France

Marine Le Pen avait apparemment potassé son DVD des plus beaux débats

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 03.05.2017 à 23 h 47

Pour placer le débat sous tension dès le début, la présidente du FN a largement eu recours aux citations des précédentes éditions.

ERIC FEFERBERG / POOL / AFP.

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Traditionnellement, dans les jours qui précèdent un débat de l'entre-deux-tours, les télévisions nous livrent un best of des répliques les plus marquantes des précédentes éditions, de «Vous n'avez pas le monopole du cœur» à «Vous êtes l'homme du passif», de «Dans les yeux je la conteste» à «Moi président, je...». Marine Le Pen avait apparemment potassé son DVD des plus beaux débats, si l'on en croit la façon dont elle a enchaîné les figures imposées dès la première demi-heure pour tenter de mettre ce débat sous tension alors qu'elle accuse près de vingt points de retard dans les derniers sondages face à Emmanuel Macron.

En 1974, Valéry Giscard d'Estaing, de dix ans plus jeune que son contradicteur François Mitterrand, avait tenté de le dépeindre en «homme du passé». En 1988, le même François Mitterrand avait voulu figer son adversaire Jacques Chirac dans son rôle de Premier ministre pour lui interdire de passer à l'étape supérieure, le saluant d'un narquois «Mais vous avez tout à fait raison, monsieur le Premier ministre». Marine Le Pen a très vite tenté d'adopter la même tactique vis-à-vis de son cadet, plus tard qualifié de «jeune à l'extérieur, vieux à l'intérieur», en faisant allusion à ses responsabilités à l'Élysée, de 2012 à 2014, puis au gouvernement, de 2014 à 2016: «Monsieur le ministre de l’économie, devrais-je dire, monsieur le conseiller auprès de M. Hollande. [...] Vos résultats ont été extrêmement mauvais.» Une figure renouvelée par la suite à coup de «Vous avez fait partie du gouvernement de la loi El Khomri» ou d'allusions à «votre gouvernement».

L'autre imitation à laquelle s'est livrée la présidente du Front national est plus perverse. En 1981, François Mitterrand, paraissant acculé par Valéry Giscard d'Estaing sur le cours du franc par rapport au mark, avait fait semblant pendant de longues secondes de ne pas vouloir lui répondre («Je ne suis pas votre élève et vous n'êtes pas mon professeur») avant de finir par lâcher le chiffre exact. Dès le début du débat, Marine Le Pen a elle lâché à Emmanuel Macron: «Je vois que vous cherchez à jouer avec moi à l'élève et au professeur, mais ce n'est pas trop mon truc.» Une réplique qui n'a rien d'innocent quand on se souvient du couple formé par Emmanuel Macron avec son ancienne professeure de français, devenue son épouse, depuis vingt ans. On n'est pas si loin de la «flèche empoisonnée» (certes bien plus cryptée) qu'avait décochée Valéry Giscard d'Estaing à François Mitterrand en 1974 en faisant une allusion à sa double vie conjugale.

À l'image de Nicolas Dupont-Aignan repeignant Emmanuel Macron en «petit télégraphiste», le camp de Marine Le Pen avait apparemment préparé, dans cette présidentielle sans véritable candidat sortant, un débat du passé. Et cela a fini par être contagieux puisqu'Emmanuel Macron a fini par répondre, sur les questions de terrorisme: «Moi j'ai un projet sérieux, qui n'est pas du saut de cabri.» Décidément, le général de Gaulle, ce chanceux qui n'a jamais eu à participer à un débat d'entre-deux-tours, aura sûrement été l'homme politique le plus cité de cette campagne.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (918 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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