France

Comment Macron sera réélu en 2022

Eric Le Boucher, mis à jour le 09.05.2017 à 7 h 01

Emmanuel Macron va réussir parce qu'il arrive pour installer des politiques qui ont marché partout ailleurs mais qu’en France les anciens partis ont été incapables de mettre en œuvre.

À Paris le 7 mai 2017 - PHILIPPE LOPEZ / POOL / AFP

À Paris le 7 mai 2017 - PHILIPPE LOPEZ / POOL / AFP

Je lis toutes les interrogations et le scepticisme. Mais comment va-t-il construire une majorité?  Mais comment va-t-il pouvoir réunir ces deux France si douloureusement fracturées? Déjà les manifs, déjà les coups bas! Ah là là le pauvre, il arrive président avec la tâche la plus difficile depuis… la nuit des temps, au moins.  Et bien voilà chers lecteurs de Slate, c’est tout simple. Vous avez eu la primeur, il y a deux ans, quand personne n’y croyait, de lire qu’Emmanuel Macron pouvait battre tous ses adversaires et devenir président de la République. Impossible, impossible, disait le monde politico-médiatique. Si, si possible. Le génie de saisir la volonté de renouvellement des Français et beaucoup de chance. Une chance inouïe: tous ses adversaires ont été frappés par le sort et sont tombés. Le 7 mai: 66% des voix, plus que toutes les prévisions.

Chers lecteurs fidèles, voici un nouveau pronostic du même acabit: Emmanuel Macron va réussir. Mieux, il sera réélu en 2022 si les petits cochons ne le mangent pas. Pourquoi donc? Mais parce que c’est à nouveau très simple: Emmanuel Macron arrive pour installer des politiques… qui ont marché partout ailleurs mais qu’en France les anciens partis ont été incapables de mettre en œuvre.

Nicolas Sarkozy voulait les mêmes, déjà. Mais il y a eu, contre lui, la crise des subprimes et, en lui, son manque d’esprit de suite. François Hollande, après un an dans l’impasse fiscale, a fait demi-tour pour les appliquer. Mais il a manqué de détermination contre les «frondeurs», ces Attila qui auront non seulement saboté le quinquennat mais coulé le parti socialiste. Emmanuel Macron a, lui, l’esprit de suite et une détermination puissance mille. Il a la vision, il a l’habileté, il a la force et il a, on l’a dit, la chance. Déjà, la conjoncture mondiale en amélioration est bonne fille.

Des solutions qui marchent? Oui, la flexi-sécurité, oui la politique de l’offre, oui l’autonomie des universités, oui le soutien à l’innovation, oui la formation professionnelle, tout ça sont des politiques expérimentées, prouvées, elles marchent. Il suffit de les importer d’Europe du nord, d’outre-Rhin, puis de les remodeler un peu en fonction de notre système à nous. Cette partie du travail reste à faire et, certes, elle n’est pas si simple. Mais le résultat est connu d’avance: le chômage va baisser. Certains droits acquis seront (un peu) écornés, ceux liés à des statuts, mais d’autres naîtrons, ceux qui encouragent la mobilité, le changement, la multiplicité des carrières. C’est le deal: un moins ici, un plus là pour adapter l’Etat social aux nouveaux métiers.

J’entends les cris des extrêmes: ces réformes «ultra-libérales» cassent l’Etat social, les remboursements s’amenuisent, les aides sont ôtées, les allocations comptées et les gens ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts. Pour preuve: «L’Allemagne connaît une pauvreté épouvantable depuis les lois Schröder». Ces critiques sont hors-sol, il suffit de regarder la situation outre-Rhin ou dans les pays du nord. Le million de réfugiés qui débarque à Munich n’a pas la moindre envie de quitter l’enfer germanique pour le paradis social français. On a du mal à en faire venir trois dizaines! Ces réformes sociales-libérales y ont réussi à faire baisser le chômage sans dégradation des protections. Au contraire, celles-ci ont été réaffectées à ceux qui en avaient vraiment besoin.

Cette élection va changer l’air du pays. L’air politique puis l’air social.

En France, il n’est que temps. Il sera enfin mis fin aux scandales de la préférence pour le chômage et du monde du travail coupé entre les «in» vieux et les «out» jeunes et femmes. L’Etat social est sommé de travailler mieux? Bravo. Le mal français ne vient pas de ces réformes, il vient de ne les avoir pas faites. Comme les autres.

Mais encore faut-il qu’Emmanuel Macon puisse les faire voter, qu’il dégage une majorité puis que la rue ne se soulève pas pour les bloquer. C’est vrai. Mais cette élection va changer l’air du pays. L’air politique puis l’air social. Le président disposera de nombreux députés de son nouveau parti. Et il ne devrait pas trop avoir de mal à les compléter pour atteindre une majorité à l’Assemblée. Un Manuel Valls comme un Bruno Le Maire ont déjà dit qu’ils voulaient «travailler pour la France». C’en est fini de cette division droite gauche aussi infranchissable qu’un mur, avec une opposition systématique à tout ce que propose l’adversaire.

Et le climat social, la rue? Ce sera un peu plus compliqué parce que Jean-Luc Mélenchon veut y amener le combat. Il a cru être au second tour, raté. Et nouvelle défaite à venir, il n’obtiendra que peu de députés. Ses électeurs vont en conséquence se trouver privés de représentation législative. Une seule solution: la sédition!

Mais c’est une construction fausse: l’opposition historique entre la sociale-démocratie et le socialisme communisant ne va pas reprendre une actualité brûlante. Toujours pour la même raison simple: les politiques ont fonctionné ailleurs. Le compromis social-démocrate a su prouver qu’il peut améliorer le sort «des gens», qu’il sait intégrer les bonnes critiques (épuisement des ressources, marchandisation excessive, inégalités), qu’il le fait parfois trop lentement mais qu’il le fait. Ce sera le cas dans les cinq ans à venir, avec une accélération due à une Europe reconstruite. Au bout du chemin, la France des perdants se sera nettement réduite. Et Macron sera comme Merkel, réélu trois fois… heu, deux fois max en France.

Eric Le Boucher
Eric Le Boucher (543 articles)
Cofondateur de Slate.fr
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