Le centre droit existe en France, reste à le trouver
Le territoire politique du centre droit est en train de réapparaitre en France à la faveur du glissement de l'UMP vers feu le RPR.
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Si l'on observe le territoire de la droite, en ce moment, comme les géologues peuvent regarder un paysage en y décelant l'effet de la tectonique des plaques, on distingue un mouvement assez particulier. Un glissement, ou plutôt une réapparition, de reliefs qui avaient été masqués par le sarkozysme dominateur depuis quelques années. C'est le territoire du centre droit qui refait surface.
Des UMP bon teins mais ancien de l'UDF, comme Jean-Pierre Raffarin sont troublés par une politique faite d'annonces à la hussarde. Ils vivent assez mal le débat droitier et sans rigueur autour de l'identité nationale (Voir les dernières déclarations de Nadine Morano sur les «jeunes musulmans qui parlent le verlan»). L'audace politique n'étant pas le fort du centre droit cela n'a, pour l'instant, de conséquences que pour les initiés. Le départ d'Hervé de Charrette de l'UMP pour le Nouveau Centre est un événement politique que seul les capteurs hypersensibles des séismologues spécialistes de la tectonique des plaques politiques peuvent apprécier. Et puis, il y a bien sûr cette bataille autour du sigle UDF qui montre que les centristes du Nouveau Centre commencent à avoir quelques velléités, si non d'indépendance, du moins de démarcation vis-à-vis du parti du président qui commence à sentir un peu trop le RPR d'avant, cette odeur que les centristes n'aiment pas, un fumet de centralisme, de caporalisme et de droite ringarde façon Hauts-de-Seine.
L'UDF pourrait donc renaitre! Le parti créé par Valéry Giscard d'Estaing pendant sa présidence s'était dissous dans l'UMP comme un seul morceau de sucre dans un tonneau de café.
On se demande quand même ce que François Bayrou, président du MODEM et surtout Hervé Morin, patron du Nouveau Centre voudraient faire du sigle UDF? On dirait deux frères, devenus adultes et qui se disputent pour savoir qui des deux va retaper la vielle Deux chevaux du père, retrouvée au fond de la grange de la ferme familial ? Vous avez vu que Valéry Giscard d'Estaing considère que l'UDF est à lui. C'est-à-dire que le père des deux frères, trop vieux pour conduire la Deux chevaux, veut quand même rappeler que la carte grise est à son nom!
Ou bien -pour rester dans la métaphore automobile- s'agit-il plutôt de la version politique de cette mode industrielle qui fait renaitre des vieux modèles? L'UDF nouveau serait la Fiat 500 refaite aux normes d'aujourd'hui, destinée aux nostalgiques des années Giscard. Une Fiat 500 moderne avec un GPS. Un GPS c'est ce qui à toujours manqué aux centristes. Mais peut-on lifter Giscard et l'UDF comme on a ressortie la Fiat 500?... Au-delà de cette bataille nostalgique autour du sigle, nous assistons peut être au retour d'un centre droit, nécessaire en France, nécessaire parce qu'il représente une frange non négligeable de la population, 10 à 15% de l'électorat, peut être plus qui vient de loin, du MRP d'après guerre, d'une tradition chrétienne, sociale, d'une pensée modérée et européenne, de l'ouest et du centre de la France et des villes moyennes.
Le politologue Pascal Perrineau, spécialistes des droites à Science PO, entrevoyait aussi, dans le Monde daté du Mardi 15 décembre, le retour d'une expression politique pour cette frange de la majorité que René Rémond avait classé sous le vocable d'Orléaniste. Le centre est ancré mais il n'est que rarement à la tête de l'Etat dans le cadre de la Vème république. En fait, seul Valéry Giscard d'Estaing avait réussi à s'immiscer par effraction lors de la campagne éclair de 1974, consécutives à la mort de Georges Pompidou et à la faveur de trahisons chez les gaullistes. La dérive vers la gauche de François Bayrou (on retrouve la tectonique des plaques), l'arrimage trop serré du nouveau Centre à l'UMP dont il est totalement dépendant électoralement, l'extraordinaire élasticité de l'idéologie sarkozyste, qui tente d'embrasser toutes les familles de la droite, avait masqué cette réalité : le centre droit existe en France. Tout espoir lui est permis: le retour de la Fiat 500 a été un vrai succès commercial.
Thomas Legrand
Lire également: François Bayrou: la théorie du complot permanent et Le retour des droites.
Image de Une: Une vieille Fiat 500 Benoit Tessier / Reuters
Mis à jour le 18/12/2009 à 7h05












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Pour continuer à filer la métaphore automobile, il me semblerait plus juste de considérer le centre droit comme une roue de secours destinée à la mini de Sarkozy. Le problème, c'est que dans cette mini, il n'y a de place que pour une roue de secours. Celle du centre droit ou celle de l'extrême droite. Quelque puisse être "l'extraordinaire élasticité de l'idéologie sarkozyste qui tente d'embrasser toutes les familles de la droite", son discours ne peut séduire durablement et simultanément le Front National et le centre de la droite. Son risque principal aujourd'hui avec son débat sur l'Identité Nationale étant d'ailleurs de se retrouver sans roue de secours !
J'ai apprécié votre article, monsieur Legrand.
J'ai trouvé vos métaphores réjouissantes et pertinentes. (Je n'aurais pas reparlé de madame Morano, mais bon !)
Il n'y a que votre dernière phrase que je changerais, et au lieu de : "Tout espoir lui est permis : le retour de la Fiat 500 a été un vrai succès commercial."
J'aurais écrit : Malgré le vrai succès du retour de la Fiat 500, gageons que Nicolas Sarkozy, en véritable animal politique, saura suffisamment infléchir et adapter sa politique pour qu'aucune voix du Centre ne lui manque aux prochaines élections présidentielles.
Cordialement.