Boire & mangerCulture

Manger de la viande est un crime contre l'humanité

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 27.04.2017 à 10 h 59

[BLOG] Le dernier livre de Martin Page, «Les animaux ne sont pas comestibles», vient nous rappeler cette triste vérité: quand nous mangeons des animaux, nous déshonorons le genre humain.

Flickr/cerulean5000-lambs heads1

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Autant le dire d'emblée, je ne suis pas végan. Pas plus que je ne suis végétarien. Je mange de tout : de la carpe farcie, des boulettes de viande pour accompagner mon couscous, et comme le cochon de juif que je suis il m'arrive même, de temps à autre, de régler son compte à un saucisson qui coulait jusqu'alors des jours tranquilles dans mon réfrigérateur.

Si bien que lorsque j'ai reçu le dernier livre de mon très distingué ami, Martin Page, Les Animaux ne sont pas comestibles, un ouvrage consacré à sa récente conversion au véganisme, j'ai tout de suite compris que j'allais au-devant de graves ennuis: non seulement il me faudrait le lire en entier mais de plus je devrais d'une manière ou d'une autre saluer son entreprise et louer sa décision d'avoir abandonné toute consommation de viande, de poisson, de lait, de poulet, de fromage, d’œufs, de rillettes... Bref, de tout ce dont je m'empiffre à longueur de repas.

Je n'en menais pas large.

Il faut le dire: je suis un de ces carnivores qui n'est pas fier de ses agissements.

Je sais parfaitement que pour satisfaire mon appétit égoïste, on procède à des holocaustes d'animaux envoyés à l'abattoir dans des circonstances terrifiantes. J'ai beau être borné, je me rends bien compte que mon comportement, ma paresse, ma lâcheté, m’amènent à être le complice d'une industrie alimentaire qui, bio ou pas bio, se fout totalement de la souffrance animale.

Je le savais mais comme tant d'autres, avant de lire le livre de Martin Page, je crois que je ne voulais pas le savoir : je m'abritais soit derrière des arguments fumeux – c'est dans la nature de l'homme de manger de la viande ! Les animaux eux-mêmes ne se dévorent-ils pas entre eux ? Je mange bio, c'est dire si je suis sensible à la cause animale ! - soit je me retranchais derrière mon impuissance quasi-métaphysique à changer de mode d'alimentation.

Qu'au fond moi aussi, tout comme le veau en route vers sa mort programmée, j'étais une victime qu'il fallait plaindre plus qu'ostraciser.

Son livre m'a remis les idées bien en place : manger de la viande ou du poisson ou de la volaille s'apparente ni plus ni moins à un crime contre l'humanité dès lors que nous acceptons l'idée que nous sommes nous aussi des animaux, certes doués de conscience, mais des animaux avant tout.

Et que rien, absolument rien ne peut justifier le meurtre ou l'exploitation d'un autre animal, lequel possède tout comme nous une sensibilité, une vie intérieure, une capacité à ressentir de la joie ou de la peine, une aptitude à aimer, à jouer, à donner la vie, à vivre une existence passée à manger, à dormir, à gambader, à interagir avec les autres animaux, nous inclus.

Il suffit d'avoir croisé le regard d'un veau, de s'être perdu dans la contemplation d'un bovidé, de contempler un agneau ou même de jouer avec son chat pour s'apercevoir qu'ils ne sont en rien différents de nous : ils sont juste une autre facette de l'humanité, ils appartiennent au même monde sensible que le nôtre, ils forment auprès de nous cette vaste famille d'êtres doués d'intelligence qui peuplent cette terre.

Durant tout son livre Martin, en bon pédagogue et merveilleux conteur qu'il est, sans jamais sermonner le carnivore qui sommeille en nous, appliqué à raconter étape après étape l'éveil tardif de sa conscience à la cause animale, démonte patiemment tous les arguments avancés par les consommateurs de viande pour justifier leurs comportements. Et Dieu sait qu'il y en a.

Un véritable jeu de massacre tout aussi jubilatoire qu'instructif où apparaissent dans la clarté d'une vérité toujours bonne à lire, nos contradictions, nos invraisemblances, nos manquements, nos postures, nos impostures aussi, nos lâchetés, nos incohérences, nos crimes, notre irresponsabilité totale face au monde animal.

Si Martin dénonce, il ne juge jamais. Il n'est pas le procureur de la cause animale mais bien plus son avocat. Sans relâche, avec l'acharnement de celui qui sait sa cause juste et enrage de la voir encore discutée, il nous interpelle et nous force à regarder en nous-mêmes, à examiner notre barbarie, à prendre conscience de la formidable injustice subie par les animaux. 

Et nous laisse entrevoir, à travers sa propre expérience, comment une vie sans animaux est non seulement possible mais nécessaire.

J'ai refermé le livre dans un drôle d'état.

Je crois que j'avais un peu honte de moi, honte de nous tous. Comme un garnement habitué à houspiller ses camarades et qui prendrait soudainement conscience de l'inanité de son attitude.

J'ai longuement réfléchi et débattu : pour des raisons qui me dépassent, à cet instant de ma vie, je ne possède pas l'attitude compatissante de Martin vis-à-vis par exemple des poissons, : je ne parviens ni à m'identifier à eux ni à les considérer comme des animaux doués de sensibilité – il faut dire que je nage comme un pied.

J'aurais le même genre de problématique avec le poulet que j'ai tendance à considérer con comme un lapin, même si je mange rarement de ce dernier. Et je ne me vois pas me passer d’œufs, de beurre ou de fromage. Cela viendra peut-être ou pas.

Par contre, en ce qui concerne ma consommation de viande rouge, j'avoue que... je vais essayer, du moins je me dois d'essayer: c'est le prix à payer pour continuer à ne pas avoir trop honte de moi.

Et mériter l'amitié de Martin!

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Laurent Sagalovitsch
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romancier
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