Sciences

Dans le silence du droit, comment se protéger contre le vol de «nos pensées»?

Temps de lecture : 2 min

Un avocat et une neuroéthicienne appellent à l’adoption de nouveaux droits pour protéger nos pensées contre l'accès, la collecte, le partage et la manipulation des données du cerveau humain, rendus possible par le développement des neurotechnologies.

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Capture d'écran de l'épisode «The Entire History of You» de la série «Black Mirror».

Facebook travaille actuellement l’écriture par la pensée. Il est également possible de connecter une partie du cerveau d’un homme paralysé à un ordinateur afin qu’il puisse utiliser son bras. Comment se protéger pour éviter que nos informations cérébrales soient volées, détournées, ou hackées, alors que les neurotechnologies capables de «lire nos pensées» se développent?

Dans la revue Life Sciences, Society and PolicyMarcello, Marcello Ienca, une neuroéthicienne de l’université de Bâle, et Roberto Andorno, un avocat spécialisé dans les droits de l’homme de l’université de Zurich, appellent à la reconnaissance de nouveaux droits afin d’anticiper les défis à venir.

«Une grande partie de la technologie a été développée dans les hôpitaux pour diagnostiquer ou traiter des maladies, mais certains outils –tels que des dispositifs de surveillance des ondes cérébrales qui permettent aux gens de jouer à des jeux vidéo avec la pensée, ou des stimulants cérébraux qui prétendent développer la performance mentale– sont disponibles en magasin», note le Guardian.

Des droits spécifiques pour se protéger contre l'utilisation de nos informations cérébrales

Interrogé par le journal britannique, Marcello Ienca relève que la législation actuelle ne permet pas de protéger les citoyens de certaines utilisations de nos informations cérébrales. Les auteurs proposent plusieurs droits:

1. Le droit à la liberté cognitive

La liberté cognitive est le «droit d’utiliser, ou de refuser, la stimulation cérébrale et d'autres techniques pour modifier son état mental», explique The Guardian. Des techniques de stimulation électrique pour améliorer les compétences de militaires américains ont déjà été testées, continue le journal.

2. Le droit à la confidentialité mentale

La confidentialité mentale est tout simplement à un droit à la confidentialité de ses pensées. Il serait interdit de lire les pensées d’une personne sans son consentement préalable. Imaginer une telle protection légale est nécessaire. Des scientifiques ont déjà réussi à reconstituer des extraits d’un film scannant le cerveau de participants, relève le Guardian.

3. Le droit à l’intégrité mentale

Le troisième droit proposé anticipe les risques d’hacking en prenant le contrôle des appareils auxquels une personne est connectée ou en transmettant de faux signaux vers le cerveau de l’utilisateur. Marcello Ienca et Roberto Andorno s’inquiètent de ce risque, «particulièrement si l’intrusion entraîne des dommages physiques ou mentaux à l'utilisateur de neurotechnologie».

4. Le droit à la continuité psychologique

En effet, de telles technologies, notamment à des fins médicales, peuvent bouleverser la façon dont une personne se perçoit, s’identifie. Le but du droit à la continuité psychologique est de garantir que l’on reste la même personne.

«L'utilisation de la stimulation cérébrale profonde, dans laquelle les personnes ont des électrodes implantées profondément dans leur cerveau pour contrôler les symptômes de Parkinson et d'autres conditions, a déjà soulevé des inquiétudes concernant son impact sur l'identité personnelle des patients, certains déclarant qu'ils ne se sentent plus comme eux après la chirurgie», écrit le Guardian.

L’appel des scientifiques n’a pas pour vocation de demander l’interdiction de ces technologies, mais anticipe une problématique qui pourrait devenir bien réelle au fur et à mesure que les neurotechnologies se développent et se diffusent.

Slate.fr

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