Monde

Pour leurs gratte-ciels, les autocrates dépensent sans compter

Repéré par Robin Panfili, mis à jour le 04.05.2017 à 12 h 54

Repéré sur Quartz, The Wall Street Journal

En Chine ou en Arabie saoudite, les gratte-ciels fleurissent et n'ont jamais été aussi nombreux. Et tant pis s'il le pays n'en a pas besoin.

Des gratte-ciels à Shenzhen (Chine) I Cory Doctorow via Flickr CC (License by)

Des gratte-ciels à Shenzhen (Chine) I Cory Doctorow via Flickr CC (License by)

La course vers le ciel n'en finit plus. Elle est même devenue difficile à suivre, tant la concurrence est acharnée entre la Chine, les Émirats arabes unis ou encore l'Arabie saoudite. Afin de mieux comprendre cette quête perpétuelle de hauteur dans les régimes autocratiques, des chercheurs de l'université d'Oslo se sont mis en tête d'étudier la logique et la légitimité de tels chantiers.

Au terme de leurs recherches, évoquées par Quartz, ils sont arrivés à la conclusion que ces régimes autocratiques construisent beaucoup plus que les régimes démocratiques, même si la nécessité de tels ouvrages n'est pas avérée. Par ailleurs, dans leurs travaux, les chercheurs soulignent que la nature même des régimes autocratiques et le faible contrôle des investissements dans les dépenses de ces gouvernements permettent à ces derniers d'investir sans compter et sans obstacles dans la construction de gratte-ciels, qu'importe les besoins ou la nécessité de telles constructions.

En témoignent les nombreux ouvrages érigés dans des zones rurales –en Chine, par exemple– en dépit de tout logique de rentabilité, quand, au même moment, les régimes démocratiques se concentrent sur la construction de gratte-ciels dans des zones urbaines, là où se concentre l'essentiel de l'activité économique.

Ego ou identité

Alors, à quoi bon construire d'immenses tours, de manière frénétique, si ce n'est pour les laisser à l'abandon ou inoccupées quelques mois seulement après leur inauguration? Pour ces régimes, il est d'abord question «de montrer leur nouvelle prospérité», expliquait, déjà en 2010, Clarisse Didelon, maître de conférences en géographie. En d'autres mots, la prolifération des gratte-ciels est souvent l'expression physique des mutations socio-économiques en cours dans une économie et un espace donné et un symbole de puissance.

En 2013, dans une interview au Journal du Dimanche, l'architecte américain Adrian Smith, à l'origine du plus haut gratte-ciel de tous les temps en construction à Jeddah, en Arabie Saoudite, prévu pour 2020, ajoutait:

«Parfois, c'est une question d'ego de la personne qui est à l'origine du projet. Plus souvent, c’est le désir de créer une identité, une signature pour un pays, une région ou une ville. La plupart du temps, il s'agit d'un vecteur économique pour créer de la richesse dont la tour est un symbole visible.»

Aussi irationnelle soit-elle, la course au plus grand gratte-ciel continue. Mais jusqu'où peut-elle aller? Gu Jianping, le directeur de l'entreprise de construction qui a mis sur pied la Shanghaï Tower, la plus haute tour de Chine et deuxième gratte-ciel le plus élevé du monde, alertait lui-même sur cette prolifération à grande échelle de tours. À ses yeux, la Chine ferait bien de se raisonner. «Même si on a beaucoup d'argent, il ne faut pas se montrer trop entêté», déclarait-il au Wall Street Journal en mars 2016.

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