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La «demande d'asile» de Tiger Woods à la France

La (fausse) demande d'asile du golfeur.

Monsieur le Président du conseil d'administration de l'Ofpra,

Je m'appelle Tiger Woods et je suis victime de terribles persécutions. Je vous adresse par la présente ma demande de droit d'asile. Depuis 15 jours, je suis la victime d'intenses humiliations. Pas un jour ne passe sans que la presse nationale de mon pays ne s'en prenne à moi. L'opinion publique me dit coupable de crimes horribles, de turpitudes morales et de perversité. Mais je suis une victime jetée à l'opprobre.

Dans mon pays, une pratique aussi commune, aussi banale que l'adultère est considérée comme un crime. Pourtant, il est notoire que la majorité des Américains s'y adonne. Le marché de l'adultère est florissant, même en ces temps de crise économique. A lui tout seul, il a sans aucun doute permis de stimuler l'économie. Dans un élan patriotique, les Américains devraient être reconnaissants et devraient inciter d'avantage à l'infidélité. Il existe des sites Internet mettant en relation l'offre et la demande. Ashleymadison.com, leader sur son marché, compte pas moins de 4 millions de membres.

Le site Internet Craigslist, un site de petites annonces grand public sur lequel un grand nombre de mes concitoyens recrutent leurs baby-sitter ou leur femme de ménage, propose aussi des pages et des pages de petites annonces d'hommes mariés cherchant une compagne pour leurs 5 à 7. Pour convaincre le chaland, certains «annonceurs» vont jusqu'à mentionner "i'm dying to suck your vagina!!!" «Je meurs d'envie de lécher ton vagin». La preuve que je ne suis donc pas seul à m'adonner aux relations extra-conjugales.

D'ailleurs, dans mon pays, un amant ou une maîtresse régulière a un acronyme, rentré dans le langage courant : un FWB, Friend With Benefits. Les choses devraient être claires, mais malheureusement une élite bien-pensante refuse de lever le voile du puritanisme qui enveloppe mon pays comme un corset. Un corset, que dis-je, comme une ceinture de chasteté.

Je n'ai rien pu dévoiler aux autorités de mon pays, mais ma femme a essayé de m'assassiner avec un de mes clubs de golf quand elle a appris mes incartades. Et aujourd'hui, je suis traîné dans la boue, mes sponsors se détournent de moi. L'un de mes sponsors, Accenture, a déclaré que je ne représentais plus les valeurs de la compagnie. Je serais prêt à parier que le PDG d'Accenture a une FWB quelque part dans ses tiroirs secrets. Ma cote de popularité est tombée de 88% à 33%.

Pour toutes ces raisons, je demande respectueusement à la France de me donner le droit d'asile extra-conjugal.

Je suis confiant, je sais que la France comprendra ma demande. Alors que dans mon pays, un de nos présidents a fait l'objet d'une procédure de destitution pour avoir eu une liaison avec une stagiaire, la France a permis à son président d'avoir femme, maîtresse et enfant illégitime, vivant en bonne intelligence et sans que le moindre média ne dépense une goutte d'encre pour en parler.

Aux Etats-Unis, l'acceptation du cocufiage a fait un très grand chemin depuis Bill Clinton, qui a pavé la voie de la tolérance adultérine. J'en profite pour rendre hommage à Hillary qui, elle aussi, a fait progresser le droit à l'adultère pour tous. Malgré tout, le scandale sexuel a la vie dure. La presse américaine prend un plaisir bien trop évident à révéler la vie privée de ses citoyens. Et mes concitoyens prennent un plaisir bien trop coupable à lire les révélations des tabloïds. Jour après jour, les noms de mes maîtresses ont été révélés, leurs photos placardées à la une des quotidiens, mes préférences sexuelles mises à jour.

Tout le monde connaît maintenant mon goût immodéré pour les bimbos, blondes à gros seins de préférence, mon penchant pour les ménages à trois et pour les partouzes. Aujourd'hui, je vis dans la terreur qu'une vidéo de mes ébats ne soit rendue publique. À mon avis, c'est une affaire de temps avant qu'elle ne fasse surface.

Pourtant, j'ai toujours respecté mon pays, suivant les principes de nos pères fondateurs et ainsi que la Déclaration d'Indépendance le préconise, j'ai exercé mes droits à la liberté (sexuelle) et la poursuite du bonheur, (dans les bras de multiples partenaires). Oui, so what?

La France, terre d'asile, saura, j'en suis sûr, m'offrir cette liberté, si chèrement acquise. Je rappelle à cette instance que la perte de mes sponsors me coûtera pas loin de 100 millions de dollars en 2010.

Je sais qu'en France, mes pratiques sexuelles seront protégées par la discrétion et la retenue dont vos merveilleux journalistes font preuve. Une discrétion qui semble être aussi sacro-sainte que le secret médical. Une discrétion que j'applaudis à deux mains. Lorsque je souhaiterai m'adonner à la fornication à plusieurs, je me rendrai au légendaire club échangiste parisien Les Chandelles, où je pourrai participer à des orgies dans le confort et l'intimité, tout comme bon nombre de personnalités françaises, sans craindre que mes quartiers de noblesse ne soient exposés dans la presse people. Je sais qu'en France cela fait partie des droits élémentaires.

Je suis reconnaissant envers la France et ses habitants pour leur grandeur morale. Le droit au stupre pour tous est une noble cause.

Par ailleurs, j'attire votre attention sur le fait que ma démarche sera suivie par un certain nombre de mes compatriotes qui se trouvent dans une situation similaire à la mienne et pour qui vivre aux Etats-Unis représente un danger pour leur vie (érotique).

Eliot Spitzer, ancien gouverneur de l'Etat de New York faisait un travail remarquable pour ses administrés, avant d'être forcé à la démission pour avoir fricoté avec une prostituée.

Le Gouverneur Mark Sanford, de Caroline du Sud, contraint à mentir pour pouvoir passer du temps aux frais du contribuable à Buenos Aires avec sa maîtresse, une beauté argentine.

Le Sénateur John Ensign du Nevada.

Le présentateur de la chaîne de sports ESPN, Steve Phillips, renvoyé par son employeur pour avoir eu des relations sexuelles avec une jeune employée de la chaîne. (Mon soutien à Steve est modéré, sa maîtresse est épouvantablement laide. Il aurait pu faire mieux.)

Le présentateur de télé de la chaîne CBS NBC David Letterman, qui n'a souffert d'aucune conséquence, mais qui est un chaud lapin et qui se verrait bien vivre en France.

Quant à Bill Clinton, il me demande de vous dire qu'il ne demandera pas l'asile, car en tant que natif de l'Arkansas, il est éligible pour la naturalisation. En effet, comme le remarquait Patrick Weil, senior fellow à l'Université Paris1 Sorbonne, selon la section 5 de l'article 21-19 du Code Civil, les citoyens de nations ou d'Etats sur lesquels la France a exercé sa souveraineté sont automatiquement éligibles pour la naturalisation. Or l'état de l'Arkansas faisait partie de la Louisiane française. Bill attend que sa femme ait terminé son CDD avant d'en faire la demande. Puis, une fois Français, il me charge de vous dire qu'il se présentera à l'élection présidentielle.

Une fois élu, sa première mesure sera de donner automatiquement le droit d'asile extra-conjugal à tous les maris persécutés. Une justice bien méritée après des siècles d'oppression.

Quant à moi, je tiens à préciser que je ne souhaite pas que mon statut de réfugié s'étende à mon épouse, mais par contre, si vous pouvez faire quelque chose pour mes maîtresses, j'apprécierais beaucoup.

Tiger Woods (1)

Image de Une : Tiger Woods, photo Shaun Best/Reuters

(1) AKA Layla Demay

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