France

Qui a voté pour Emmanuel Macron?

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 07.05.2017 à 23 h 36

Une majorité d'électeurs de gauche ont élu un président de la République... que les Français situent plutôt légèrement au centre droit.

Emmanuel Macron au Salon de l'agriculture, le 1er mars 2017. GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP.

Emmanuel Macron au Salon de l'agriculture, le 1er mars 2017. GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP.

Dans le cadre d'une grande enquête électorale menée régulièrement auprès de plus de 11.000 personnes, le Cevipof et l'institut Ipsos/Sopra-Steria ont demandé durant la campagne aux électeurs comment ils positionnaient les candidats à la présidentielle sur l'axe gauche-droite. Vainqueur de Marine Le Pen avec plus de 65% des voix, Emmanuel Macron était, dans la dernière enquête réalisée avant le premier tour, jugé «très à gauche», «à gauche» ou «plutôt à gauche» par 23% de l'électorat, «au centre» par 38% et «plutôt à droite», «à droite» ou «très à droite» par 33% des sondés. Il était perçu, si l'on devait résumer de façon hâtive, plutôt comme un candidat de centre-droit. Mais un candidat qui a été élu par un électorat plutôt de gauche, si l'on en juge par des enquêtes menées par l'institut Harris Interactive au moment des premier et second tours sur plus de 7.000 personnes.

Au premier tour, selon cette enquête, l'électorat du candidat En Marche! se composait de 45% d'électeurs de Hollande au premier tour du scrutin de 2012, de 15% d'électeurs de Bayrou, de 18% d'électeurs de Sarkozy, de 3% d'électeurs de Mélenchon et de 2% d'électeurs de Le Pen. Selon le même institut, ce dimanche 7 mai, 53% des électeurs de Mélenchon au premier tour se sont reportés sur Macron, 79% des électeurs de Hamon, 48% de ceux de Fillon et 26% de ceux de Dupont-Aignan.

Cumulées, ces deux enquêtes indiquent donc que, parmi les électeurs de 2017 qui votaient déjà en 2012, près de 10 millions d'électeurs de gauche (qui ont voté Hollande ou Mélenchon en 2012 et Macron les deux fois cette année, ou qui ont voté Mélenchon et Hamon cette année au premier tour et Macron au second) ont élu le futur président. En face, 5,5 millions d'électeurs de droite ou d'extrême droite (qui ont voté Sarkozy ou Le Pen au premier tour en 2012, puis Macron les deux fois, ou Fillon ou Dupont-Aignan cette année puis Macron). Un chiffre auquel on peut ajouter environ 1,3 million d'électeurs de Bayrou en 2012 qui ont voté deux fois pour Macron cette année, mais aussi le vote des «primo-votants» de 2017, la catégorie électorale la plus abstentionniste. Toujours selon Harris Interactive, environ deux tiers des suffrages exprimés par des électeurs de 18-24 ans sont allés à Macron (soit plus de 2 millions de voix), contre un tiers pour Le Pen.

Un électorat plutôt de gauche, donc, comme le prouve une enquête Ipsos selon la sympathie partisane publiée ce dimanche, où le taux de vote Macron est de 80 à 95% chez les sympathisants de gauche (Front de gauche, écologistes, PS), 85% au centre et au centre droit (MoDem, UDI) et seulement 70% chez les Républicains. Le constat est encore plus frappant quant on demande aux électeurs comment ils se positionnent dans l'opposition binaire gauche-droite, quel que soit leur parti favori: 92% des électeurs qui se disent de gauche ont voté Macron, contre 8% Le Pen; 48% des élrecteurs de droite ont voté Macron, et 52% Le Pen.

Toujours selon cette étude, Emmanuel Macron arrive en tête dans toutes les catégories d'âge, avec une avance record chez les plus de 70 ans (78% contre 22%), et plus réduite chez les 35-49 ans (57% contre 43%). Il affiche une avance gigantesque chez les cadres (82% contre 18%) ou chez les électeurs bac+3 ou plus (81% contre 19%) ou aux revenus les plus élevés (75% contre 25% chez les foyers gagnant plus de 3.000 euros mensuels), mais plus modeste chez les employés (54% contre 46%) et est devancé chez les ouvriers (44% contre 56%).

Harris Interactive a aussi interrogé les électeurs sur leur motivation de vote, qui laissent entrevoir deux électorats –certes très inégaux– en miroir. 41% disent avoir voté Macron par envie qu'il devienne président, et 59% par rejet de son adversaire; chez Marine Le Pen, ces chiffres s'élèvent respectivement à 60% et 40%. Quand on les interroge sur les thèmes qui ont le plus compté pour eux, les électeurs de Macron citent beaucoup plus que ceux de Le Pen l'emploi, l'Europe et l'éducation; ceux de Le Pen beaucoup plus l'immigration, la lutte contre le terrorisme et la sécurité des personnes et des biens. Et quand on leur demande de verbaliser les raisons de leur choix, voici à quoi ressemblent celles des électeurs de Macron.

Et celles des électeurs de Le Pen.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (918 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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