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La blessure de Kawhi Leonard des Spurs ou l'histoire d'un des gestes les plus vicieux de la NBA

Grégor Brandy, mis à jour le 15.05.2017 à 18 h 04

Le meilleur joueur de San Antonio s'est blessé en retombant sur le pied d'un adversaire. Son équipe a ensuite perdu un match capital qu'elle contrôlait jusque-là. La faute était-elle volontaire?

Kawhi Leonard blessé. Capture d'écran YouTube / Ximo Pierto.

Kawhi Leonard blessé. Capture d'écran YouTube / Ximo Pierto.

Tout se déroulait comme dans un rêve pour les Spurs et leurs fans. Après avoir corrigé les Houston Rockets au tour précédent, ils affrontent en finale de conférence –qui se joue au meilleur des sept matchs– l'ogre Golden State Warriors, immense favori pour le titre NBA cette année.

Après 28 minutes de jeu –sur les 48 que compte un match NBA– de ce premier acte, les Spurs comptaient 21 points d'avance, et parvenaient à contenir de façon assez incroyable leurs adversaires. C'est à ce moment-là que Kawhi Leonard, le meilleur joueur des Spurs, se blesse à la cheville, en retombant sur le pied de son défenseur, le Géorgien Zaza Pachulia. Pour la forme, il mettra ses deux derniers lancers-francs, donnant au passage 23 points d'avance aux siens, avant de quitter le parquet, en boitant.

 

Dans la foulée, les Warriors emmenés par les géniaux Stephen Curry et Kevin Durant passent un 18-0 aux Spurs, et reviennent dans le match. Ils remporteront finalement cette rencontre au bout du suspense (113 à 111). 

L'action du match

Autant dire que l'on se pose beaucoup de questions sur cette action qui a changé le cours de la rencontre. Comme l'explique justement ABC, Leonard s'est blessé sur le type d'action à laquelle la NBA a essayé de mettre fin. Joe Borgia, le vice-président de la ligue chargé de l'arbitrage, a donc tenu à revenir sur ce point à l'issue du match entre San Antonio, et Golden State.

«Kawhi va chercher un shoot dans le coin, et Zaza se rapproche de lui. Le problème, c'est que Zaza va un peu trop loin, et son pied gauche finit dans la zone où Kawhi doit retomber, et il tombe sur la cheville gauche sur laquelle il s'était déjà fait mal, et la retord. On voit ça assez souvent en NBA, quand les défenseurs vont un peu trop loin, et il est interdit d'aller chercher la zone où doit retomber un shooter. C'est une situation très dangereuse pour les joueurs, et l'arbitre a bien fait de siffler faute.»

Quand un joueur saute pour tirer, il faut lui laisser de l'espace pour retomber. Si vous continuez d'avancer sur lui, vous risquez de le faire retomber sur votre pied, ce qui peut potentiellement causer de sales blessures, voire briser des carrières. Et ça, c'est une arme très puissante, indique Bleacher Report, qui rappelle que l'on n'a pas besoin de blesser un joueur pour le toucher psychologiquement.

«Il suffit de faire ça quelques fois, pour que les joueurs adverses aient ça dans la tête. Quand on s'inquiète de retomber sur le pied d'un joueur adverse, on s'inquiète de mal retomber. Quand on s'inquiète de mal retomber, ça affecte votre tir.»

La sale histoire d'un geste vicieux

Pachulia a bien été sanctionné d'une faute, mais pas d'une flagrante, et ne sera pas exclu des prochains matchs. Autant dire que ce n'est pas suffisant pour beaucoup de fans de basket, qui jugent l'attitude du joueur volontaire, et ce d'autant plus que le Géorgien a un sacré passif: entre coups de coude, écrans limites (dans le même match), et tordage de bras.

Alors Zaza Pachulia a-t-il cherché à faire mal au meilleur joueur d'adverse pour rendre le match plus facile aux siens? Beaucoup jugent en revoyant les images au ralenti que le pivot de Golden State a fait un pas de plus pour aller chercher Leonard. De leur côté, les deux joueurs estiment que ce n'était pas intentionnel.

Kawhi me dit qu'il ne pense pas que Zaza a joué un jeu vicieux. Il dit qu'il gênait juste son tir.
Kawhi en entier: «Est-ce qu'il s'est mis dessous. Genre exprès? Non. Il essayait de me gêner. Le chrono arrivait à sa fin. Je vais devoir revoir l'action.»

Si la NBA a décidé de s'attaquer tout particulièrement à ce genre de gestes récemment, ESPN trouvait en 2013, après une blessure de Kobe Bryant sur une action similaire, que «cette façon de tricher est tellement diabolique et intégrée à la culture du basket, que c'est compliqué de le voir». En 2000, lors des finales NBA, le même Kobe Bryant avait été ciblé par Jalen Rose, ce que ce dernier avait (fait assez rare) admis.

«Il y a des moments de ma carrière, au lycée, à la fac, en NBA, où en allant gêner le tir d'un joueur, je me tournais pour regarder le ballon, et faire comme si je ne réalisais pas qu'ils allaient retomber sur mon pied. [...] Finales NBA 2000. Kobe Bryant va chercher un tir sur la droite. Je vais le gêner, et il retombe sur mon pied. Il boite et manque le match suivant. Si ça ne tenait qu'à moi, il aurait manqué tous les matchs. J'aurais remporté un titre. Et il n'y aurait pas eu mort d'homme. [...] Je crois que je l'ai fait exprès. Je ne peux pas dire que c'était un accident.»

Des rôles inversés

Il y a quelques semaines, lors d'un match entre Washington et Orlando, Bradley Beal a été victime d'un geste similaire, même s'il assurait que son adversaire n'avait pas fait exprès.

Il y a quelques mois, ce sont les mêmes Golden State Warriors qui s'inquiétaient de ce genre de geste envers leur star, Steph Curry. À l'inverse, les Spurs ont longtemps aligné sur les parquets Bruce Bowen, un joueur connu pour ses techniques de défense plus que limite (il occupait la première place des dix pires «dirty plays» de Bleacher Report), rappelle The Ringer.

 

«Et si?»

Reste que, que l'on soit supporter des Spurs, des Warriors, ou un observateur un peu plus neutre, on ne peut que regretter que ce pied de Zaza Pachulia soit passé sous Kawhi Leonard.

Peut-être que les Californiens auraient réussi ce retour fou avec Leonard –un des meilleurs défenseurs de la Ligue– sur le parquet. Et comme le conclut justement The Ringer, «dans le meilleur des cas, ceci ne coûtera aux Spurs qu'un seul match, ce qui est assez énorme contre un tel poids lourd qui ne laisse aucune marge d'erreur à ses adversaires. Peut-être que les Spurs parviendront à monter une sorte d'opposition avec un Leonard boîtillant, mais on aurait vraiment voulu voir s'ils étaient capables de battre les Warriors, avec toutes leurs capacités. Et pendant près de trois quart-temps, ça semblait bien le cas.» 

Tout qu'il restera de cette rencontre, ce n'est pas le superbe comeback des Warriors: c'est un immense: «Et si?»

Grégor Brandy
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