Double XEconomie

«Girlboss», ou l'hypocrisie de certaines entreprises revendiquées «féministes»

Repéré par Emeline Amétis, mis à jour le 27.04.2017 à 14 h 01

Repéré sur Broadly, The Fashion Law, New York magazine

Une nouvelle série Netflix raconte l'histoire de Sophia Amoruso, la fondatrice de «Nasty Gal». Une femme d'affaires féministe, selon la légende.

Le synopsis de Girlboss, une nouvelle série Netflix, raconte l’ascension de Sophia: de vingtenaire «rebelle et fauchée», son personnage évolue en fondatrice d’un empire en ligne de la mode. Une success story librement adaptée du roman autobiographique de la femme d’affaires qu’est devenue Sophia Amoruso, fondatrice de Nasty Gal.

«La comédie s’en tient au récit que Sophia Amoruso a écrit à son sujet: une entrepreneure excentrique, excellant dans ses affaires malgré tous les obstacles. Excellant surtout parce que c’est une femme –une “Girlboss”!– qui comprend les autres femmes et croit en leur potentiel», résume le site d’information Broadly.

Une féministe en somme.

Une atmosphère craintive

Mais ce que ce récit ne dit pas, c’est qu’en 2015, l’entreprise est accusée d’avoir licencié «quatre femmes enceintes et un homme sur le point de prendre des congés paternité», ce qui est contraire aux lois californiennes. Le même jour où cette première plainte est déposée, une autre femme accuse Nasty Gal de l’avoir licenciée pendant une «réunion surprise», alors qu’elle partait en congés maternité le soir même, énonce The Fashion Law dans un article qui récapitule toutes les affaires judiciaires concernant le site de e-commerce.

«Dans plusieurs interviews anonymes, d’autres employés décrivent une atmosphère craintive dans l’entreprise, où les licenciements abondent, et une Sophia Amoruso “vengeresse”», rappelle Broadly.

Et le site d’information d’en déduire :

«Avec la visibilité nouvelle du féminisme dans la culture populaire –et la lucrativité croissante du mouvement–, le récit mis en avant dans Girlboss est devenu assez répandu. Nous entendons de plus en plus d’histoires célébrant des femmes au sommet d’entreprises proclamées féministes, modèles de progressisme et d’inclusivité. Mais au fur et à mesure que des scandales éclatent au sujet de ces entrepreneures, la figure de la patronne auto-proclamée féministe devient bien plus complexe que sa couverture médiatique ne le suggère.»

Un problème hiérarchique?

Parmi les entreprises «féministes» pas si exemplaires, Broadly cite entre autres la marque Thinx: Aude Lorriaux, une ancienne collègue de Slate, et moi-même parlions de leurs culottes «spéciales règles» dans un article publié en 2016. L’entreprise se revendique branchée, progressiste et féministe. Sa cofondatrice, Miki Agrawal, est devenue une icône de «self-empowerment» louée pour ses capacités à briser les tabous sexistes. 

Pourtant de nombreux employés se plaignent de mauvaises conditions de travail: là encore, «une politique consternante de congés maternité, de faibles salaires et un environnement de travail malsain», énumère Broadly. En mars dernier, le New York magazine révèle qu’une plainte pour harcèlement sexuel a été déposée contre Miki Agrawal, la «She-E-O». En France, nous pourrions citer Madmoizelle ou encore Causette, à la différence que ces médias ont tous les deux été fondés par des hommes.

Lena Solow, l’auteure de l’article publié par Broadly, elle-même a vécu la désagréable expérience d’être employée dans une boutique de sextoys revendiquée féministe et inclusive, mais qui, en réalité, «était loin de ces idéaux», raconte la journaliste. «Comment peut-on être dans un tel décalage?», se questionne t-elle. Une de ses anciennes collègues a sa propre réponse:

«Quand des femmes grimpent dans la hiérarchie, ça peut ressembler à une avancée. Mais le problème reste que nous ne développons pas d’alternatives à cette hiérarchie. À la place, nous répliquons les structures de pouvoir qui privent les personnes marginalisées de responsabilités. Bien sûr que c’est bien que des femmes queer soient à la tête d’une entreprise, mais c’est bien mieux quand leur main d’oeuvre femmes, queer et trans ont leur mot à dire sur leurs conditions de travail dans l’entreprise.»

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