, fait cinq morts à Brighton. En 1989, huit militaires sont tués et vingt-deux autres blessés à Deal, dans le Kent.

Manchester n’est pas épargnée. En décembre 1992, une bombe fait soixante-cinq blessés dans le centre-ville. L’attentat est revendiqué par l’IRA. Le 15 juin, le centre commercial d’Arndale est lui aussi frappé par une bombe. L’IRA a prévenu mais l’évacuation n’est pas terminée: l’explosion fait 206 blessés.

Au tournant du XXIe siècle, la question irlandaise commence à se régler par la négociation. Ici où là, quelques attentats ont encore lieu, provoqués par les plus radicaux des deux camps, sans interrompre le processus de paix. L’Angleterre croit alors voir s’éloigner définitivement le spectre des attaques à la bombe.

Le réveil brutal en 2005

Le 7 juillet 2005 sonne donc comme un réveil brutal: quatre terroristes font détoner leurs bombes dans les transports en commun à Londres, tuant 56 personnes et en blessant près de 700. Le pire attentat jamais commis sur le sol britannique. Depuis, les alertes se sont multipliées, plus ou moins importantes, avec des attentats au couteau ou, le 22 mars dernier, l’attentat à la voiture à Westminster.

Aux attentats commis par l’IRA, qui visaient essentiellement des politiques et des militaires (mais ont également tué de très nombreux civils) ont donc succédé des attentats aveugles. Des attentats commis avec l’intention de tuer un maximum de personnes, mais aussi, comme les attentats de l’IRA et tous les attentats en général, de marquer les esprits, de faire peur. L’économie de moyens appliquée à la guerre, de la manière la plus implacable qui soit. Étonnamment –et les plus romantiques y verront sans doute une expression du célèbre flegme britannique– les Anglais semblent avoir traversé ces années d’attentats avec un mélange de résolution farouche et de fatalisme, comme leurs aînés qui avaient subi le Blitz de Londres dans les années 1940.

A Manchester, hier soir, ce sont des enfants et des adolescents qui ont été visés et tués ou blessés dans l’explosion d’une bombe. La police britannique, généralement très prudente, évoque depuis hier soir la piste de « l’incident terroriste. » Dans les années 1960, à Manchester, des enfants avaient aussi été tués par un couple que les Britanniques ont connu sous le nom de «Tueurs de la Lande». C’est en effet sur une lande, non loin de Manchester, que l’on retrouva le corps de deux de leurs victimes. (Il y en eu 5 au total). L’histoire bouleversa l’Angleterre et notamment le jeune Steven Patrick Morrissey qui habitait dans le même quartier que les enfants disparus. Il dévora le premier livre consacré à cette sordide affaire. Son auteur avait choisi délibérément de ne pas nommer les deux meurtriers et ne les y désignait que sous un nom terriblement banal, comme pour signifier qu’ils étaient M. et Mme tout le monde. Il les appelait: The Smiths.

Dans une chanson consacrée à cette affaire, sur le premier album des Smiths, Morrissey écrivait ces mots:

We may be dead and we may be gone
But we will be, we will be, we will be, right by your side
Until the day you die
This is no easy ride
We will haunt you when you laugh
Yes, you could say we're a team
You might sleep
But you will Never Dream.

Cette chanson s’appelle «Suffer Little Children». Et, au vu de ses récentes sorties médiatiques, on apprécierait sans doute que Morrissey se contente de la chanter.

Antoine Bourguilleau
Antoine Bourguilleau (59 articles)
Traducteur, journaliste et auteur
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