Monde

Macron et Merkel, ça commence bien

Daniel Vernet, mis à jour le 16.05.2017 à 11 h 03

La première rencontre entre le nouveau président français et la chancelière allemande ne pouvait pas mieux se passer.

Angela Merkel et Emmanuel Macron, à Berlin, le 15 mai 2017 | Michael Kappeler / AFP

Angela Merkel et Emmanuel Macron, à Berlin, le 15 mai 2017 | Michael Kappeler / AFP

De mémoire, on n’avait jamais vu ça. Ou bien si, pour la visite d’Obama. «Je peux vous le dire. Dans l’histoire de ce bâtiment je n’ai jamais vu une telle scène lors de la réception d’un chef d’Etat étranger, commente un journaliste allemand pendant la conférence de presse commune d’Angela Merkel et Emmanuel Macron. Peut-être avec Barack Obama.» Pour le premier voyage à Berlin du nouveau président français, des militants européens et des curieux se sont massés devant la chancellerie fédérale, ce bâtiment moderne surnommé «la machine à laver» à cause du gros hublot qui mange sa façade. La chancelière a entrainé son hôte sur la terrasse pour saluer la foule. Scientifique célèbre pour son pragmatisme froid, elle se laisse aller à la poésie. Elle cite Hermann Hesse (1877-1962): «Tout commencement est habité par un charme», dit-elle au quatrième président français qu’elle reçoit depuis 2005. Le vers suivant –«Seul celui qui est prêt à se réinventer réussira à échapper à la routine»– elle le paraphrase à sa manière: ce charme ne peut durer que si les réalités suivent, affirme-t-elle.

Angela Merkel est de bonne humeur. En l’honneur du printemps qui inonde Berlin, elle a choisi une veste couleur fuchsia dans la série que lui a dessinée la styliste de Hambourg Anna von Griesheim. La visite d’Emmanuel Macron arrive au lendemain d’une victoire de son parti aux élections régionales de Rhénanie du Nord-Westphalie, le Land le plus peuplé d’Allemagne, qui augure bien du résultat au scrutin national du 24 septembre. Angela Merkel brigue un quatrième mandat. D’ici là, elle ne prendra aucune décision qui risque de braquer ses électeurs. Mais pour autant elle ne se résoudra pas à la stagnation de l’Europe. Elle l’a assuré à Emmanuel Macron. Les quatre mois qui courent jusqu’aux élections allemandes sont même une chance. Ils vont permettre au président français de faire la preuve de sa volonté de réforme, au-delà des belles paroles que les Allemands entendent depuis trop longtemps.

La transformation de la France

Emmanuel Macron l’a répété. Il est décidé à engager la transformation de la France, non pour faire plaisir à Berlin ou à Bruxelles mais parce que c’est une nécessité nationale. Face aux réticences allemandes qui se sont rapidement exprimées le moment d’enthousiasme passé après son élection, il avance deux arguments. Le premier est en effet la volonté de réforme ; le second la nécessité de changer l’Europe pour répondre à la colère qui s’est exprimée aux récentes élections, et pas seulement en France.

Angela Merkel les a entendus. «L’Allemagne ne peut aller bien durablement que quand l’Europe va bien. Et l’Europe va bien quand la France est forte.» Sans s’engager sur des initiatives précises, elle a fait un pas en direction de son partenaire en envisageant une révision des traités européens, ce à quoi elle se refusait jusqu’à maintenant. «Si cela fait sans…», s’est-elle toutefois empressée d’ajouter. Certaines des réformes proposées par Emmanuel Macron pour renforcer la zone euro exigent en effet la révision des traités européens. La démarche est risquée car elle implique de longues négociations à vingt-sept et parfois des référendums à l’issue incertaine. Des aménagements sont possibles. Les nouvelles coopérations peuvent se limiter à quelques États membres. C’est l’Europe à plusieurs vitesses dont on parle depuis longtemps mais qui est revenue en grâce à Berlin comme à Paris. Un bon connaisseur allemand des arcanes européennes parlent d’initiatives «en parallèle» avec les traités existants pour éviter l’écueil de la révision.

Angela Merkel et Emmanuel Macron se sont mis d’accord pour proposer en commun une «feuille de route» à leurs partenaires. Ils veulent montrer l’exemple par la coopération bilatérale. Un conseil des ministres franco-allemand traitera après les élections législatives des projets concrets qui peuvent être mis en place rapidement. Emmanuel Macron veut une «Europe qui protège». Angela Merkel s’est dite prête à revoir la directive sur les travailleurs détachés. Le président français parle du droit d’asile et de convergence fiscale. Quand il propose un Buy European Act, la chancelière se tait. Mais il la rassure en se déclarant opposé à la création d’eurobonds, la mutualisation des dettes qui ferait porter à l’Allemagne une part de responsabilité dans les déficits des pays laxistes. En revanche, il prône des investissements européens. Angela Merkel réfléchit. Tous les deux sont en tous cas d’accord pour coordonner les efforts en matière de défense et de sécurité extérieure.

«M&M», comme les a déjà surnommés la Süddeutsche Zeitung, ont pris un bon départ. A Berlin, on veut croire qu’Emmanuel Macron tiendra d’autant plus facilement parole qu’il a été avare de promesses. Il a évité de faire porter à l’Allemagne la charge des difficultés françaises et de donner l’impression de chercher des alliances de substitution, à Londres comme jadis Nicolas Sarkozy, au sud de l’Europe comme François Hollande. Au contraire, il s’est entouré de germanistes: Edouard Philippe, qui a fait son Abitur (baccalauréat) à Bonn où son père était le proviseur du lycée français, même si ce n’est pas la raison principale de sa nomination comme Premier ministre; Philippe Etienne, son nouveau conseiller diplomatique, jusqu’alors ambassadeur à Berlin. Ce n’est pas une garantie – Jean-Marc Ayrault aussi était professeur d’allemand–, mais c’est un signe. Les commentateurs allemands le répètent et Angela Merkel le sait: si rien ne change en Europe, avec l’Allemagne, le Front national et autres populistes sont toujours en embuscade.

Daniel Vernet
Daniel Vernet (415 articles)
Journaliste
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