France

Non aux ni-nihilistes!

Robert Zarader, mis à jour le 03.05.2017 à 16 h 30

[Tribune] Le message de moins en moins subliminal contre Macron sert la «peste noire».

JOEL SAGET / AFP

JOEL SAGET / AFP

Avertissement: Cet texte est une tribune proposée par Robert Zarader, PDG d'Equancy & co, un communicant proche de François Hollande.

«À la Bastille, on aime bien Nini peau d’chien.» En 1889, le chansonnier et écrivain Aristide Bruant, insoumis parmi les insoumis, y voyait une figure révolutionnaire du quotidien, celle d’une Parisienne du trottoir, nourrie par la Commune. En 2017, Nini peau d’chien aurait-elle troqué ses habits d’artiste des rues pour ceux de Nini peau de chagrin, gavée par le calcul politicien?


Dans l’histoire politique française, le «ni-ni» a toujours servi à masquer une réticence présidentielle à trancher. D’élections en élections, de fronts républicains en affronts républicains, Nini a trop vite grandi: elle n’est maintenant plus l’apanage des présidents de la République en quête de réélection, mais partagée par tous les politiciens en quête de conservation. Déguisée en bateleur de l’insoumission, en héraut de gauche et de droite, les Nini peau d’chagrin se replient dans leurs prébendes, sur leur cour.

Le goût du blocage

Au soir du premier tour, elle s’est donnée à voir: Nini était nue, ne cachait plus rien, sans intelligence des situations, sans capacité à les dépasser. Mutique, elle n’attend rien d’autre qu’un lent pourrissement le 7 mai prochain, espérant profiter dès les élections législatives d’un désaveu démocratique que les silences et les non-dits auront encouragé. Si Nini peau de chagrin pense toujours que le génie de la Bastille lui fait les yeux doux, il est certain que l’âme de la République détourne le regard devant ce pari périlleux, tout sauf démocratique.

Nini peau de chagrin ne peut que constater une nouvelle exception française: la préférence pour le blocage politique. Par crainte de compromettre leurs chances pour la suite, les politiciens ont désormais tendance à considérer qu’il n’existe pas d’alternative qu’eux-mêmes. Là où le Front national servait autrefois de repoussoir commun avec des mots souvent très forts, il est maintenant mis sur pied d’égalité avec le centrisme, le libéralisme, la social-démocratie et le conservatisme, réduisant d’autant l’espace républicain.

Peau d’chien, peau de chagrin, attention à ceux dont le rêve caché d’un vote révolutionnaire ne finissent par vendre la peau de l’ours au détriment de la démocratie.

En politique aussi, les inconscients –dans toutes les acceptions du terme– parlent haut et fort. L’expert en communication et comedia dell’Arte, Jean-Luc Mélenchon, donne le LA. Il atermoie (atterre moi, dirait Lacan). Le jeu des mots s’installe. Surtout ne pas dire MACRON! Mélenchon, Aubry, Wauquiez, mêmes mots, même combat? «Faire barrage» = inventer des minorités de blocage pour se prémunir des majorités d’idées. Ils ont perdu tous les trois et pire, Emmanuel Macron est en tête. Surprise! Auraient-ils tellement espéré voir Marine Le Pen devant? Leur communication s’est transformée en dénis psychanalytiques. L’obsession Macron empire, gagne et la gauche et la droite. Et dans le même temps!

La nausée et les mains sales

Les professionnels de la politique «font corps», à défaut de «faire pensée». Nini assiste au spectacle de la décomposition politique. Qui lui parle? Qui lui dit? Qui pose et se pose des questions, face à la candidate lepeniste? Nini a le tournis. Un vote blanc, et une abstention de gauche et de droite? Il n’y a pas de danger, disent-ils. Desproges en avait déjà tiré une formule sartrienne: «La Nausée et en même temps, les Mains sales»! Ni Macron Ni Macron: le message est de moins en moins subliminal et d’une manière ou d’une autre, il sert la peste noire. La morale politique est tranchante: le «ni-ni» de l’exclusion est préféré au «et-et» de la réconciliation.

Le choix est là: posé par des mots et quels maux!

Patriotisme ou nationalisme? Rente ou croissance? Considération de l’individu ou traitement de masse anonyme? Renouvellement politique ou héritage des partis? Immobilisme ou progressisme? Futur ou passé simple? France réconciliée ou France fragmentée? Monde tel qu’il est ou monde qui n’aurait jamais dû changer? Europe qui gagne ou Europe qui recule? France du 11 janvier 2015 ou France du 21 avril 2002? Monde ouvert ou monde clos? Audace partagée ou défiance généralisée? Confiance en chacun ou peur des autres? Hier ou demain? Courage, répondez à la vraie fille du peuple, Nini peau’chien, elle est si belle et si gentille!

Robert Zarader
Robert Zarader (1 article)
PDG d'Equancy & co
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