France

Et si, finalement, Marine Le Pen n'avait pas été aussi nulle que cela?

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 05.05.2017 à 10 h 19

[BLOG] Depuis l'élection de Trump, j'en arrive à douter de mes propres jugements. Ainsi est-on bien certain que la prestation de la candidate frontiste sera jugée par le corps électoral comme aussi mauvaise que prétendue ?

Marine Le Pen à Ennemain, dans le Nord, le 4 mai 2017 | PHILIPPE HUGUEN / AFP

Marine Le Pen à Ennemain, dans le Nord, le 4 mai 2017 | PHILIPPE HUGUEN / AFP

Et si à rebours de toutes les considérations post débat électoral, de toutes les réactions et commentaires où on aura fait passer –moi le premier– Marine Le Pen pour la dame pissotière de la République française, cette dernière, bien au contraire, ne s'en était sortie avec les honneurs et n'ait paradoxalement renforcé sa position auprès de ses électeurs?

Si cette prestation que nous avons tous trouvée vulgaire, grossière, indigne de la fonction présidentielle, n'avait pas finalement rencontré un certain écho auprès de ses partisans ravis de la voir ainsi bousculer le candidat du système, tout à leur joie d'avoir assisté à un combat de coqs où le «chouchou de François Hollande» aurait enfin trouvé à qui parler?

Marine Le Pen ou une grande gueule comme on les aime. Qui ne prend pas de gants pour appeler un banquier un banquier, qui se fiche des convenances et des rites et assume entièrement sa radicalité, qui se moque bien d'être apparue comme la dernière des têtes à claques, soucieuse avant tout d'affirmer sa totale opposition à la vision de la France prônée par son adversaire.

Une franc-tireuse brute de décoffrage qui parle comme le peuple, beugle comme le peuple, pète comme le peuple. Qui pense ce qu'elle dit sans s’embarrasser de formules de politesse, sans s'abriter derrière des expressions toutes faites que pratiquent d'ordinaire nos hommes politiques. Qui n'hésite pas à mettre les pieds dans le plat là où tant d'autres, par pudeur ou par calcul, préfèrent enrober leurs dires de papier de soie afin de ne pas bousculer la sacro-sainte bienséance.

Comme ce cousin invité à un repas dominical qui se permet de manger avec ses mains, de critiquer la qualité du vin, de pousser un rot, de tancer l'assemblée et que secrètement on finit par admirer tant empesée et convenue était jusque là l'ambiance autour de la table.

Je n'en finis pas de m'interroger

Je dois dire que l'élection de Donald Trump a quelque peu ébranlé mes certitudes. Il faut avoir vu la façon dont s'est comporté Donald Trump lors des trois débats avec Hillary Clinton pour comprendre le traumatisme. Là aussi, tout comme la presse mainstream en général, je l'avais trouvé épouvantablement mauvais, arrogant, d'une vulgarité sans nom, incapable de répondre aux questions, tout juste bon à noyer son adversaire sous un torrent d'insultes et de menaces.

Un pitre, que dis-je, un bouffon, que dis-je encore, un clown!

A chaque fois, une fois le débat achevé, je m'étais dit «il est allé trop loin, il a brûlé ses dernières cartouches, il en est fini de ses chances de remporter l'élection, les gens ne sont pas si ahuris que cela tout de même». Avec le résultat que l'on sait...

Je ne prétends pas que Marine Le Pen triomphera ce dimanche –que Dieu Tout Puissant nous en préserve!– mais je ne peux m'empêcher de penser que cette unanimité à dégommer sa prestation de l'autre soir n'est pas forcément une bonne nouvelle. Qu'au final ses électeurs lui sauront gré d'avoir ainsi secoué le cocotier.

Peut-être, à force d'évoluer dans les mêmes cercles, de nous lire les uns les autres, de nous écouter parler, avons-nous complètement perdu le fil des pensées de l'homme de la rue. Peut-être ne sommes-nous plus capables de le comprendre. Peut-être lui-même ne se comprend plus. Peut-être que notre grille de lecture est périmée. Que nos croyances en la démocratie, en la raison, en la morale, ne sont plus partagées par nombre de nos concitoyens qui n'en peuvent plus de ce conformisme de la pensée.

Peut-être en sommes-nous arrivés là, en ce point de non-retour d'où désormais tout peut advenir. Franchement, si on me demandait de parier sur la tête de mon chat que mercredi soir, les électeurs ont tous trouvé la candidate frontiste abjecte et hors-sujet, je réfléchirais à deux fois avant de miser.  C'est que je l'aime mon chat!

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Laurent Sagalovitsch
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