France

Suivre une élection présidentielle, c'est épuisant et furieusement déprimant

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 11.05.2017 à 15 h 27

[BLOG] Maintenant que l'élection est passée, je ressens une grande fatigue et une immense lassitude. Comme un manque que je n'aurais aucune envie de combler.

LEGENDE | PSEUDO via Flickr CC License by

LEGENDE | PSEUDO via Flickr CC License by

J'ai fini cette élection présidentielle à peu près dans le même état que s'il s'agissait d'une Coupe du monde de foot: rincé, éreinté, vaguement déprimé, le regard torve, l'humeur maussade, l'esprit en charpie et le cœur émietté.

Pleinement rassasié jusqu'à la prochaine et aspirant seulement à retrouver mes marques après tous ces mois où ma vie a tourné autour de l'inquiétante question de la possible accession de Marine Le Pen à l’Élysée, où je me suis shooté nuit et jour à des sondages d'opinion aussi putassiers les uns des autres, où, avec l'avidité d'un premier communiant, j'ai lu des programmes, visionné des vidéos, consulté mon horoscope afin de déterminer pour qui j'allais voter.

Je me suis engueulé avec des amis, j'ai houspillé mon neveu coupable de vouloir s'abstenir, j'ai essayé de convaincre ma voisine de palier que Macron ne vendait que du vent, j'ai écrit des dizaines de chroniques pour essayer de fixer ces vertiges-là; j'ai eu le droit à des insultes, à des remerciements, à des crachats, à des menaces de mort; des candidats ont même essayé de me soudoyer mais j'ai tenu bon –j'étais trop cher pour eux. 

Maintenant que les jeux sont faits, je n'ai plus goût à rien. Je ressens comme un manque que je n'ai pourtant aucune envie de combler. Adieu, vive clarté de nos élections passées. Sitôt le résultat de l'élection connu, j'ai coupé tous les ponts. Je n'en pouvais plus de voir le visage de tous ces prétendants et autres courtisans, d'écouter leurs déclarations d'intention, d'entendre cette cohorte d'experts pérorer à longueur d'antenne sur la déconstruction du paysage politique français et sur sa hasardeuse refondation.

Au plus profond de moi, je sens que j'ai besoin de me reconstruire loin, très loin de toute cette agitation stérile qui a phagocyté de trop mon esprit. La politique est une maîtresse insatiable qui exige de vous une attention constante et vous rapporte en retour bien peu de satisfactions: les envolées lyriques y sont rares, la vraie intelligence la plupart du temps absente, les problèmes du cœur humain en conflit avec lui-même, jamais évoqués.

Épouvantable stérilité.

Voilà que j'ai soif de beau, de neuf, de légèreté, d'insouciance, de gravité, de poésie, d'eau fraîche, de quelque chose qui nourrit vraiment l'âme et la contente assez pour qu'elle se sente vivante et heureuse de l'être. Je ressens des élans vers tout ce qui peut nous dépasser, nous transcender, nous élever, nous attendrir: le chant d'un oiseau, la tendresse d'un coucher de soleil, le rire d'un enfant, l'odeur de l'herbe coupée, l'abandon d'un corps vaincu, la félicité d'un ciel sans nuage, la palpitation d'une aube éprise de lumière, la douce pluie d'un soir d'été.

Tout ce que la politique, cette mastication de la vie publique, ne nous offre pas, ne nous offrira jamais ; la politique est avant tout affaire de combines, de stratégies, de coups du sort, d'aménagements tortueux avec le réel, d'arrangements avec la vérité, d’accommodements avec toute la bassesse et la grandeur des hommes.

On mérite mieux que cela.

Avant d'être des électeurs, nous sommes des êtres humains prodigieusement complexes, nous savons au fond de nous la vanité de toute chose, nous devinons que la vraie vie est ailleurs, toujours ailleurs, dans des territoires inconnus qu'il nous appartient d'explorer, nous sommes la liste de nos peurs que tant bien que mal nous essayons de tromper: nous sommes les derniers des hommes.

Comparée à tout cela, la politique n'est rien, juste un jeu qui nous occupe le temps d'un instant avant que nous laissions les grandes personnes se débrouiller entre-elles, un intérim pendant lequel nous pensons avoir eu quelque importance, où nous sommes arrivés à nous persuader que nous allions pouvoir peser sur les choses.

Une illusion collective qui n'a pas tardé à s'effacer dans la brume de nos espoirs déçus, forcément déçus. Pendant quelques mois, nous avons été une nation, un corps constitué, une entité qui s'est prise de passion pour elle-même, pour son avenir, pour l'avenir de nos enfants, pour l'avenir de notre devenir.

Une fois l'élection passée, il ne reste plus rien de tout cela. Ne demeure que l'impérieuse envie d'être à la hauteur de nos rêves: d'aller sur le chemin de la vie avec cette dignité qui nous honore, de prendre soin de nos proches et de ne jamais renoncer à nos principes de vie. Le reste peut bien attendre jusqu'aux élections législatives!

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Laurent Sagalovitsch
Laurent Sagalovitsch (132 articles)
romancier
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