Science & santé

«J'ai ghosté mon amie. Je me sentais écrasée par elle»

Lucile Bellan, mis à jour le 02.05.2017 à 13 h 58

Cette semaine, Lucile conseille Alice, une jeune femme qui a mis fin de manière abrupte à une amitié toxique.

Les amies | Gustav Klimt via wikimedia CC License by

Les amies | Gustav Klimt via wikimedia CC License by

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Pour retrouver les chroniques précédentes, c’est ici.

Je quitte une relation amicale fusionnelle (trop) et passionnée (trop aussi).

Mis à part nos forts caractères, au départ, tout semblait opposer mon amie et moi: je suis indépendante, un peu distante et un brin solitaire, mon amie est fille unique et ne supporte pas la solitude. En conséquence, elle ne vit jamais seule et court la reconnaissance sociale; elle file également de relations en relations. 

Au cours de ces quatre années passées, nous avons fait s’épanouir une passion grandissante où nous nous laissions de plus en plus d'importance dans nos vies. J'ai cependant choisi de prendre spontanément de la distance puis à des intervalles de plus en plus rapprochés car je me sentais «mangée» par cette relation.

Je me sentais écrasée par le poids de la vie de mon amie; j'ai parfois eu l'impression de vivre à travers sa vie (maintenant que j'ai coupé les ponts, je m'en rends compte). Il sera bon de préciser que j'ai fait le mauvais choix de choisir comme amie quelqu'un de pas du tout fiable: en conséquence, cette amie me promettait monts et merveilles, une vie à ses côtés digne de Fantasia ou d'un autre Disney. Au final, elle bottait souvent en touche.

Je ne suis pas particulièrement exigeante en termes d'engagement dans une amitié, au contraire, j'aime les relations simples et faciles et je déteste les conflits. 

Mais je me suis souvent sentie blessée et très esseulée lorsqu'on m'a promis des choses que je ne demandais pas pour finalement ne me donner que trop peu. 

Je croise tous les jours beaucoup de personnes mais je ne tisse des liens profonds et pérennes dans le temps qu'avec peu d'amis sincères, et ils constituent pour moi une deuxième famille. 

Nous étions arrivées à un stade où tout était beaucoup trop peu pour moi. Ça me faisait mal car je continuais à m'identifier tout autant qu'elle à ce que nous vivions, et malgré le trop peu je continuais à donner. 

J'ai choisi un beau jour de prendre mes distances, puis j'ai finalement décidé de partir. Ghosting. 

Cette relation ressemblait vraiment à une histoire amoureuse dans tous ses déploiements tragiques, il y eut donc la rencontre impromptue dans la rue. Quelques temps plus tard, les cris, la furieuse tristesse pour elle, et pour ma part la résignation. Je l'ai blessée par mon silence et mon abandon, qu'elle qualifie de «méchant» et de «méprisant» tout en espérant que je veuille résoudre ce conflit, et pour ma part la violence de sa colère et la conviction qu'elle ne peut pas changer ce qui est inné chez elle m'ont convaincue que nous sommes arrivés à un point où je ne désire plus que ce problème se règle.

Cela fait désormais quelques mois, et je n'arrive cependant pas tout à fait à tourner la page. De la même façon qu'un ex petit copain, il m'arrive de penser à elle, de ce qu'elle m'a dit, de ce qui me met encore en colère ou me blesse, alors que je désire passer à autre chose et abandonner toute forme de (res)sentiments. 

Comment puis-je passer sereinement à autre chose, sachant que je ne veux plus parler à cette amie?

Alice

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Chère Alice,

On en parle peu mais la rupture amicale peut être aussi dévastatrice que la rupture amoureuse. Je vous en parle en connaissance de cause, j’ai vécu moi-même il y a quelques années une rupture amicale qui a laissé une blessure qui a mis de longs mois à se refermer. Après dix ans de mots, le silence. Et le sentiment d’abandon, l’incompréhension, la violence du jugement. Je crois que ce fut la rupture la plus compliquée de toute ma vie.

Comme vous, j’ai ressassé le passé, jugé autrement mes souvenirs, pris conscience des problèmes. Comme vous, j’ai admis que cette amitié était finalement plus toxique qu’heureuse et que notre séparation était pour le meilleur. Mais qu’est ce qui a finalement guéri ce traumatisme? Comme pour toute séparation, le temps a été mon allié. J’ai passé toutes les phases du deuil. Elle avait été ma seule confidente pendant dix ans, personne n’a jamais su la remplacer. Il m’est arrivé longtemps de regretter son avis sur les choses, même si ce n’était pas forcément toujours à mon avantage. Bonne ou mauvaise, elle était ma conscience. Et ses mots étaient comme une béquille, me libéraient souvent du poids de la décision.

Jour après jour, semaine après semaine, j’ai appris à vivre sans elle. Je me tenais quand même toujours au courant de ses activités, de sa vie, de loin. Et puis un jour, 4 ans après, je me suis rendue compte que je n’avais plus pensé à elle depuis des mois, que je ne savais pas ce qu’elle devenait et que je n’avais même pas le désir de le savoir. Elle avait finalement et définitivement disparu de ma vie. Elle vivait sa vie, ailleurs, et ça ne faisait rien.

Mon conseil est donc le suivant et il est très simple, pour passer à autre chose continuez votre vie. Vous allez penser à elle à cause d’un détail ou un lieu, d’un anniversaire ou d’une personne. A d’autres moments, vous aurez le sentiment d’avoir besoin de son approbation pour une broutille et vous vous détesterez pour ça. Peut-être qu’aux heureux évènements, vous aurez envie de partager votre bonheur avec elle et que vous ne pourrez pas. Petit à petit, ces pensées qui vous minent deviendront furtives avant de disparaître. Et puis vous n’y penserez plus, je vous le promets. Ces apparitions dans votre vie, les signes de son existence parallèle, vous feront comme un coup au cœur et puis plus rien. Ça vous rendra un peu triste et puis vous vous en ficherez.

Il n’y a pas de recette magique, pas de «trucs». Vous devez accepter qu’elle a fait partie de votre système, et accepter que cette désintoxication prenne du temps. C’est le temps qui soigne les plaies d’amour. Il soigne aussi, et de la même manière, les plaies d’amitié. Mais croyez-moi, on survit. 

Lucile Bellan
Lucile Bellan (158 articles)
Journaliste
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