France

Quand des électeurs de Macron veulent ensuite voter Le Pen (et inversement)

Grégor Brandy, mis à jour le 28.04.2017 à 17 h 14

Le phénomène est classique, mais il laisse toujours autant dubitatif.

Emmanuel Macron et Marine Le Pen. ALAIN JOCARD, Eric FEFERBERG / AFP

Emmanuel Macron et Marine Le Pen. ALAIN JOCARD, Eric FEFERBERG / AFP

Nous sommes à neuf jours du second tour de l'élection présidentielle. Neuf jours avant que l'on sache qui d'Emmanuel Macron ou de Marine Le Pen deviendra le ou la huitième président(e) de la Ve République. Pour les soutiens d'Emmanuel Macron, il s'agit d'espérer que leur champion conservera son avance de près de vingt points dans les sondages. Pour ceux de Marine Le Pen, le but est désormais de resserrer cet écart au maximum en espérant une surprise digne de Donald Trump dans les derniers jours (ce que les spécialistes des sondages américains jugent encore plus compliqué, sans cependant l'écarter totalement).

Reste que chacun de ces candidats va pouvoir compter sur un soutien un peu incongru: celui d'électeurs qui avaient voté pour leurs adversaires au premier tour. Ce chiffre est effectivement marginal (et tombe souvent dans la marge d'erreur des sondages), mais de 0% à 2% des électeurs d'Emmanuel Macron au premier tour et de 1% à 3% de ceux de Marine Le Pen (selon des sondages Harris Interactive, IFOP, Elabe et Opinion Way) comptent voter pour l'autre au second tour.

Classique pour le Front national

Un choix qui peut laisser assez dubitatif, pourtant, expliquent les sondeurs, c'est un phénomène classique, qui revient à chaque élection. «Il y a toujours 1 à 2% des gens qui ne votent pas pour le candidat qu'ils avaient choisi au premier tour», explique Bruno Jeanbart, directeur général adjoint d'Opinion Way. Un chiffre qui est cependant généralement plus élevé dans un cas: celui du Front national.

«Pour Marine Le Pen, on sait qu'il y a des électeurs qui votent pour elle, mais qui ne souhaitent pas qu'elle soit élue.»

«Il y a des gens qui sont très à droite sur le spectre politique, et qui veulent envoyer un message au premier tour, mais qui au second tour, ne veulent pas franchir le pas d'envoyer le FN au pouvoir», poursuit Mathieu Gallard, chef de groupe chez Ipsos.

Les deux sondeurs notent néanmoins que ces reports de voix sont nettement moins marqués que d'habitude pour l'instant. Ceci peut s'expliquer par le fait que des sondages ont vu les intentions de vote en sa faveur diminuer au cours de la campagne, ce qui pourrait laisser penser qu'il ne reste plus parmi ses électeurs que les plus convaincus, souligne le directeur général adjoint d'Opinion Way.

«On a pu voir des élections, comme les régionales en 2015, où le Front national descendait à 92% ou 93% selon les régions. C'est assez classique.»

En 2002, ces chiffres étaient encore plus marqués. Dans Les Hauts et les Bas du Vote Le Pen, Nonna Mayer indique que sur cent électeurs ayant voté Le Pen au premier tour, seize se sont tournés vers Jacques Chirac, et sept vers l'abstention. Seuls 77 sont restés.

L'énigme des électeurs en marche vers Le Pen

En revanche, les deux sondeurs n'ont pas vraiment d'explications pour interpréter ce choix dans le cas des électeurs qui passent d'Emmanuel Macron à Marine Le Pen. Bruno Jeanbart retient cependant que 45% des électeurs interrogés l'ont choisi pour des considérations stratégiques plutôt que par conviction «ce qui peut expliquer que ces chiffres soient au même niveau que ceux de Marine Le Pen, aujourd'hui».

Mathieu Gallard reste néanmoins assez sceptique. Selon lui, ces électeurs «stratégiques» cherchaient également à faire barrage au Front national, et donc il semble très compliqué de les imaginer ensuite voter en faveur de Marine Le Pen.

«Je pense que ce sont des raisons extrêmement spécifiques, qui ont soit des raisonnements très complexes [et imaginent un coup de billard en plusieurs bandes, nldr], ou qui changent d'avis entre les deux tours parce qu'ils se rendent compte que sur un enjeu qui leur tient à cœur Emmanuel Macron n'est finalement pas leur candidat. Mais c'est quelque chose de très individuel.»

«Erratiques»

De son côté, Jean Daniel Lévy, directeur du département politique et opinion d'Harris Interactive, ajoute que certains électeurs ont parfois des comportements «erratiques», et que pour d'autres, c'est une façon d'indiquer que la campagne menée dans ce début d'entre deux tours par Emmanuel Macron ne leur convient pas, qu'elle ne leur donne pas envie de voter pour lui.

«On n'a pas vraiment de raison générale, et on n'a jamais fait d'études auprès de ces gens-là, parce qu'ils sont tellement peu nombreux, souligne par ailleurs Mathiey Gallard d'Ipsos. Et je ne suis pas sûr que ça servirait à grand chose tant ces raisons sont si spécifiques aux individus.»

«On a trop peu d'électeurs de ce type pour en faire une analyse approfondie et spécifique», continue Bruno Jeanbart.

Alors, électeurs d'Emmanuel Macron qui comptez voter en faveur de Marine Le Pen au second tour (et inversement), écrivez-nous, et expliquez-nous ce qui vous a poussé à changer d'avis entre les deux tours.

Grégor Brandy
Grégor Brandy (438 articles)
Journaliste
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