France

Débat? Vous avez dit débat?

Temps de lecture : 2 min

Pour la twittosphère, il n'y a pas eu de véritable débat le 3 mai entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Même si la confrontation a eu le mérite de montrer le vrai visage de la candidate du Front National.

John Hain via Pixabay
John Hain via Pixabay

Contenu Partenaire - Non seulement il y a eu «16,5 millions de téléspectateurs pour un spectacle tragique», mais «la France mérite mieux que cela...» et surtout mieux que «le pire débat télévisé de l’histoire de la Ve République».

Il ne s’agit pas déception ou de désillusion, mais de sidération devant le niveau des invectives, principalement lancées par la candidate du Front National.

Attaques personnelles: «Marine Le Pen à Macron: "vous méritez un bon coup de schlague". 1 terme exprimant 1 mode de correction punitive utilisé par les nazis».

Mystifications répétées: «Hier soir MLP a donc fait 19 mensonges en 1h15 de parole. Toutes les 4 minutes! Hallucinant…»

Affirmations absurdes: «Résumé du débat. Le Pen: La terre est plate? Macron: Non. Le Pen: Si, vous l'avez aplatie lorsque vous étiez ministre de l'économie.»

Les twittos ne s’agacent pas seulement des déclarations déplacées ou injurieuses, ils soulignent parfois l’obscurité, pour eux, du vocabulaire utilisé: «galimatias, baderne, perlimpinpin, logorrhée, mortifère»: même Bernard Pivot a sorti le dico.» Ce qui conduit à penser que «MLP snifait de la poudre de perlimpinpin, du coup elle parlait le galimatias.» D'où une recommandation: «MLP veut maîtriser nos frontières, l'immigration, nos religions. Maîtrise déjà ta langue française OK.»

La confusion est jugée à son comble quand les échanges portent sur l’économie et la monnaie. Quand la candidate du FN parle de revenir au franc tout en conservant un euro qui jouerait le rôle de l’écu (ECU, European Currency Unit), les réactions fusent: «L'écu n'était pas vraiment une monnaie mais un panier de valeur… Il faut revenir sur les bancs de l'école Mme Le Pen». «Ne pas savoir que l'écu n'a jamais été une monnaie - Ça la fout mal pour une député européenne payée 15000€/mois». Si bien que certains y perdent leur latin: «bon finalement la monnaie ça sera le franc, l'écu ou le sesterce? voir l'euro quand même?». «MLP veut le retour de l'ECU comme monnaie. Et le retour du Moyen-Âge?».

En fin de compte, la conséquence est d’interroger la candidate sur ses intentions réelles concernant les quelques 6 à 9 milliards à récupérer par la France dès sa sortie de l’Europe: «Petite clarification. MLP vous rendrez l'argent du contribuable européen en quelle monnaie? Écu, euro ou franc?».

Face à un débat chaotique, les twittos ont remarqué aussi que les journalistes ont quasiment disparu. Au lieu de jouer les arbitres régulateurs, ils sont assimilés à des potiches: «Saint-Cricq et Jakubyszyn hier soir: Ficus et Bégonia». De fait, «Macron a fait la police tout seul et il a bien fait.» Ce qui n’empêche pas une compassion ironique, «une pensée pour les journalistes disparus en ce jour de liberté de la presse dans l'exercice de leur travail sur le plateau», ou moins indulgente: «Va-t-il- il y avoir une enquête d'emplois fictifs pour les deux journalistes hier ?» D’autant que deux sujets jugés importants ont été complétement oubliés: «Alerte enlèvement: l'écologie et la culture portées disparues de ce débat.»

Finalement, même si la twittosphère juge sévèrement la soirée –«Je n'ai pas le souvenir d'un aussi mauvais débat depuis... longtemps? toujours?»– elle parvient à en tirer quatre enseignements fort différents.

Un éclaircissement: «Avec Le Pen, les Français redécouvrent le vrai visage du FN (brutalité, approximations, mensonges, diffamations, injures)».

Une incompréhension: «Après avoir revisionné le débat ce matin, la tête froide, MLP appelle à voter Macron? Ou pas?»

De l'accablement: «Je sais pas qui a gagné le débat, la seule chose que je sais c'est que la France a perdu.»

De l'espoir: «Les insoumis qui mettaient MLP et Macron au même plan, espérons que le débat les aura ramenés à la réalité.»

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