Science & santé

Implants mammaires et cancer, les Américaines témoignent (enfin)

Repéré par Mathilde Dumazet, mis à jour le 16.05.2017 à 9 h 57

Repéré sur The New York Times

En février, la US Food & Drug Administration a fait un pas de plus vers la reconnaissance de la responsabilité des implants mammaires dans l’apparition d’une nouvelle forme de cancer. Pour alerter les quelques 10 millions de femmes porteuses d’implants dans le monde, des patientes américaines racontent leur bataille contre la maladie.

Implant mammaire de la société PIP en 2013 / Gérard JULIEN / AFP

Implant mammaire de la société PIP en 2013 / Gérard JULIEN / AFP

L’année 2016 a été celle de la reconnaissance officielle par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) du cancer du système lymphatique lié aux implants mammaires. Si celui-ci ne touche qu’une porteuse d’implant sur 10.000, la maladie reste toutefois suffisamment méconnue des médecins pour que les patientes se mobilisent. L’objectif? Que l’année 2017 soit celle de la prise de conscience.

Après avoir publié fin mars une analyse détaillée du rapport de la US Food and Drug Administration (au moins 359 cas recensés, dont neuf décès), le New York Times a choisi de donner la parole aux femmes atteintes de cette forme rare de cancer.

«Raylene Hollrah avait 33 ans, et une petite fille, quand on lui a diagnostiqué un cancer du sein. Elle a pris une décision difficile, en espérant que ça lui sauverait la vie: elle s’est fait retirer les seins, elle a ensuite suivi une chimiothérapie avant d’avoir recours à la chirurgie réparatrice. En 2013, six ans plus tard, le cancer revient. [...] “Ma vie s’est à nouveau effondrée [...] j’avais mis quelque chose dans mon corps pour m’aider à me sentir plus femme, et ça m’a donné le cancer”.»

La plupart des femmes qui témoignent dans l’article racontent qu’elles n’ont jamais été informées des risques. Pire, la plupart des médecins et des gynécologues consultés ne connaissaient tout simplement pas l’existence de la maladie, alors qu’elle a pour la première fois été détectée en 2011. À la fin de son traitement, Raylene Hollrah a donc décidé de créer une association pour améliorer la prévention. Jusqu’ici, les échanges entre les patientes se limitaient à des groupes Facebook dédiés.

Le parcours du combattant vers la reconnaissance

 

Devant le peu de cas recensés, la recherche a avancé lentement, et ce n’est qu’en 2016 que l’Agence nationale de la sécurité des médicaments et des produits de santé a demandé à l’industrie pharmaceutique d’effectuer des tests et de soumettre leurs résultats aux institutions compétentes dans l’année (soit avant le 7 juin prochain si on prend en compte la date de la directive).

Entre 2011 et 2017, une série de recommandations ont été émises par différents organismes de prévention. La reporter santé du New York Times explique que si ces recommandations n’avaient pas été cachées au milieu d’une énumération d’effets secondaires possibles, les spécialistes auraient pu mieux informer leurs patientes.

Aujourd’hui, les analyses ont permis de montrer que la texture de l’implant (lisse ou rugueuse pour éviter la rotation de la prothèse) avait un impact sur le développement des cancers. Les implants rugueux seraient plus susceptibles de provoquer une inflammation des tissus qui les entourent. Le contenu de l’implant (silicone) et la raison de sa pose (esthétique ou à la suite d’un cancer) ne seraient pas des facteurs déterminants. Pourtant, c’est le procès PIP en 2012 qui avait alerté les femmes sur le potentiel cancérigène des implants. Jean-Claude Mas avait alors été condamné pour avoir utilisé de la silicone industrielle et non pharmaceutique dans la fabrication de prothèses mammaires.

Les porteuses d’implants esthétiques méprisées

 

«Terri McGregor avait honte, elle s’était fait poser des implants simplement pour améliorer son apparence. “C’est moi suis responsable. Pour moi, pour ma famille”», explique-t-elle.

En France, 400.000 femmes sont porteuses d’implants mammaires, dont 80% pour des raisons esthétiques. Aux États-Unis, le phénomène est encore plus important: 400.000 nouvelles implantations chaque année, dont seulement un quart pour des raisons de santé. Et hors cadre médical, les femmes sont souvent moins informées des dangers liés aux implants.

En 2012, Libby Copeland posait la question suivante sur Slate.com: pourquoi la santé des femmes qui choisissent la chirurgie esthétique serait moins importante? Aux yeux de certaines compagnies d’assurance américaines, la réponse est claire (pour ne pas dire déprimante): les soins liés aux maladies causées par les implants mammaires esthétiques ne sont tout simplement pas remboursés, et pas remboursables.

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