Tech & internetFrance

Le Minitel a-t-il empêché l’élection de Marine Le Pen?

Repéré par Mathilde Dumazet, mis à jour le 17.05.2017 à 12 h 19

Repéré sur Daily JStor

Pour une doctorante en science politique à Harvard, l'expérience du Minitel expliquerait (en partie) la résistance de la France au Front national et aux «Fake News».

Minitel 2 | Frédéric BISSON via Flickr CC License by

Minitel 2 | Frédéric BISSON via Flickr CC License by

La nostalgie du Minitel n’est pas réservée à une communauté française quasi inexistante sur internet: elle peut aussi se retrouver dans les publications d’une chercheuse canadienne diplômée de Harvard. À la nostalgie s’ajoute une hypothèse quelque peu surprenante: les pays qui observent une montée du conservatisme devraient s’inspirer des leçons de l’expérience Minitel pour combattre l’extrême droite. Surprenant quand on sait qu’en 1988, un professeur au Conservatoire national des arts et métiers prononçait une phrase désormais culte.  

«On nous dit que le monde entier nous envie le Minitel. Je ne sais pas s’il nous l’envie, messieurs, mais je peux en tout cas vous dire une chose avec certitude, c’est qu’il ne nous l’achète pas.»

Dans un article publié sur Daily Jstor, Alexandra Samuel raconte donc sa «rencontre» avec le Minitel, «il y a vingt ans, lors d’un séjour en Bretagne». Bien accueillie dans une famille locale –parce qu’elle est militante socialiste au Canada et chercheuse spécialiste de l’internet–, on lui montre ce qu’elle appelle «la concrétisation numérique de l’identité prolétarienne de la propriétaire de la machine. L’objet qui lui a donné accès à l’Information au fin fond de la Bretagne, information autrefois réservée aux universitaires parisiens».

Une culture numérique à part

Et c’est donc cet objet merveilleux qui a permis de «définir la relation de la France avec internet, de créer un chemin démocratique unique», un objet qui a «permis aux millions de clients de France Telecom de découvrir le pouvoir de l’information en ligne», qui a «donné aux Français une approche particulière du royaume numérique. Jusque là, l’auteure n’a pas tort même si elle a tendance à minimiser l’impact du Minitel sur le retard de la France sur internet. Mais de là à avancer que le Minitel a permis à la France d’échapper au Front national en 2017, pas sûr que la théorie tienne, et Alexandra Samuel reconnaît les limites de son propre raisonnement.

«Marine Le Pen a tout de même réussi à construire une communauté de fan en ligne. Quelques semaines avant le élections, Facebook a même dû fermer 30.000 faux comptes pour combattre les fake news. Néanmoins, comparée aux autres élections dans le monde, l’élection présidentielle française ressemble à une victoire de la sagesse contre la mésinformation en ligne.»

Et si la France a «réussi à ne pas se laisser submerger par la folie politique sur internet, c’est grâce à la manière dont le pays a su se forger sa propre culture de l’information en ligne» mais aussi de la politique en ligne. L’auteure souligne que dès les élections de 1986, Leda LeBrun avait pu démontrer le rôle prépondérant du Minitel dans la communication entre les partis politiques et les citoyens (alors qu’aujourd’hui, on a plutôt tendance à le dévaloriser, notamment sur les affiches de campagnes de Nathalie Kosciusko Morizet pendant les primaires de la droite).

La France était donc peut-être en retard sur internet en général, mais pas dans le domaine politique. «L’expérience Minitel a imprégné la culture numérique des Français et d’exigences de qualité et de fiabilité de l’information, elle a aussi probablement habitué les Français au son des fake news et de dictature du clic». Paradoxe, Alexandra Samuel semble approuver que le gouvernement français ait contrôlé les informations diffusées sur le Minitel, et s'amuse d’apprendre que le succès du Minitel rose a fortement contribué à la stabilité financière du système qui a permis d'empêcher Marine Le Pen d'accéder au pouvoir.

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