France

Les six villes frontistes qui ont voté Macron

Camille Belsoeur, mis à jour le 08.05.2017 à 16 h 28

Le président élu a devancé Marine Le Pen dans plus de la moitié des communes dirigées par l'extrême droite.

Le maire de Béziers Robert Ménard lors d'un meeting à Perpignan, le 25 avril 2017. RAYMOND ROIG / AFP

Le maire de Béziers Robert Ménard lors d'un meeting à Perpignan, le 25 avril 2017. RAYMOND ROIG / AFP

Dans son discours prononcé au Louvre, dimanche 7 mai après sa victoire au deuxième tour de l'élection présidentielle, Emmanuel Macron a tendu la main aux électeurs frontistes: 

«Je sais les divisions de notre nation, qui ont conduit certains à un vote extrême; je sais les colères, les doutes, l’anxiété que certains ont exprimés. Je me battrai contre les divisions qui nous minent», a-t-il dit. 

Le candidat d'En Marche! a largement dominé Marine Le Pen sur le plan national, avec un score définitif de 66,1%, contre 33,9% pour sa rivale. Mais si Macron a réalisé de très gros scores à Paris, avec quasiment 90% des voix, ou en Bretagne, comme nous le racontons ici, il existe aussi des terres où le parti frontiste arrive en tête. Cette «France d'en bas», tant décrite depuis quelques semaines, où le chômage et le sentiment de déclassement poussent les gens à voter pour l'extrême-droite. 

Depuis plusieurs années, à chaque nouveau scrutin, les territoires qui s'affichent en bleu marine sur les cartes électorales –comme le Nord, le Grand Est où une frange de la Côte d'Azur–, semblent être voués à rester sous l'emprise du Front national. Mais si l'on observe à la loupe les résultats d'Emmanuel Macron dans les communes dirigées par le Front national depuis les dernières élections municipales, tout espoir n'est pas perdu. 

Le leader d'en Marche! est arrivé en tête dans six des onze villes frontistes (dont le VIIe arrondissement de Marseille), l'emportant d'une courte tête à Villers-Cotterêts (Aisne), Le Pontet (Vaucluse), Hayange (Moselle), Béziers (Hérault) et de manière plus large à Mantes-la-Ville (Yvelines). Une nouvelle que les opposants politiques du FN ont accueilli avec joie dans les villes concernées, à l'inverse des élus locaux frontistes forcément. 

La mauvaise foi des élus FN

À Hayange, où Emmanuel Macron a rassemblée 52,46% des suffrages, le maire FN de la ville, Fabien Engelmann, s'est félicité du score de son parti avec un brin de mauvaise foi préférant mettre l'accent sur le nombre de voix gagnées par rapport aux municipales de 2014. 

Derrière le discours officiel trop enthousiaste, le journal local Le Républicain lorrain rapporte la déception des partisans frontistes sur place: «Les soutiens de Fabien Engelmann font grise mine en regardant le visage d’Emmanuel Macron s’afficher en grand.» Dans le camp d'en face: «Le groupe d’opposition Plus belle ma ville (...) perturbe les interviews de Fabien Engelmann. “Ils ont perdu. On n’en veut plus. Ououhh”, répètent-ils en chœur, au point d’être repoussés par la police municipale dans une ambiance de fin de bal aviné», raconte Le Républicain lorrain.

À Béziers, le scénario est le même. Le maire Robert Ménard, allié de Marine Le Pen, ne peut que constater la défaite de sa candidate. Emmanuel Macron rassemble 52,69% des votes dans la ville de l'Hérault où Marine Le Pen l'avait pourtant emporté largement au premier tour. Robert Ménard n'a pas commenté le résultat dans sa municipalité, préférant regarder vers l'avenir. A l'image de ce message qu'il a publié sur Twitter:

Sur la radio Béziers 1, le responsable local du parti frontiste, Bruno Lerognon, a, lui, apporté des éléments d'explication sur le score en deçà des attentes de Marine Le Pen dans la ville. «Ce qui a porté préjudice à Marine Le Pen, c'est le débat télé. Beaucoup d'indécis on décidé, à ce moment-là, de se désolidariser du vote FN», lance-t-il. Dans une ville marquée par l'empreinte frontiste depuis le début de la mandature de Ménard, les militants biterrois d'En Marche! se disent même surpris par le score de leur favori, rapporte le journal Midi Libre

Des villes profondément divisées

Cette percée symbolique d'Emmanuel Macron dans plusieurs fiefs du Front national ne doit cependant pas cacher le désespoir d'une large part de l'électorat qui voit en Marine Le Pen la seule solution pour mettre fin à la crise économique. À Hénin-Beaumont, 61,56% des électeurs ont glissé un bulletin Marine Le Pen dans l'urne. Ils sont à peine moins à Beaucaire (55,47%) ou à Le Luc (56,64%) dans le Var. 

À Hayange, Villers-Cotterêts ou à Béziers, le FN perd face à Macron mais gagne cependant des voix en nombre absolu depuis les dernières municipales où les candidats frontistes avaient profité de triangulaires pour s'imposer avec moins de 50% des suffrages.  À Villers-Cotterêts, 10.800 habitants, où Macron l'emporte d'extrême justesse avec un score de 50,18%, le FN a ainsi gagné presque 400 voix par rapport aux dernières municipales.

À quelques kilomètres d'Hayange, dans l'Aisne, l'ancien bastion communiste de Lehaucourt a basculé en faveur de l'extrême-droite. «Les électeurs sont déçus par la gauche, ils voulaient du changement qui n’arrive pas, donc les voix du PC vont au FN », confie le maire communiste au journal L'Aisne Nouvelle

Ce qui relativise la victoire d'Emmanuel Macron dans les fiefs frontistes. Mais prouve aussi que les municipalités conquises par le FN ne sont pas condamnées à rester FN. 

Camille Belsoeur
Camille Belsoeur (125 articles)
Journaliste
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