France

Vous pourriez être surpris par les élections législatives

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 11.05.2017 à 14 h 33

Cette année, encore plus que d'habitude, elles vont confronter un paysage politique éclaté et en pleine recomposition à la possibilité d'une lame de fond.

L'Assemblée nationale à Paris, 2017 | FRANCK FIFE / AFP.

L'Assemblée nationale à Paris, 2017 | FRANCK FIFE / AFP.

Les législatives un mois avant, c'est un peu comme les audiences radio ou «L'École des fans»: tout le monde va gagner. En Marche!, comme c'est l'usage pour le parti du président, va avoir une majorité absolue, c'est sûr. LR va contraindre le président nouvellement élu à une cohabitation, c'est sûr. Le PS va repartir en retrouvant ses brebis égarées de la présidentielle, c'est sûr. Les Insoumis et le FN vont capitaliser sur leur percée du 23 avril pour obtenir vingt, trente, quarante, cinquante sièges et que rien ne se fasse sans eux, c'est sûr.

Autant dire qu'il y aura forcément des déçus, et surtout des surprises.

Car ces législatives réunissent tous les ingrédients pour être encore plus étonnantes que la présidentielle. Le mode de scrutin, d'abord, qui autorise les configurations très incertaines de triangulaires voire quadrangulaires. Une faible participation (pour se maintenir en triangulaire, il faut recueillir les suffrages de 12,5% des inscrits) pourrait diminuer leur nombre, mais transformeront dans ce cas les premiers tours en autant de minis-21 avril: au soir du 23 avril, l'écart entre le candidat arrivé deuxième et celui arrivé troisième était de moins d'un point dans 117 des 577 circonscriptions... À quelques voix près, les électeurs pourront avoir droit à un FN-En Marche! plutôt qu'un FN-PS, ou à un LR-Insoumis plutôt qu'un LR-En Marche!, par exemple.

La reconfiguration politique, ensuite, traditionnelle à l'issue d'une présidentielle, est en train de prendre les proportions d'un glissement de terrain général: entre la gauche du PS et les partis à la gauche du PS, entre la droite du PS et En Marche! (coucou, Manuel Valls), entre En Marche! et la droite. Ajoutez-y les traditionnelles révélations locales et parachutages surprises, ou encore le retour vers un candidat de quelques-uns des 8,5% d'électeurs qui ont voté blanc dimanche, et vous avez tous les ingrédients d'un joyeux bordel électoral.

Avant la présidentielle, l'opinion majoritaire était que ce désordre général accoucherait d'un paysage éclaté, d'une Assemblée nationale vintage style IVe République, avec quatre ou cinq blocs dont aucun ne représenterait la majorité absolue. Pourtant, la force du système majoritaire et la réplication sur 577 mini-territoires d'une tendance nationale pourraient aussi déboucher sur un paysage simplifié, voire simpliste: une majorité absolue En Marche! (qui deviendrait le nouveau centre-gauche), une forte minorité de droite, des miettes pour les autres... Le récent sondage qui affirme que 61% des électeurs ne veulent pas donner une majorité à Emmanuel Macron ne veut d'ailleurs pas dire grand-chose sachant que ces 61% ne veulent pas la même majorité.

On a beaucoup vanté, ces dernières semaines, à quel point les sondeurs français avaient mis dans le mille durant cette présidentielle. Ils auront des sueurs froides dans le mois à venir car les législatives aiment les surprises. En 1988, alors que les sondeurs prédisaient vers la fin mai une chambre «rose horizon», les socialistes eurent la surprise amère de se retrouver avec une majorité relative. En 1997, lors de la dissolution annoncée par Jacques Chirac, la droite était encore annoncée gagnante quinze jours avant le premier tour. Plus près de nous, en 2007, il suffit d'une bévue d'entre-deux-tours de Jean-Louis Borloo sur la TVA sociale et d'un basculement mal appréhendé d'une bonne partie de l'électorat centriste vers la gauche pour transformer, en une semaine d'entre-deux-tours, un désastre annoncé pour le PS en une défaite honorable.

Les législatives sont des élections tellement étonnantes qu'elles peuvent surprendre jusqu'à leur grand vainqueur. En 1968, De Gaulle, confronté à un raz-de-marée de «sa» droite un mois après les événements de Mai, avait bougonné: «Ce sont les élections de la trouille!» En 1981, Mitterrand, président depuis un mois, fut stupéfait en regardant la carte des circonscriptions virer au rose un peu partout: «C'est trop! C'est trop!» Le 18 juin 2017, feront-elles à nouveau déborder la marmite en surchauffe de la politique française?

Ce texte est paru dans notre newsletter hebdomadaire consacrée à la crise de la démocratie. Pour vous abonner, c'est ici. Pour la lire en entier: 

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (918 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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