France

Abstention, piège à cons

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 28.04.2017 à 13 h 37

[BLOG] On a le droit de penser que Macron et Marine Le Pen, c'est bonnet blanc et blanc bonnet. On a aussi le droit de penser que l'un respectera la démocratie là où l'autre la salira.

Flickr/Mortimer62-Solitude

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Je vous le dis tout net, cette histoire d'abstention commence à me courir sérieusement sur le prépuce (que je n'ai plus).

Quand il s'agit de lycéens ou d'étudiants qui battent le pavé pour gueuler «Ni Macron Ni Marine»', passe encore, ils sont jeunes, parfois même pas majeurs, encore puceaux des affaires politiques, l'incohérence de leur pensée leur sautera au visage un jour prochain.

Par contre, que dire de tous ces électeurs désabusés qui très sérieusement viennent vous expliquer qu'ils n'iront pas voter, que l'élection se fera sans eux, que d'aucune façon, ils ne se prêteront à cette mascarade, assurés qu'ils sont de l'escroquerie intellectuelle représentée par ces deux candidats?

Que leur dire à ces malheureux inconscients si ce n'est les sommer de se ressaisir, si ce n'est leur répéter la parfaite dangerosité de leur raisonnement, si ce n'est leur mettre le nez dans le premier livre d'histoire venu afin de leur faire comprendre où ce genre de raisonnements nous conduit tout droit?

Que les choses soient bien claires: si dimanche prochain, pour une quelconque raison, vous votez nul, blanc, vert, rouge, si au lieu de vous rendre à votre bureau de vote, vous préférez aller à la pêche, rendre visite à Tata Simone, lutiner la concierge, repeindre les murs de la cuisine, visiter le Château de Versailles, que vous le vouliez ou non, sans l'ombre du commencement d'un doute, par un jeu de chaises électorales parfaitement prévisible, vous facilitez l'accession au pouvoir de Marine Le Pen.

C'est comme cela, c'est peut-être injuste, c'est peut-être nul, c'est sûrement très chiant, c'est tout ce que vous voulez mais c'est ainsi: s'abstenir ou voter blanc ou nul, c'est permettre l'élection de la fille de son père.

Maintenant si vous vous refusez à choisir entre les deux pour la simple et bonne raison que vous êtes convaincus de leur parfaite abjection, si vous considérez l'un comme l'autre incapables de redresser le pays, si vous voyez en eux deux prophètes de malheur qui continueront chacun avec leurs principes à creuser encore un peu plus la fracture sociale, à entretenir cette misère à l'oeuvre dans le pays, à aggraver encore un peu plus les inégalités, personne ne va venir vous jeter la pierre. Du moins pas moi.

Il n'est pas interdit de penser de la sorte.

On peut effectivement penser que le programme d'Emmanuel Macron laissera la pauvreté s'installer encore un peu plus dans nos villes et nos compagnes, qu'il est bel et bien le candidat du CAC 40 et de la finance triomphante, animé du seul souci de continuer à enrichir les plus aisés au détriment des plus démunis.

Au même titre que Marine Le Pen qui, avec son nationalisme féroce et son protectionnisme à tout crin détricotera encore un peu plus ce qui reste du tissu industriel français avec les conséquences afférentes.

C'est un argument que je ne partage pas forcément –quoique– mais que je peux entendre.

Cependant vous oubliez une chose, une seule chose mais une chose capitale: avec l'un vous aurez le droit de continuer à raisonner de la sorte, vous pourrez même descendre dans la rue pour le scander, vous aurez tout le loisir d'exprimer vos points de vue où bon vous semble tandis que sous le joug de l'autre, vous n'aurez le droit à rien, si ce n'est de vous taire, d'obéir et de marcher tout droit.

Combien mais combien de fois faudra-t-il asséner cette vérité immuable: tout gouvernement d’extrême droite une fois parvenu au pouvoir demeure animé par une seule volonté, celle de conserver envers et contre tout ce pouvoir afin d’asseoir une domination sans partage lui permettant de mettre en œuvre une politique basée sur une idéologie d'exclusion.

Avec en corollaire les arrestations arbitraires, le contrôle des médias, la mise au pas des libertés publiques, le harcèlement en règle des Français d'origine étrangère, leur mise à l'écart de la société, les ratonnades, l'installation d'une certaine forme de chaos avant une reprise en main musclée, l'application de l'article 16 de la constitution, les pleins pouvoirs à Marine, le couvre-feu, la police et l'armée dans les rues, la démocratie en prison et le peuple derrière les barreaux...

La guerre civile. La guerre tout court.

Ce n'est tout de même pas sorcier à comprendre!

Quand la vermine de l’extrême droite s'installe à la tête d'un pays, démocratiquement ou pas, vous devez dire adieu à cette chose à laquelle vous tenez le plus : votre liberté tant chérie.

On vous aura prévenu.

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