France

Quelles étaient donc les vies de nos mères quand elles n'étaient pas encore des mamans?

Repéré par Nadia Daam, mis à jour le 20.05.2017 à 15 h 08

Repéré sur Le New York Times

Un compte Instagram recueille des clichés de cette vie d'avant et les interrogations qu'ils suscitent.

Montage à partir des photos du compte Instagram Mothersbefore.

Montage à partir des photos du compte Instagram Mothersbefore.

Dans nos albums de famille, ce sont souvent les clichés les plus rares, et les plus précieux. Nous détenons tous des photos de nos parents jeunes, à l'âge que nous avons aujourd'hui, et quand ils n'étaient pas encore parents. Des images fascinantes en ce qu'elles racontent plus que ce qui nous a simplement précédés.  Elles disent quelque chose de la vie propre de nos pères, et de nos mères. De ces dernières en particulier, dont on oublie tant, quand il s'agit de nos mères, qu'elles sont d'abord des femmes.

Qu'elles ont été insouciantes, ou non. Sexy, ou non. Fières, ou mal dans leurs pompes. Badass, ou dociles. C'est ce rapport à l'image figée dans le temps que l'écrivaine Edan Lepucki a choisi d'exploirer jusqu'au tréfonds, comme on peut le lire dans le New York Times. Dans son dernier roman,  Woman No. 17, un personnage collecte des photos des mères quand elles n'étaient pas encore mèrse, dans le cadre d'un projet artistique. Lepucki a décidé de faire de même IRL, dans une démarche quasi anthropologique. Elle a invité des femmes à lui adresser des clichés de leur maman quand elle était jeune et avant la naissance de leur progéniture, et de commenter si elle le souhaitait, le cliché en question.

Années «perdues»

 

Ces photos sont recensées sur le compte Instagram Mothersbefore. Et on s'y plonge avec grand intérêt. 


Il y a ce que dit Emma, de sa mère Betsy:

«C'est un portrait de ma mère, le jour de son diplôme de fin d'études. Elle est morte quand j'avais 8 ans. Tout ce dont je me souviens d'elle date évidemment de quand je suis devenue sa fille. Je recoupe mes souvenirs avec ceux des autres personnes qui l'ont connue. On me parle de sa petite enfance, de son éducation, de son mariage et de sa maternité. Elle ne s'est pas mariée avant ses 34 ans. Je pense souvent à cette décennie entre cette photo et son mariage comme ses années “perdues”. Je sais qu'elle a eu une carrière, a acheté un appartement, a eu deux chiens adorables et a fait de l'art. Mais ça ne me donne qu'un vague aperçu, pas l'image complète d'une personne. Je vis cette période “perdue” maintenant, et réfléchis souvent ce qui reste de nos vies quand nous sommes partis, ce qui est transmis à nos enfants et ce qui ne l'est pas. Je suis actuellement sans enfant, mais devrais-je en avoir? Je voudrais qu'ils aient une image complète de moi.»

Anaïs, qui souhaite garder comme souvenir de sa mère Ilena, ce cliché sur laquelle on la voit dans une piscine, en culotte de maillot de bain, chapeau sur la tête et sourire jusqu'aux oreilles, parce qu'elle veut conserver cette image de sa mère plutôt que la façon dont «le cancer et les désordres mentaux l'ont diminuée à la fin de sa vie».


Une complexité partie en fumée

Mais ce que toutes les femmes ou presque ayant participé au projet semblent vouloir trouver à chaque fois, ce sont les caractéristiques physiques et psychologiques qui sont propres à leur maman, et qu'elles leur ont ou non léguées. L'une voit dans les épaules de sa mère, l'exacte réplique des siennes; l'autre s'étonne que sa mère effectuait ses missions de reporter de guerre dans la plus grande décontraction.

Et Edan Lepucki de conclure: «En examinant ces photos, et les interprétations qu’en font chaque fille, je me suis demandé quels traits de caractère nous autorisions nos mères à avoir, et lesquels nous assignons à la jeunesse, et qui disparaîtraient avec l’âge et la maternité. Est-ce qu’une femme peut-être à la fois sexuelle et maternelle, audacieuse et sérieuse, innocente et sage? Les mères sont souvent caricaturées en parangon d’altruisme ou moquées. Nous les voyons rarement dans leur complexité.»

En effet, une fois adultes, nous avons tendance à priver nos mères de leur identité propre, en en faisant des héroïnes du quotidien sacrificielles ou en se foutant littéralement de leurs gueules. Quitte à oublier que nos mères n'ont pas attendu notre naissance pour être vivantes.

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