France

Comment une personne aussi outrancière que Marine Le Pen peut-elle être si populaire?

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 04.05.2017 à 11 h 35

[BLOG] À regarder la dirigeante frontiste aboyer pendant plus de deux heures lors du débat d'hier soir, je n'ai cessé de me demander comment on pouvait voter pour une personne aussi vulgaire, incohérente et outrancière.

JOËL SAGET / AFP.

JOËL SAGET / AFP.

Si j'en crois les sondages, lors du second tour de l’élection présidentielle, Marine Le Pen devrait réunir autour de 40% des suffrages. Peut-être plus. Peut-être moins. En réunirait-elle dix fois moins que je serais déjà ahuri de constater qu'un tel personnage, si grossier, si vulgaire, si outrancier, puisse être aussi populaire.

Mais comment est-il seulement possible que tant de personnes s'amourachent d'une femme dont la seule qualité est d'aboyer plus haut que la meute, la seule vertu, celle de jongler avec les bobards et les contre-vérités, la seule humanité, celle de posséder un chat à qui il m'arrive parfois d'adresser des pensées émues en me disant combien le sort réservé aux animaux domestiques peut parfois être cruel.

40%!

Est-il vraiment possible que la France comptât dans ses rangs un nombre aussi élevé de circoncis du bulbe, de gens fâchés avec le principe de raison, de personnes si étrangères à la notion même d'intelligence qu'ils se choisissent pour les représenter un être encombré de si nombreux défauts et bardé de si peu de qualités, excepté celle d'user de son aggressivité naturelle pour mieux débiter sornettes sur sornettes?

Car tout comme le silence de Dieu, la popularité de Marine Le Pen demeure ce mystère insondable qui tend à prouver que non seulement l'être humain est déraisonnable par nature, mais que sa capacité à frayer avec ce qui dans l'échelle de la pensée doit appartenir au monde de l'infiniment petit atteint des sommets dont les plus frustres des primates ne sauraient jamais rêver.

Je veux bien que la dureté de la vie, la pénibilité d'une existence que rien ne vient jamais éclairer hormis le tirage de la loterie nationale ou le dernier épisode des Feux de l'amour, l'irréductible âprêté de la condition humaine, finissent par plonger le cortex cérébral dans une torpeur invincible, il n'en reste pas moins que la seule obstination du cœur humain à continuer de battre devrait éviter à quiconque de succomber au charme de la présidente du Front national.

Car enfin à l'écouter pérorer hier soir, à l'entendre dégoiser pendant près de deux heures, tout au long d'une diatribe marquée du sceau de l'incohérence, de l'invective quand ce ne fut pas tout simplement du n'importe quoi, je me disais que n'importe quel être humain, cultivé ou pas, éduqué ou pas, fruste ou pas, français «de souche» ou de la première génération, devait tout de même avoir suffisamment de bagage intellectuel pour s'apercevoir de la totale et splendide inanité de sa pensée.

Non?

Marine Le Pen ne parle jamais, elle aboie constamment.

On dirait de ces insupportables roquets qui viennent se planter devant vous pour aboyer de plus belle et dont, malgré toute notre bonne volonté, on peine à comprendre le pourquoi de ses vociférations: il ne cherche ni à jouer, ni à quémander une friandise, ni à réclamer une caresse, non, il continue à japper tant et plus comme si ces aboiements répétés étaient la justification même de son existence.

Qu'une personne pareille soit présente au second tour de l'élection présidentielle constitue déjà un rude coup porté à ceux qui veulent continuer à croire en la capacité de l'humanité à s’élever au-delà des contingences dictées par le hasard et la nécessité, mais que cette même personne puisse prétendre réunir dimanche prochain autour de son nom deux Français sur cinq, voilà qui me plonge dans un saisissement si profond qu'il me faudrait mille vies pour en venir à bout.

Le vote lépéniste, bien loin des considérations sociologiques si en vogue par les temps qui courent, de cette guerre annoncée entre monde ouvert et monde fermé, entre défenseurs de la mondialisation et partisans d'un retour aux frontières, est surtout la preuve tangible de l’indécrottable connerie du genre humain.

Putain, 40%!!!!

Pour suivre l'actualité de ce blog, c'est par ici : Facebook-Un Juif en cavale

Laurent Sagalovitsch
Laurent Sagalovitsch (104 articles)
romancier
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte