Monde

Le nouveau symbole de la classe dominante, c’est la démonstration publique de sa productivité

Repéré par Galaad Wilgos, mis à jour le 27.04.2017 à 16 h 20

Repéré sur The Guardian

Il fut un temps où les dominants illustraient leur pouvoir en travaillant moins, voire en ne travaillant pas. Ensuite, les riches se sont mis à afficher leur capacité à acheter des choses dont ils n’ont pas besoin pour asseoir leur statut. Désormais, tout ceci est dépassé.

Le vice-président principal de la compagnie Boeing, Thomas R. Pickering (à g.), le président et directeur général de Boeing (Alan Mulally (au c.) et le président de Boeing Russie Sergey Kravchenko en réunion avec Vladimir Poutine le 11 août 2006 / AFP PHOTO / PRESIDENTIAL PRESS SERVICE / ITAR-TASS DMITRIY ASTAKHOV / ITAR-TASS / AFP

Le vice-président principal de la compagnie Boeing, Thomas R. Pickering (à g.), le président et directeur général de Boeing (Alan Mulally (au c.) et le président de Boeing Russie Sergey Kravchenko en réunion avec Vladimir Poutine le 11 août 2006 / AFP PHOTO / PRESIDENTIAL PRESS SERVICE / ITAR-TASS DMITRIY ASTAKHOV / ITAR-TASS / AFP

Vous vous êtes souvent demandés pourquoi «vos potes ont toujours trop de boulot» comme le titrait un article de Vice France. La réponse est simple: selon The Guardian, le nouveau capital symbolique des riches réside dans leur capacité à produire, à travailler sans cesse. Ce que le sociologue Thorstein Veblen avait appelé la «consommation ostentatoire» est devenue aujourd’hui une «production ostentatoire». Dans notre nouvel «Âge du toc», l’acquisition de marchandises ne fait plus tout. Pour s’identifier à la classe dirigeante, il faut montrer ostensiblement que l’on produit.

La tendance est très visible du côté des PDG et des grands cadres qui sont de véritables stackhanovistes –Tim Cook, PDG d’Apple, a dit ainsi au Time qu’il commençait la journée à 3h45 du matin, là où le PDG de General Electric Jeff Immelt a déclaré à Fortune qu’il travaille 100 heures par semaines depuis vingt-quatre ans. L’ironie dans tout ça paraît évidente, comme nous l’indique le Guardian: les semaines de dur labeur ne sont pas l’apanage des riches, puisque les Américains les moins fortunés font preuve d’autant de productivité. Mais ils ont moins l’occasions ou les raisons de s’en vanter. Ils le font pour survivre alors que leurs revenus n’ont pas beaucoup augmenté depuis les années 1970. Les riches travaillent, quant à eux, alors qu’ils n’ont financièrement plus de raisons de travailler autant. Ils le font par vénération du travail.

Productivité partout, tout le temps

Cette production ostentatoire ne touche pas juste les riches. Veblen démontrait ainsi, à propos de la consommation, que l’attitude inutilement dépensière des riches ne provoquait pas la colère des moins fortunés, mais leur admiration. Selon The Guardian, cela peut aussi s’appliquer à la production ostentatoire, et bien que l’hypertravail des PDG ne sera jamais atteinte par la plupart des Américains, ils peuvent toujours faire un fétiche de cette productivité. L’un des moyens de faire cela consiste à «travailler sur soi-même» durant son temps de loisir. Ainsi, l’exercice physique ne sert plus à être en bonne condition physique, mais, pratiquée à l'excès, aide à montrer sa puissance de classe à l'aide de son corps –un corps qui n'est plus juste mince, mais musclé à la perfection.

La technologie sert elle aussi à la transformation de tout en opportunité de productivité: on mesure sa beauté sur Tinder, sa répartie sur Twitter ou sa popularité sur Facebook –et l'on alimente le capital de ces entreprises respectives. En se produisant soi-même, on produit donc de la valeur économique pour les autres.


Face à cela, la revendication historique du mouvement ouvrier d'une journée de 8 heures –8 heures de travail, 8 heures de repos et 8 heures de ce que l'on veut– devient quasi utopique: tout moment devient possibilité de profit.

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